<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Je peins le passage</title>
	<atom:link href="http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage</link>
	<description>Le blog de Raymond Prunier</description>
	<lastBuildDate>Mon, 14 May 2012 14:19:51 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.3.2</generator>
		<item>
		<title>Le village français</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/05/14/le-village-francais/</link>
		<comments>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/05/14/le-village-francais/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 14 May 2012 14:01:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/?p=2461</guid>
		<description><![CDATA[Il semble que nous, Français, soyons passés de l&#8217;agriculture à l&#8217;ère informatique sans avoir adhéré au monde industriel tel qu&#8217;il se clôt sous nos yeux. Le village est demeuré collé à nos semelles. Il y avait eu au moyen-âge « dans l’œil du serf l&#8217;aplomb du château féodal » (A.Breton), puis à l&#8217;époque moderne des milliers de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT"><a href="http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/wp-content/uploads/2012/05/paysan-japonais-et-liseuse1.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-2469" title="paysan japonais et liseuse" src="http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/wp-content/uploads/2012/05/paysan-japonais-et-liseuse1-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" /></a>Il semble que nous, Français, soyons passés de l&#8217;agriculture à l&#8217;ère informatique sans avoir adhéré au monde industriel tel qu&#8217;il se clôt sous nos yeux. Le village est demeuré collé à nos semelles. Il y avait eu au moyen-âge « dans l’œil du serf l&#8217;aplomb du château féodal » (A.Breton), puis à l&#8217;époque moderne des milliers de parcelles, des bouts de terre pour chacun, des fermes, des villages, enfin rien qui fût du domaine de l&#8217;entreprise : le patron nous a toujours dégoûté. On peut penser que Colbert avait jeté les bases d&#8217;une industrie pour paysans (dirigée par l&#8217;état) et que nous y sommes restés.</p>
<p align="LEFT">L&#8217;aberrante utopie communiste a perduré chez nous au delà du raisonnable parce qu&#8217;au fond la cellule du parti était l&#8217;écho citadin du village au catholicisme lourd et dont le communisme fut la dernière hérésie (F.Mauriac). Bien sûr il a fallu se mettre à l&#8217;industrie ! La période 1850-1950 est l&#8217;histoire chaotique et violente de cette mise au pas des pékins qui durent apprendre à traverser dans les clous. Que de réticences à admettre ce qui fut l&#8217;évidence chez nos voisins du nord ! Nous n&#8217;avons connu (et la colère continue!) que des syndicats sans compromis, des ouvriers râleurs, des grèves, des patrons pleins de mépris et plus généralement un surprenant dédain affiché pour le travail manuel.</p>
<p align="LEFT">Le village mythique de Brassens et celui très réel de François Hollande ne cessent de hanter nos appartements, nos résidences qui mordent toujours davantage à l&#8217;extérieur des cités. Le poète aux semelles de vent se voulait « paysan », chantait « la terre à étreindre » en plein développement de l&#8217;industrie. Toujours révoltés, jamais en paix avec le temps de la fabrication des marchandises, nous avons avancé de biais, regrettant l&#8217;avant, ancrés sur nos origines terriennes et méprisant cependant depuis Paris les paysans décidément bien arriérés ; pays touchant, embourbé dans ses contradictions, conservateur au plus profond et prêt à descendre dans la rue au moindre prétexte. Si l&#8217;on tend l&#8217;oreille vers l&#8217;arrière, on entend des cris, de la rumeur, des fusillades, l&#8217;air est bancal, on a l&#8217;impression qu&#8217;il l&#8217;a toujours été et qu&#8217;il va le rester. Avant 1789 on aimait le roi&#8230; et les jacqueries se succédaient, piques et fourches en avant contre une puissance jamais reconnue&#8230; et adorée pourtant.</p>
<p align="LEFT">Le charme de ce pays est dû à une agriculture particulièrement favorable qui, produisant cette prodigieuse richesse, a permit partout l&#8217;édification d&#8217;églises, de châteaux et de monuments divers&#8230; ce qui fait sans doute aujourd&#8217;hui de notre pays (pittoresque pour tourisme) le bout de terre que les gens du monde entier rêvent de visiter. Déphasés, contradictoires, nerveux, nous faisons visiblement des envieux alors que notre péninsule avance désamarrée ; on entend des regrets, de la nostalgie&#8230; il est urgent de penser à notre futur européen, de rêver hors de nous un continent élargi, songeant que notre village représente peut-être la matrice légendaire d&#8217;un bonheur possible au beau milieu d&#8217;un univers citadin désenchanté.</p>
<p align="LEFT">NB: Pour illustrer cet article j&#8217;aurais pu prendre, comme Mitterrand en 1981, un village avec clocher. Mais Lucie m&#8217;a envoyé de Tokyo cette photographie d&#8217;une statue qui représente un paysan &#8211; on le voit au fagot qu&#8217;il porte sur le dos, c&#8217;est en quelque sorte le bûcheron de La Fontaine &#8211; habillé de ses vêtements rudimentaires traditionnels: il tient à la main une liseuse&#8230;</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/05/14/le-village-francais/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La mutation: situation de notre temps</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/04/11/la-mutation-situation-de-notre-temps/</link>
		<comments>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/04/11/la-mutation-situation-de-notre-temps/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 11 Apr 2012 07:38:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/?p=2456</guid>
		<description><![CDATA[Il m&#8217;apparaît délicat de juger de la situation de notre temps : les vieux disent forcément des bêtises. La plupart va répétant par les rues que c&#8217;était mieux avant ; rien de plus évident puisqu&#8217;alors nous étions jeunes, que notre regard sur le monde était porté à partir d&#8217;une énergie que nous n&#8217;avons plus ; les rues, les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT">Il m&#8217;apparaît délicat de juger de la situation de notre temps : les vieux disent forcément des bêtises. La plupart va répétant par les rues que c&#8217;était mieux avant ; rien de plus évident puisqu&#8217;alors nous étions jeunes, que notre regard sur le monde était porté à partir d&#8217;une énergie que nous n&#8217;avons plus ; les rues, les visages, le miroitement des toits, du fleuve et même les monuments anciens, tout nous apparaissait à travers le prisme de notre corps encore peu lesté des routines (qui froissent les muscles et font les regards usés). Je me souviens que la mer était jeune, le ressac toujours tranchant et le vent du large ne bousculait jamais ; il s&#8217;écrasait à nos pieds projetant quelques grains de sel, de sable, qui piquaient les mollets : on tenait bon.</p>
<p align="LEFT">Nous emportons tout avec nous (Montaigne), aucun jugement n&#8217;est exempt de relation avec le corps et ce que je dis est forcément lié à l&#8217;âge de mes artères. Ma prudente sagesse en outre, toute habile qu&#8217;elle puisse être, est débordée de partout par les eaux de l&#8217;inconscient, de ma culture, du long passé enté en moi. Les nuances perçues sont grisées des nuits mal dormies et des novembres traversés dans la stupeur.</p>
<p align="LEFT">Je m&#8217;abstiendrai d&#8217;affirmer que c&#8217;était mieux avant. La seule chose que je puis dire est que c&#8217;était différent. Radicalement.</p>
<p align="LEFT">Je me souviens du pas des chevaux, de l&#8217;absence des téléphones, de l&#8217;étrange rareté des salles de bains et des rappels de la guerre dans les ruines de la cité. Les amours étaient hantées du danger de dieu, de la culpabilité des étreintes et de la perte d&#8217;une enfance pas drôle : la peur guettait sous mes pas ; les massacres encore frais envahissaient ma cervelle encombrée de préjugés.</p>
<p align="LEFT">Ainsi avons nous à peu près vécu. Vers la fin du siècle, une modification capitale fit basculer notre âge : l&#8217;informatique s&#8217;installa largement dans nos vies, les frontières pour les marchandises tombèrent et comme jamais depuis le néolithique, une rupture de notre contrat avec le passé, la terre, les rêves et les nuits enfonça son séisme à l&#8217;intérieur de nos corps déjà murs. Le monde entier s&#8217;infiltra dans nos pays et nous nous écoulâmes dans le monde.</p>
<p align="LEFT">Avoir pris de l&#8217;âge dans ce monde coupé en deux manières de vivre nettement différentes accentue le sentiment naturel de vieillissement du corps. Rien ne ressemble à ce que j&#8217;ai connu, nous avons vécu un vertigineux décollage civilisationnel. Toutefois je me demande si je ne projette pas le changement de mon corps sur cette mutation et si je ne l&#8217;exagère pas pour donner une importance à ma petite vie. Il me semble que non et dire que tout s&#8217;en va, a moins à voir avec mon âge qu&#8217;avec une réalité têtue. Le tout est de ne pas tomber dans le défaut décrit plus haut : c&#8217;était mieux avant ! Non, décidément non. Le plus difficile pour nos chefs blanchis est d&#8217;admettre que c&#8217;est ainsi et qu&#8217;il convient de suspendre son jugement, car que savons-nous des temps à venir ?</p>
<p align="LEFT">Le monde n&#8217;est plus moderne : cela laisserait entendre qu&#8217;un lien persiste avec le monde ancien. Mon corps presque âgé se souvient cependant du moderne finissant avec une nostalgie bien tempérée dont ce style contourné est le lointain témoin. Ce couchant avait ses douceurs.</p>
<p align="LEFT">J&#8217;envoie au monde neuf mes souhaits de bienvenue : les enfants sont heureusement protégés, souvent propres et causants ; les villes ravalées pour les décennies à venir avancent leurs proues sous le ciel rayé des avions intercontinentaux et mon corps près de finir salue avec prudence les nouveaux bonheurs qui guettent dans ce présent fragile, trop frais encore pour dire ce qu&#8217;il en sera des malheurs. L&#8217;ancien monde n&#8217;était pas si cultivé que les blanchis l&#8217;affirment puisqu&#8217;il fut ramoné jusqu&#8217;à l&#8217;os par la barbarie. Pas de regrets. Et la question se pose naïve et fraîche : pourquoi tourner la page serait-il une régression ?</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/04/11/la-mutation-situation-de-notre-temps/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Les étincelles</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/04/08/les-etincelles/</link>
		<comments>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/04/08/les-etincelles/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 08 Apr 2012 16:54:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/?p=2453</guid>
		<description><![CDATA[J&#8217;ai encore à l&#8217;oreille les pas du cheval tirant vers le soir la charrette sur la rue de ce bourg calcaire, rebricolé à la hâte au beau milieu des ruines de la seconde guerre ; le véhicule porte des planches et des moellons vers des fermes attenantes qui laissent monter dans leurs murs des voix humaines [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT">J&#8217;ai encore à l&#8217;oreille les pas du cheval tirant vers le soir la charrette sur la rue de ce bourg calcaire, rebricolé à la hâte au beau milieu des ruines de la seconde guerre ; le véhicule porte des planches et des moellons vers des fermes attenantes qui laissent monter dans leurs murs des voix humaines auxquelles se mêlent braiments et froissements de paille, dominés par les déchirures d&#8217;un coq en panne d&#8217;inspiration cherchant avant la nuit un écho à son appel. J&#8217;entends encore les sabots de l&#8217;animal de trait sur l&#8217;asphalte blanchie par les blocs de craie contre lesquels je trébuche ; je tremble au passage de la bête aux flancs huileux et qui, quatre fois plus haute que moi, va m&#8217;écraser si je ne plaque pas mon dos au mur&#8230; Je cours, je cours. Ah, les gambettes sous une culotte courte sans forme que la mère ravaude en maugréant sous la lumière électrique lorsque l&#8217;épuisement du jour ennuagé fait place à la nuit sans étoiles. Le nez contre l&#8217;oreiller, le rythme des sabots me revient comme une palpitation brutale d&#8217;où jaillissent des étincelles ferraillantes, petits éclats vifs qui disent contre l&#8217;évidence qu&#8217;avancer en cahotant sur la bonne voie peut éveiller des notes plurielles, accords visuels réguliers qui chantent dans mon endormissement l&#8217;espérance d&#8217;un cœur qui éprouve le monde.</p>
<p align="LEFT">
<p align="LEFT">Ces étincelles du soir au ras de la charrette sous les pas du cheval sont ce qui me reste du temps où les rues ne tremblaient pas encore sous les pneus des transporteurs efficaces, tracteurs gorgés de diesel traînant des tonnes de betteraves, puis camions avisés presque souples qui allaient bientôt dévorer les espaces que j&#8217;avais arpenté jadis à pas lents, de retour de l&#8217;école, avec pour seule crainte le passage du cheval à la tombée du jour. Je garde ainsi précieusement dans mon sommeil l&#8217;image merveilleuse des étincelles qui craquent dans la nuit sous les pas de la bête.</p>
<p align="LEFT">
<p align="LEFT">Le temps du cheval de trait n&#8217;est plus et soudain le vertige me prend : le cheval était depuis la plus haute antiquité le moyen de transport privilégié. Dans ma vie j&#8217;ai vu ce monde s&#8217;effacer complètement. Restent les étincelles, origines du chant.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/04/08/les-etincelles/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Laisses</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/04/06/laisses/</link>
		<comments>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/04/06/laisses/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 06 Apr 2012 11:37:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/?p=2447</guid>
		<description><![CDATA[Parfois je m&#8217;arrête d&#8217;écrire, je vais ici ou là, je jardine songeant à Voltaire, puis d&#8217;autres écrivains voltigent autour de ma mémoire &#8230; viennent s&#8217;y mêler anciennes musiques, antiques propos, tableaux multiples, et vivant, vivant, je donne à tous ce qui leur manquait lorsqu&#8217;ils dormaient enclos dans leurs pages compilées ou accrochés aux cimaises des salles [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT"><a href="http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/wp-content/uploads/2012/04/Laisse-de-mer.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2450" title="Laisse de mer" src="http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/wp-content/uploads/2012/04/Laisse-de-mer.jpg" alt="" width="259" height="194" /></a>Parfois je m&#8217;arrête d&#8217;écrire, je vais ici ou là, je jardine songeant à Voltaire, puis d&#8217;autres écrivains voltigent autour de ma mémoire &#8230; viennent s&#8217;y mêler anciennes musiques, antiques propos, tableaux multiples, et vivant, vivant, je donne à tous ce qui leur manquait lorsqu&#8217;ils dormaient enclos dans leurs pages compilées ou accrochés aux cimaises des salles des pas perdus où la nuit, des gardiens très techniques, les surveillent du coin de l’œil, attentifs au moindre craquement. Mon esprit au présent les nourrit de ma vie : je veille à leur chevet et je ne parle plus, même la voix intérieure cesse de me dicter ses remuements. Peut-être l&#8217;art n&#8217;est-il là que pour faire taire la voix&#8230; non, c&#8217;est plutôt pour la faire parler autrement.</p>
<p align="LEFT">Depuis ce socle assuré j&#8217;aventure mes pas et le reste, les hontes, les humiliations, les terreurs n&#8217;existent plus ou à peine &#8211; au loin certes cela miroite là-bas d&#8217;éclats de lave obscure &#8211; à deux doigts, à vingt mètres un cerisier s&#8217;ouvre si bien, tu sais j&#8217;ai appris à entendre la brise passer sur les pétales, j&#8217;ai appris à deviner les pâleurs criantes à venir qui se marieront pourtant à l&#8217;océan du ciel, j&#8217;ai tant appris. La terre a beau m&#8217;attirer à elle, je me doute que j&#8217;entendrai encore bien des années les coups de ciseaux des martinets entre les murs dégrisés du couchant et le ressac qui manque tant au moment où je pose ces mots.</p>
<p align="LEFT">J&#8217;attends beaucoup des laisses qu&#8217;on aperçoit sur les plages, ma vie en dépend puisqu&#8217;après tout c&#8217;est le lieu où l&#8217;eau et le sol se touchent, déposant comme une culture naturelle des chefs d&#8217;œuvres d&#8217;argent vif que les enfants seuls ou presque apprécient alors que les contours sont au plus précieux de Cézanne, la ligne souple de Proust fidèle, le bord de la voix Debussy. Je souris : les laisses attestent que quand la mer se retire, mon enfant, la joie d&#8217;avoir été ne disparaît pas comme un souffle, elle flotte entre deux, tu vois, comme l&#8217;écriture et autres moments hallucinés des fondations qui demeurent et nous font demeurer.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/04/06/laisses/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Gracq, Goethe et le printemps</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/29/gracq-goethe-et-le-printemps/</link>
		<comments>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/29/gracq-goethe-et-le-printemps/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 29 Mar 2012 10:08:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[poétique]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/?p=2437</guid>
		<description><![CDATA[Contrairement à la musique ou à la peinture, lorsqu&#8217;on écrit, l&#8217;usage des mots oblige à avoir un sujet. Depuis Mallarmé, il y a des tentatives d&#8217;écrire sans sujet, mais lorsqu&#8217;on se lance dans une fiction, la morsure imaginaire exige son motif ; les mots doivent produire un sens, même si le récit est non-sens, absurde, il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT">Contrairement à la musique ou à la peinture, lorsqu&#8217;on écrit, l&#8217;usage des mots oblige à avoir un sujet.</p>
<p align="LEFT">Depuis Mallarmé, il y a des tentatives d&#8217;écrire sans sujet, mais lorsqu&#8217;on se lance dans une fiction, la morsure imaginaire exige son motif ; les mots doivent produire un sens, même si le récit est non-sens, absurde, il existe cependant : un sens se dit, obscur peut-être, mais on l&#8217;entend ou le devine. Même épuisée, au bord du silence, Beckett par exemple doit bien reconnaître que la langue produit des significations. Les situations peuvent avoir des allures absurdes puisque la fiction est imagination &#8211; ainsi on pourrait imaginer Jupiter félicitant Venus d&#8217;être si belle à ses côtés &#8211; il n&#8217;en reste pas moins que cela donne sens et l&#8217;on serait bien hardi (Pierre Guyotat l&#8217;a tenté) d&#8217;écrire une fiction où les mots accolés ne font plus sens&#8230;. de cette agglutination naît cependant un autre sens (musique?). L&#8217;écriture fiction est liée au sens comme la peinture à la toile ou la musique à la partition.</p>
<p align="LEFT">Parfois le sujet ne vient pas. Il se dérobe, il fait défaut&#8230; angoisse de la page blanche, dit le cliché. Admettons. Des auteurs ont évoqué cette absence de sujet (Flaubert), de motif ; j&#8217;évoque ici l&#8217;absence de démarrage, ce moment où l&#8217;écrivain assis doit tourner la clef de contact et enclencher le moteur de l&#8217;imagination. Peter Handke utilise souvent la musique pour se mettre en attitude de réception. Chacun sa méthode. Ce n&#8217;est pas « Que vais-je écrire ?» qui ici est en question, mais simplement la nécessité d&#8217;un début, car souvent, une fois la situation de départ fixée, l&#8217;imagination se sent stimulée sur une pente dont l&#8217;inconscient, le cortège des sensations souvenir et les œuvres lues ou entendues soutiennent l&#8217;avance, apportant l&#8217;énergie qui alimentera la suite.</p>
<p align="LEFT">Julien Gracq ( <em>En lisant en écrivant</em> p. 136) qui évoque ailleurs Goethe en des termes peu amènes (ses textes lui donnent &laquo;&nbsp;un arrière-goût de  veau froid mayonnaise&nbsp;&raquo; et tant d&#8217;autres critiques !), dit de lui qu&#8217;il a de tous les écrivains le sens du sujet le plus puissant. Il n&#8217;en donne pas la raison.</p>
<p align="LEFT">Le printemps qui surgit sous nos pieds apporte une réponse à cette affirmation que tout lecteur de Goethe éprouve à chaque page. Le sujet ne tombe pas du ciel comme ont pu le faire croire les poètes « inspirés » (cliché romantique), il naît de la terre qui déploie bientôt ses fastes dans la jolie saison après la prose noire des jours d&#8217;hiver. C&#8217;est que Goethe est en relation avec le tout. Chaque pensée, si petite qu&#8217;elle soit, est en contact avec l&#8217;univers. Un garçon qui cueille une rose suffit à faire une œuvre ( <em>Heidenröslein</em> ). Le début des <em>Affinités Electives</em> décrit une taille de rosiers qui prend tout son sens dans la peinture d&#8217;un couple en crise et amène à des considérations générales sur l&#8217;être humain immergé dans le monde. Grand lecteur de Spinoza, il laisse monter les motifs en respirant, au rythme de la croissance naturelle des plantes arrosées d&#8217;eau et de lumière. Homme de l’œil, tout lui est motif. Il n&#8217;a pas cette liberté grande qui paralyse les écrivains contemporains ; il ne connaît pas l&#8217;absence puisque sa vision est constamment globale. Il va jusqu&#8217;à élaborer des théories aujourd&#8217;hui oubliées sur la plante primitive, sur la pierre primitive, voire sur l&#8217;articulation qui nous fit hommes après avoir été des animaux : sa « découverte » de l&#8217;os intermaxillaire nous montre que chaque être, tout ce qui vit, est placé en perspective croissante, ce qui rend l&#8217;écriture de fictions, de poèmes, infiniment renouvelée. Sa richesse pour nous étrange, vient d&#8217;une conception du monde reliée de tous côtés par des inventions qu&#8217;il s&#8217;est fabriquées et auxquels il s&#8217;est accroché avec une persévérance et une ingéniosité que nous ne connaissons plus. Lire Goethe devient alors un exercice de récupération du tout vivant, c&#8217;est un printemps perpétuel qui fait d&#8217;une branche un axe de la terre.</p>
<p align="LEFT">Il meurt en 1832 avec l&#8217;arrivée du printemps qu&#8217;il salue avec soulagement.</p>
<p align="LEFT">
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/29/gracq-goethe-et-le-printemps/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Les havres éternels</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/16/les-havres-eternels/</link>
		<comments>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/16/les-havres-eternels/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 16 Mar 2012 19:57:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/?p=2430</guid>
		<description><![CDATA[Puis sur la pointe des pieds elle avança vers le forsythia, je la vis là-bas sur le goudron que le couchant dorait, son pas mettait en pluie les secondes passant d&#8217;aujourd&#8217;hui au jadis et retour, vive présence de l&#8217;existence suspendue à travers son avancée réelle et pourtant ralentie ; son cou soulignait un repli de cheveux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT">Puis sur la pointe des pieds elle avança vers le forsythia, je la vis là-bas sur le goudron que le couchant dorait, son pas mettait en pluie les secondes passant d&#8217;aujourd&#8217;hui au jadis et retour, vive présence de l&#8217;existence suspendue à travers son avancée réelle et pourtant ralentie ; son cou soulignait un repli de cheveux que j&#8217;avais entraperçu dans mes errances, était-ce quand les branches de troènes bas griffaient mes tympans ou quand libre encore je me voyais déjà revenu de toute épreuve parce que j&#8217;avais enfin vécu plus de temps dans l&#8217;enfance qu&#8217;il ne m&#8217;en restait à parcourir pour être adulte? C&#8217;est si loin. Elle me faisait signe du bout de ses cheveux maillés de boucles infimes que je voulais toucher comme un drapé de jour qu&#8217;on rêve de froisser pour qu&#8217;il se passe quelque chose ; sa musique crépitait sous les semelles, elle reprenait le rythme d&#8217;une lente rengaine qui parle d&#8217;amour et de bateaux qui reviennent lorsque le soleil frappe au plus droit de nos contrées variables et fraîches. J&#8217;ai tant de havres en mémoire.</p>
<p align="LEFT">A l&#8217;instant, ma vie, ma longue vie tentait je le vois bien de me rejouer la jeune saison alors qu&#8217;au reflet de la vitre obombrée maintenant je réalise mon âge, visage grisé d&#8217;adulte en fin de course. J&#8217;entends à partir de ces cheveux qui surgissaient ce soir un peut-être oublié qui signe la liberté d&#8217;aller au milieu des silences, magie d&#8217;un soir dans la réalité du jamais plus, lorsque chaque pas compte sobrement l&#8217;énergie qui me reste et que je me crois cependant habité d&#8217;éternité, non de ce que j&#8217;écris, mais dans le moment où ces mots me sont dictés.</p>
<p align="LEFT">
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/16/les-havres-eternels/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La cuisine d&#8217;Héraclite</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/06/la-cuisine-dheraclite/</link>
		<comments>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/06/la-cuisine-dheraclite/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 06 Mar 2012 11:59:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/?p=2427</guid>
		<description><![CDATA[« Il faut retenir le propos que tint, dit-on, Héraclite à des visiteurs étrangers qui au moment d&#8217;entrer s&#8217;arrêtèrent en le voyant se chauffer devant son fourneau ; il les invita, en effet, à entrer sans crainte en leur disant qu&#8217;il y a aussi des dieux dans la cuisine. » (Aristote :  Parties des Animaux ) L&#8217;invitation d&#8217;Héraclite est une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT">« Il faut retenir le propos que tint, dit-on, Héraclite à des visiteurs étrangers qui au moment d&#8217;entrer s&#8217;arrêtèrent en le voyant se chauffer devant son fourneau ; il les invita, en effet, à entrer sans crainte en leur disant qu&#8217;il y a aussi des dieux dans la cuisine. » (Aristote :  <em>Parties des Animaux</em> )</p>
<p align="LEFT">
<p align="LEFT">L&#8217;invitation d&#8217;Héraclite est une bien curieuse façon d&#8217;accueillir les étrangers. S&#8217;il les avait fait entrer dans la pièce principale où gronde le foyer – et donc les dieux, les ancêtres (les photographies qui trônent sur nos buffets) – il aurait agi noblement, les aurait honorés comme il convient. Les recevoir dans la cuisine est une familiarité où l&#8217;humilité le dispute au trivial car c&#8217;est là que le fourneau – le feu utile – métamorphose les objets produits par la nature afin qu&#8217;ils deviennent des aliments consommables.</p>
<p align="LEFT">
<p align="LEFT">J&#8217;y vois cependant la preuve de la confiance qu&#8217;il faut porter aux étrangers ; en pénétrant dans la cuisine, ils deviennent d&#8217;emblée nos amis. Les grands dieux officiels qu&#8217;on célèbre dans la pièce principale – l&#8217;équivalent de la cérémonie du canapé où l&#8217;on dit : installez-vous confortablement ! &#8211; sont ici éludés au profit de ce lieu où gargouillent les plats et où debout nos mains s&#8217;affairent tranquillement : plaisir de la nature que l&#8217;on travaille avec une ingéniosité toute personnelle ; la cuisine c&#8217;est nous et le salon c&#8217;est pour les autres, qu&#8217;il s&#8217;agisse de personnes réelles (visiteurs) ou fictives (télévision ).</p>
<p align="LEFT">
<p align="LEFT">L&#8217;humilité de l&#8217;accueil dans la cuisine dit à peu près : je vous reçois dans ce modeste sas entre le monde extérieur et l&#8217;intime. Je ne redoute pas votre indiscrétion et ce qui mitonne sur le fourneau est là aussi pour vous ; je vous donne à partager mes secrets et mes plaisirs.</p>
<p align="LEFT">
<p align="LEFT">On n&#8217;oubliera pas que cette anecdote est contée par Aristote dans son traité sur les <em>Parties des Animaux </em>: dans le feu de la pièce principale on aurait sacrifié un cuissot aux grands dieux ; sur le fourneau de la cuisine mijote le nécessaire, la viande cuit, les graisses se déposent et les fumées emplissent le petit espace réservé.</p>
<p align="LEFT">
<p align="LEFT">Mais alors pourquoi Héraclite dit-il « qu&#8217;il y a aussi des dieux dans la cuisine » ? Où sont-ils ? Pour répondre à la question il suffit de se laisser guider par le fumet de la cuisson des aliments qui passent du cru au cuit&#8230; et les dieux sont là, dans la nature certes des légumes et de la viande et dans la culture tout humaine où l&#8217;imagination élabore ses petits plats pour le plaisir du corps ; mais ce sont avant tout les hommes, cuisinier et invités, qui sont divins à leur manière car ils relèvent de notre article premier : tous les hommes naissent libres et égaux en droit. Oui, les étrangers, nous les connaissons bien, ce sont nos frères de la famille humaine qu&#8217;on introduit sans façon dans la cuisine, accueil spontané et joyeux, chacun portant la forme vivante du sacré, que nous nommons aujourd&#8217;hui respect ou dignité, si bien que celui qui, folie, détruit notre fraternité, mérite à peine le nom d&#8217;homme.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/06/la-cuisine-dheraclite/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Une pièce sur les seins (1/5)</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/04/une-piece-sur-les-seins-15-2/</link>
		<comments>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/04/une-piece-sur-les-seins-15-2/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 04 Mar 2012 10:00:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/?p=2409</guid>
		<description><![CDATA[(La pièce est publiée ici en continu à la date du 4 février 2012, telle qu&#8217;elle a été jouée. Cette pièce est protégée par la SACD &#8211; elle est disponible au format PDF: Le Sein dans tous ses états) Intitulée Mes seins j&#8217;en prends soin, cette pièce m&#8217;a été commandée au début de 2011 et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT">(La pièce est publiée ici en continu à la date du 4 février 2012, telle qu&#8217;elle a été jouée. Cette pièce est protégée par la SACD &#8211; elle est disponible au format PDF: <a href='http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/wp-content/uploads/2012/03/Le-Sein-dans-tous-ses-états.pdf' target="_blank">Le Sein dans tous ses états</a>)</p>
<p align="LEFT"><em>Intitulée </em>Mes seins j&#8217;en prends soin<em>, cette pièce m&#8217;a été commandée au début de 2011 et a été jouée le 14 octobre 2011de façon presque expérimentale au centre social d&#8217;Etouvie, banlieue d&#8217;Amiens. Elle a été rejouée ce 2 mars 2012 au même endroit. Elle m&#8217;a été commandée par les travailleuses sociales du quartier. J&#8217;ai eu beaucoup de mal à l&#8217;écrire car il me semblait que ce n&#8217;était pas à un homme de traiter d&#8217;un sujet aussi délicat, l&#8217;objectif étant d&#8217;inciter les femmes à se faire faire des mammographies pour éviter la survenue du cancer du sein.</em></p>
<p align="LEFT"><em>En en parlant avec toutes les femmes rassemblées, j&#8217;ai vu des scènes surgir et je me suis mis lentement au travail&#8230; sont venues cinq scènes et on peut considérer en effet que cet ensemble est une sorte de pièce.</em></p>
<p align="LEFT"><em>Le metteur en scène Philippe Péroux a décidé de distribuer le monologue d&#8217;entrée (scène 1)qui est assez long entre différentes actrices, reprenant mon idée fondamentale qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un chœur de femmes. Ce sont une vingtaine de femmes qui apparaissent sur la scène ; une actrice s&#8217;avance sur le devant dit sa partie puis revient vers le groupe et une autre prend le relai.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="font-size: x-large;">Le sein dans tous ses états</span></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="font-size: large;">Scène 1</span></strong></p>
<p>Peut-être entre 16 et 25 ans, oui, oui, peut-être à cet âge là peut-être, peut-être&#8230; mais sinon on a du mal à croire qu&#8217;on a des seins parfaits, pas trop mamelles, pas trop tasse de thé à l&#8217;envers&#8230; Quand je les regarde dans un miroir, je ne suis pas toujours très fière, enfin ça dépend, souvent si, quand même&#8230; mais il arrive parfois qu&#8217;au bout d&#8217;un moment je fixe un autre endroit, le visage surtout, tiens, je me demande si le maquillage n&#8217;a pas été inventé pour détourner le regard … Mais non, mais non&#8230; le visage c&#8217;est la partie émergée de cet iceberg qu&#8217;est mon corps; normal qu&#8217;on le souligne, pauvre visage exposé au temps qu&#8217;il fait, la pluie, le soleil, et au temps qui passe, les rides, toujours les rides! Et les seins, eux? Oh, c&#8217;est facile, c&#8217;est cruel, avec le temps, plouf, ils tombent, c&#8217;est une loi, c&#8217;est la loi de la gravitation appliquée au corps des femmes. Heureusement, il y a les vêtements, oh les soutiens-gorge, ces empêcheurs de tomber en rond! On est bien là-dedans, les seins y sont, comment dire? Comme des oiseaux dans leurs nids&#8230; contre la tempête du temps. Oui, oui, je sais, après un certain nombre de décennies, ce n&#8217;est plus la peine, ben oui, je sais.</p>
<p>Ah j&#8217;oublie l&#8217;essentiel: une fois couverts, les seins, c&#8217;est tout de même ma fierté. On ne les porte pas, on les arbore&#8230; oh toutes ces ruses innombrables pour séduire en laissant les boutons du chemisier ouvert, les robes échancrées, enfin tous ces petits trucs qui laissent deviner ou parfois découvrent le fameux pli entre les deux seins, pour séduire par le galbe, toujours séduire. Le décolleté, quelle invention&#8230; et qu&#8217;on est fière de&#8230; au fait, fière de quoi, oui, au fait, de quoi? Eh bien, on découvre sans découvrir, jusqu&#8217;au bord de l&#8217;aréole, du bout de sein qui lui, curieusement, s&#8217;il est découvert, devient obscène. Ce qui est comique, c&#8217;est que ça se joue à quelques centimètres de tissu. Le décolleté est un endroit risqué, trop c&#8217;est l&#8217;enfer, et pas assez ça fait bigot, refoulé. Entre le diable et le bon dieu trouvez le juste milieu et vous aurez le décolleté parfait! Il arrive qu&#8217;on parle de la gorge au lieu de dire les seins; ça vous a quelque chose de plus érotique, je crois. Comme si les seins parlaient; la gorge, la gorge&#8230; bon moi je veux bien, pourquoi pas?</p>
<p>Ah, pour le décolleté, encore faut-il des seins qui s&#8217;y prêtent, ou qui s&#8217;y donnent, ou qui s&#8217;y offrent. Ben oui, il y a des femmes qui ont des seins trop petits&#8230; oui, oui, elles se font mettre des implants, de même que les trop grosses poitrines se font réduire&#8230; attendez, attendez&#8230; c&#8217;est quoi trop petits ou trop gros? Qui décide de ça? Après tout les sinistres squelettes ambulants des défilés de mode sont-elles un modèle? Il semble que non. Les stars de cinéma qui font rêver les hommes, les vraies, ont des poitrines opulentes, enfin, je crois&#8230; Bon, elle est où la norme? La norme c&#8217;est l&#8217;énorme, ou la norme c&#8217;est la poitrine des mannequins? Non, je crois qu&#8217;il n&#8217;y a pas de norme. Encore une histoire de juste milieu, ras le bol du juste milieu! Aucune femme n&#8217;est à cet endroit. La nature n&#8217;obéit à aucune norme.</p>
<p>Ah, la vraie souffrance est peut-être aux magazines féminins&#8230; Tenez, aujourd&#8217;hui aucun journal ne publierait un texte misogyne. Eh bien, les vrais misogynes ce sont ceux ou celles qui écrivent dans les magazines féminins et qui vous coincent les seins entre deux modèles&#8230; et en plus ces tricheurs, ils retouchent les photos, les bandes de vaches! Plus petits disent les uns, plus gros disent les autres! Et parfois les deux modèles opposés dans le même numéro! Qui sont les pervers et les perverses qui inventent des trucs pareils? On ne peut pas choisir et comme la chirurgie esthétique est capable de tout&#8230; c&#8217;est une vraie torture. Les mecs n&#8217;ont pas ces problèmes, enfin, peut-être qu&#8217;ils en ont d&#8217;autres. Je ne sais pas.</p>
<p>Ah oui, j&#8217;oubliais, les seins ça bouge. C&#8217;est pour ça qu&#8217;il y a des femmes qui ne veulent pas d&#8217;enfants. La maternité pensent-elles, ça détruit le corps, et les seins en particulier. Ça rend folle! Autrefois les hommes nous battaient, oh, ça continue plus que jamais&#8230; mais bon, les mecs qui font ça aujourd&#8217;hui ont quand même parfois mauvaise conscience. Mais là, ces histoires de mode gros seins petits seins etc&#8230; au fond, c&#8217;est encore une manière de nous gouverner, de nous torturer. La libération des femmes, oui, oui, la seule chose glorieuse qui soit arrivée dans les mœurs au XXème siècle ou à peu près&#8230;Mais on voit bien qu&#8217;il y a encore des poches résistance contre cette fameuse libération. Les modèles, les modes, rien de plus atroce. Après vient la terreur de ne plus plaire au mari, au père de nos enfants. Quel esclavage!</p>
<p>Ah, une chose me revient qui m&#8217;a toujours fait rire: les hommes veulent voir les seins des femmes&#8230; d&#8217;ailleurs maintenant on en voit sur les plages&#8230; je me trompe peut-être mais c&#8217;est en train de refluer, ce truc&#8230; je crois, on en voit moins qui osent&#8230; je ne sais pas pourquoi&#8230; non, mais ce n&#8217;est pas ça qui m&#8217;amuse. Les hommes veulent voir les seins des femmes, ça les obsède. D&#8217;ailleurs elles ont raison d&#8217;arborer leurs seins comme un saint sacrement&#8230; enfin, je trouve ça très beau, très&#8230; comment dire? … qu&#8217;on arbore ses seins&#8230; euh, c&#8217;est sain, c&#8217;est très sain&#8230; un signe de bonne santé, une fierté justifiée. Non, ce qui est drôle, c&#8217;est que les seins des femmes qui font l&#8217;objet des désirs des hommes, à tout bien considérer, c&#8217;est la première chose qu&#8217;ils ont touchée lorsqu&#8217;ils étaient nouveau-nés. Oui, la chose qu&#8217;ils ont explorée en premier, celle qu&#8217;ils ont vue alors, est justement cette poitrine qu&#8217;ils aspirent à découvrir avec tant d&#8217;empressement; bizarre&#8230; On dirait qu&#8217;ils se souviennent. Oui, ça doit être ça, c&#8217;est un souvenir, c&#8217;est pour eux ce qu&#8217;il y a de plus mystérieux et de plus connu à la fois. Ils sont drôles les mecs, vraiment curieux&#8230; des bébés éternels. Enfin, je crois. Ça m&#8217;amuse de le penser, enfin bon, ce que j&#8217;en dis&#8230; ce que j&#8217;en dis&#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/04/une-piece-sur-les-seins-15-2/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Une pièce sur les seins (2/5)</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/04/une-piece-sur-les-seins-25/</link>
		<comments>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/04/une-piece-sur-les-seins-25/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 04 Mar 2012 09:58:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/?p=2407</guid>
		<description><![CDATA[Scène 2 (Catherine et Nicole entrent en parlant) Catherine Et tes seins ? Nicole (éclate de rire) Ah ah !! Mes quoi ? Catherine Tes seins&#8230; Nicole Mais tu te crois où ?&#8230; hem, euh&#8230; tu plaisantes, j&#8217;espère ? Catherine Non, pas du tout. Nicole Écoute, on parlait de nos rides, des meilleurs produits, de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="CENTER"><strong><span style="font-size: large;">Scène 2</span></strong></p>
<dl>
<dd><a name="dialog"></a><em>(Catherine et Nicole entrent en parlant)</em></dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Et tes seins ?</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd><em>(éclate de rire)</em> Ah ah !! Mes quoi ?</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Tes seins&#8230;</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Mais tu te crois où ?&#8230; hem, euh&#8230; tu plaisantes, j&#8217;espère ?</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Non, pas du tout.</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Écoute, on parlait de nos rides, des meilleurs produits, de la crème, de nos varices&#8230;</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Et du fond de teint ! C&#8217;est important le fond de teint !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Oui, j&#8217;oubliais ! Tu as raison chère amie, ma bonne amie qui se fiche de moi !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Non, j&#8217;insiste, parlons maintenant de tes seins !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Quoi ? Mes seins ? Tu ne les trouves pas beaux, mes seins ? Enfin, je me fiche un peu de ce que tu en penses. Sauf qu&#8217;une amie qui t&#8217;insulte, c&#8217;est pas vraiment agréable. Je ne vois pas le rapport !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Je ne t&#8217;insulte pas. Réfléchis bon sang !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Tu veux que je réfléchisse sur mes seins ? Elle est bonne celle-là ! Tu continues de te moquer de moi ! Mes seins, mais c&#8217;est ma part intime ; c&#8217;est aux hommes qu&#8217;il faut le demander, pas à moi ! Ni encore moins à toi, même si tu es mon amie depuis longtemps !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Allons, allons ; arrête un peu ! Tu ne vois pas ?</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Ah oui, attends, j&#8217;ai compris, tu ne les trouves pas jolis et tu voudrais que j&#8217;aille me les faire refaire, je ne sais pas où par je ne sais qui. Un copain à toi, un chirurgien esthétique, tu parles ! Tu touches un pourcentage ?</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Pas du tout. Mais alors pas du tout !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Qu&#8217;est-ce que tu mijotes ?</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Rien du tout, c&#8217;est l&#8217;évidence, je suis très sérieuse&#8230;</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Heureusement, j&#8217;aime pas qu&#8217;on se moque !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Personne n&#8217;aime ça ! Ne te fâche pas, je t&#8217;en prie !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Tu voudrais que je reste calme, alors que toi, mon amie, tu dis du mal de ma poitrine ! Quel culot ! Allez, dis-le : « Va te faire refaire les seins ! » et qu&#8217;on en finisse !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Tu ne comprends rien, décidément.</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Oh si, oh que si ! Je vois bien où tu veux m&#8217;emmener espèce de&#8230; Oh n&#8217;importe quoi ! Et ça se dit mon amie ! Et toi tes seins, tu crois que&#8230; ?</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Mes seins, ça va, je te remercie&#8230;</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Alors voilà, Madame, avec sa poitrine de femme de 45 ans, elle, elle est toute contente, elle est satisfaite ; et moi qui en ai autant, je devrais aller me faire refaire les seins par le charcutier du coin !.. Au fait, t&#8217;as les sous, parce que ça coûte bonbon c&#8217;t'affaire ?</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Non, c&#8217;est gratuit.</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Ah, ah ! Très drôle ! Et c&#8217;est remboursé ! Avec mes mamelons je vais encore creuser le trou de la sécu ! Non, mais tu rêves Catherine, tu rêves ! C&#8217;est remboursé, ben tiens, et les oranges du supermarché c&#8217;est aussi remboursé par la sécu ?</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Ah, les oranges, non, mais les seins, oui !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Tu vois ça de ta fenêtre ma petite Catherine&#8230; on est où là, on parle de quoi ?</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Ah enfin la bonne question, Nicole, enfin ! Fais un effort !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Tu m&#8217;énerves. Je me sauve, je me barre, t&#8217;as compris ? On est chez les fous là. On commence par parler de nos petits trucs là, de nos petites misères et tout d&#8217;un coup tu sautes sans crier gare sur ma poitrine comme une tigresse ! T&#8217;es à moitié folle. Bon, je te laisse avec tes fantasmes. Occupe-toi de tes seins, je m&#8217;occuperai des miens quand j&#8217;aurai le temps !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Non, c&#8217;est tout de suite ! Excuse-moi, je m&#8217;y suis mal prise&#8230; Pardonne-moi je t&#8217;en prie. Reste encore !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Mais euh, je&#8230;</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Tu veux bien rester ? Juste un peu&#8230;</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Oui&#8230; Enfin, non ! Là faut que j&#8217;aille faire les courses. Y&#8217;a plus rien dans le frigo. Tiens sur la liste, y&#8217;a même des oranges !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Non remboursées !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Comme tu dis, mais arrête de te foutre de moi, s&#8217;il te plaît !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Alors que l&#8217;examen des seins, lui, est remboursé !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd><em>(Silence)</em> Ah d&#8217;accord&#8230; d&#8217;accord&#8230; ! C&#8217;était&#8230; c&#8217;était ça ton truc ! Tu veux que&#8230;</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>C&#8217;est l&#8217;évidence. Palpation, radiographie&#8230; à nos âges, tu sais&#8230; C&#8217;est la première cause de cancer chez les femmes.</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Non, je ne sais pas et j&#8217;en ai rien à cirer&#8230; Ah la dame patronnesse ! Tiens, y&#8217;avait soeur Emmanuelle pour les gamelles, voici soeur Catherinepour les poitrines ! Non, non, non et non !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Explique-toi ! Pourquoi tu t&#8217;énerves comme ça ?</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Parce que tu m&#8217;énerves. Occupe-toi de ta santé, d&#8217;accord ? Ton corps c&#8217;est ton corps. Va te faire voir, oui tiens, c&#8217;est ça, va te faire examiner ! Moi, rien du tout, je m&#8217;en fous !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Onze mille par an !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Onze mille quoi ?</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Onze mille victimes du cancer du sein, tu mesures les ravages ?</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Rien à faire, je m&#8217;en fous ! Ça fait mal ton truc d&#8217;examen machin, j&#8217;ai pas envie de me faire triturer la poitrine. C&#8217;est pas pour moi !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Nous sommes toutes&#8230;</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Oui, ça va on est toutes concernées&#8230; Ah concernées ! Dis-moi par quoi on n&#8217;est pas concernées ! Dis-le moi ! On est concernées par la misère dans le monde, concernées par le sida, concernées par les grains de beauté, concernées par la bouffe trop grasse, concernées par la privatisation du téléphone, la disparition des hirondelles, le retour des coccinelles, l&#8217;absence des coquelicots au bord des routes, la guerre en Irak, l&#8217;extinction progressive des baleines, du tigre sibérien, des indigènes en Amérique du sud, et le réchauffement de la planète par là-dessus pour en remettre une couche! T&#8217;en veux encore des concernements ? Ou des concertations&#8230; enfin je m&#8217;en fous comment on dit, mais j&#8217;en ai marre d&#8217;être concernée. Qu&#8217;on me fiche la paix ! Voilà ce qui me concerne !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Ouh là là ! Arrête de délirer ! Tes seins, tes seins, c&#8217;est pas du concret ça, ça ne te concerne pas ?</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Non.</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Et pourquoi non ?</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Je ne suis pas fragile. Jamais malade, moi, jamais !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Ça frappe n&#8217;importe qui, n&#8217;importe quand ! Tu le sais bien. Onze mille par an !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Onze mille femmes, pas d&#8217;hommes&#8230;</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Si, si, il y a des hommes, mais en proportion infime.</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Me fais pas marrer !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Si, il y a parfois des hommes, je ne rigole pas. Mais bon, c&#8217;est surtout les femmes bien sûr !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Ben tiens, évidemment, tu veux me faire croire n&#8217;importe quoi !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Non, je t&#8217;assure&#8230; enfin, là n&#8217;est pas le problème !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Et c&#8217;est même tellement pas le problème que je me barre, comme ça tu arrêteras de me foutre la trouille !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Ah voilà bien le problème cette fois ! Onze mille, ça vous fiche le frisson !</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>C&#8217;est des statistiques. Moi, je ne suis pas une statistique. Je suis moi et je n&#8217;entre pas dans ta combine de chiffres. J&#8217;ai jamais été malade, pas une fois sur le billard, c&#8217;est pas demain la veille que je vais risquer de&#8230;</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Risquer de quoi ? Tu as peur, c&#8217;est ça, je le vois bien, tu as peur, c&#8217;est normal&#8230;</dd>
<dt><strong>Nicole</strong></dt>
<dd>Mais c&#8217;est toi qui me fiche la frousse ! <em>(Silence)</em> Eh ben, oui, voilà, j&#8217;ai peur et je n&#8217;ai pas envie qu&#8217;on me dise après m&#8217;avoir pincé les seins dans une machine&#8230;. Oh, pis, j&#8217;en ai marre, je ne suis pas fragile, tu comprends, pas fragile&#8230; je m&#8217;en fous, je m&#8217;en fous, je m&#8217;en fous !! <em>(Elle s&#8217;enfuit en se bouchant les oreilles)</em></dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Nicole, je t&#8217;en prie !&#8230; où est-ce que j&#8217;ai commis une erreur ? Je lui ai fait peur. C&#8217;est nul ; oui, c&#8217;est ça, la peur, la peur&#8230; mais comment est-ce que j&#8217;aurais dû faire ? Bon sang, comment faire avec une pareille tête de mule ? Oui, pourtant c&#8217;est mon amie, mais comment faire ? Comment ?</dd>
</dl>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/04/une-piece-sur-les-seins-25/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Une pièce sur les seins (3/5)</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/04/une-piece-sur-les-seins-35-2/</link>
		<comments>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/04/une-piece-sur-les-seins-35-2/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 04 Mar 2012 09:57:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/?p=2405</guid>
		<description><![CDATA[Scène 3 (Catherine, Blandine, Véronique et Emmanuelle sont assises dans la salle d&#8217;attente d&#8217;une radiologue. Armande survient dans le cours de la conversation.) Véronique C&#8217;est la cousine à mon beau-frère, qu&#8217;elle habite, euh&#8230;, d&#8217;où qu&#8217;c'est qu&#8217;c'est que, euh, d&#8217;où qu&#8217;c'est que&#8217;c'est qu&#8217;elle habite déjà ? Blandine « Où est-ce qu&#8217;elle habite ? » Véronique Qu&#8217;est-ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="CENTER"><strong><span style="font-size: large;">Scène 3</span></strong></p>
<dl>
<dd><a name="dialog"></a><em>(Catherine, Blandine, Véronique et Emmanuelle sont assises dans la salle d&#8217;attente d&#8217;une radiologue. Armande survient dans le cours de la conversation.)</em></dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>C&#8217;est la cousine à mon beau-frère, qu&#8217;elle habite, euh&#8230;, d&#8217;où qu&#8217;c'est qu&#8217;c'est que, euh, d&#8217;où qu&#8217;c'est que&#8217;c'est qu&#8217;elle habite déjà ?</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>« Où est-ce qu&#8217;elle habite ? »</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Qu&#8217;est-ce tu dis Blandine ?</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>On ne dit pas d&#8217;où qu&#8217;c'est qu&#8217;c'est, on dit où est-ce que&#8230;</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Oui, oh, c&#8217;est du pareil la même chose. Donc je te disais, la cousine à mon beau-frère&#8230;</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>« De », de mon beau-frère !</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Ah, mais si tu m&#8217;interromperais pas tout le temps je pourrais te raconter nom de d&#8217;là, mais y&#8217;a pas moyen de moyenner avec toi ; j&#8217;te jure tailler une bavette avec toi c&#8217;est pas d&#8217;la tarte ! La vache ! En plus t&#8217;as toujours été du pareil au même à me corriger quoi t&#8217;est-ce que je dis ! Une vraie instit qu&#8217;on a à l&#8217;école, comme si quand on serait encore des gamines !</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Normal, c&#8217;est mon métier !</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Oui, ben ras l&#8217;bol, ton métier tu peux te le mettre où je pense, j&#8217;te jure !</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Oh, Véronique, arrête&#8230; je t&#8217;en prie, c&#8217;est déjà assez pénible comme ça&#8230;</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Quoi t&#8217;est-ce qu&#8217;est pénible ?</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Cette attente, là !</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>T&#8217;as la trouille ?</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Bien sûr !</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Ben, y&#8217;a pas de quoi avoir les foies ! Tu sors tes seins comme les vaches leurs mamelles au salon de l&#8217;agriculture et puis voilà&#8230;</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Oh, je t&#8217;en prie Véronique, non, pas ça ! Mais quelle idée j&#8217;ai eue de t&#8217;emmener avec moi ! Tu me fais honte !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Rassurez-vous madame, j&#8217;ai au moins aussi peur que vous.</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Ah, tu vois, quoi t&#8217;est-ce que je te disais !</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Mais madame&#8230;</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Appelez-moi Catherine !</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Merci Catherine ! Enfin, Véronique, tu n&#8217;as pas entendu, Catherine a eu l&#8217;élégance de me dire qu&#8217;elle avait peur comme moi ! Tu vois, y&#8217;a pas que moi qui redoute cet examen !</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Oui, ben moi, les examens, à l&#8217;école, j&#8217;en ai jamais réussi aucun. Mais l&#8217;examen des seins, toujours, à chaque fois je les ai réussis !</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Oui, toi, tu t&#8217;en fiches, c&#8217;est pas la première fois !</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Oui, j&#8217;y suis déjà été ! Tiens, la première fois c&#8217;est quand que la cousine à mon beau-frère, elle a eu un tique qu&#8217;on lui a retiré avec une grande aiguille comme ça ! <em>(Elle fait un geste des deux mains)</em>&#8230; Comme ça&#8230; qu&#8217;elle m&#8217;a raconté la cousine à mon beau-frère&#8230;</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Elle a eu quoi ?</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Un tique ou un tisque, je sais plus&#8230;</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Vous voulez dire un kyste sans doute !</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Oui, oh, c&#8217;est du pareil la même chose !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>On dit que c&#8217;est extrêmement douloureux.</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Rien que l&#8217;idée qu&#8217;on m&#8217;enfonce une aiguille dans le sein, j&#8217;en frémis d&#8217;horreur !</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Oui, ben , la cousine à mon beau-frère elle a dit non, que ça faisait pas mal, mais alors pas du tout mal, qu&#8217;elle a dit la cousine à mon beau-frère !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Tout dépend des sensibilités, sans doute, et vous madame, pourquoi avez-vous peur ?</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Appelez-moi Blandine&#8230;</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>D&#8217;accord Blandine !</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Pourquoi j&#8217;ai peur ? Je ne sais pas, Catherine, je ne sais pas !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Moi non plus, je ne sais pas, je dois vous l&#8217;avouer.</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>L&#8217;idée qu&#8217;on me palpe les seins, vous savez&#8230;</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Moi, c&#8217;est la radiographie ; je trouve ça, comment dire ? Comme une intrusion quoi, je ne sais pas ; les images après, tout ça, ça me dégoûte un peu&#8230; Je&#8230; comment dire ? J&#8217;ai peur du résultat et surtout je ne me reconnais pas ! <em>(Riant)</em> Je sais bien que ça n&#8217;est pas comme une vraie photo, mais tout de même !</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Vous voulez dire que c&#8217;est obscène, quelque chose comme ça !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Oui, c&#8217;est ça !</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Je vois, je vois.</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Merci ! Oui, tout à fait ça, c&#8217;est le mot, c&#8217;est obscène. Et vous, vous avez peur de la palpation ; euh, je trouve ça un peu limite aussi.</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Atroce, j&#8217;en frémis d&#8217;avance !</dd>
<dt><strong>Emmanuelle</strong></dt>
<dd>Je me permets de m&#8217;immiscer dans votre conversation&#8230; mon nom est Emmanuelle !</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Bonjour Emmanuelle !</dd>
<dt><strong>Emmanuelle</strong></dt>
<dd>Bonjour, excusez-moi, Blandine&#8230; vous n&#8217;avez rien à redouter&#8230; et vous non plus Catherine !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Dites-nous, nous ne demandons qu&#8217;à être rassurées!</dd>
<dt><strong>Emmanuelle</strong></dt>
<dd><em>(Désignant Véronique)</em> C&#8217;est comme madame l&#8217;a dit.</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Ah, tu vois, quoi t&#8217;est-ce que je t&#8217;avais dit avant qu&#8217;on vient, que c&#8217;était pas la peine d&#8217;en faire un camembert de chez Maroilles !</dd>
<dt><strong>Emmanuelle</strong></dt>
<dd>Oui, enfin, je m&#8217;exprimerais un peu différemment de Véronique, mais je dois vous dire que je viens ici tous les ans et que, mon dieu&#8230; Je vais peut-être vous étonner&#8230; mais c&#8217;est un vrai plaisir !</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Un plaisir ? !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Un plaisir ?!</dd>
<dt><strong>Emmanuelle</strong></dt>
<dd>Vous n&#8217;êtes jamais venues, vous ne pouvez pas savoir, cela va de soi !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Mais savoir quoi mon dieu ?</dd>
<dt><strong>Emmanuelle</strong></dt>
<dd>Comment vous expliquer ? Elle a les yeux bleu vert, presque gris dans la semi- obscurité de la pièce, regard qu&#8217;elle rehausse d&#8217;un soupçon de mascara et la paume de ses mains est si chaude que&#8230;</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Excusez-moi, mais de qui parlez-vous ?</dd>
<dt><strong>Emmanuelle</strong></dt>
<dd>Mais de la radiologue bien sûr ! Celle qui fait les radiographies et l&#8217;examen des seins !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>C&#8217;est bien de nous parler de ses yeux et de ses mains, mais l&#8217;examen en lui- même, ça fait mal ? !</dd>
<dt><strong>Emmanuelle</strong></dt>
<dd>Permettez-moi avant de répondre à votre question d&#8217;insister sur sa coiffure d&#8217;un brun roux superbement accordé à ses pupilles mobiles qui vous fixent avec franchise, sans parler de sa voix douce, un murmure de ruisseau à la fois ferme et sautillant comme un rire constamment réprimé. Sa seule présence de fée, de magicienne, trônant debout au milieu de ces machines sophistiquées et qui pourraient sembler réfrigérantes vous donne une confiance totale, ce n&#8217;est pas une doctoresse seulement, non, c&#8217;est une reine, et se faire examiner les seins par cet ange incarné dans sa blouse blanche est un plaisir auquel rien ne saurait se comparer !</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>La vache, comment qu&#8217;elle cause l&#8217;Emmanuelle, je sais pas de qui elle parle mais j&#8217;aimerais bien lui serrer la main à c&#8217;te docteur dont à propos qu&#8217;elle cause !</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Mais triple buse, elle nous parle de celle qui doit nous examiner !</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Ah ben alors, on parle pas de la pareille au même ! Tout ce qu&#8217;elle vient de dire, c&#8217;est balivernes et compagnie, nom de d&#8217;là ! Comment vous dire ? Elle a la taille d&#8217;une génisse de huit mois, des yeux de chèvre et une blouse blanche que j&#8217;en voudrais pas pour traire mes vaches, c&#8217;est pas une blouse qu&#8217;elle a, c&#8217;est un sac de farine !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Bon, enfin, bref, cela n&#8217;a rien d&#8217;une corvée, hein, c&#8217;est ça, malgré ce qu&#8217;en dit Véronique ?</dd>
<dt><strong>Emmanuelle</strong></dt>
<dd>Tout à fait, chère amie. C&#8217;est un délice, un vous verrez, je ne vous en dis pas davantage !</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd><em>(Elle sort de la salle d&#8217;examen et rentre dans la salle d&#8217;attente)</em> Zut, zut, zut ! J&#8217;ai oublié mon soutif ! Vache de vache ! <em>(Elle parle à Emmanuelle qui vient de se lever et se précipite dans le cabinet de la radiologue)</em> Vous, attendez-là, je dois aller rechercher mon machin là&#8230;</dd>
<dt><strong>La doctoresse</strong></dt>
<dd><em>(Une voix depuis les coulisses)</em> Madame Béjart, votre soutien-gorge !</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Oui, ça va, ça va, je sais, j&#8217;arrive ! Filez-moi mon soutif ! <em>(Une main passe le soutien gorge des coulisses vers la scène.)</em>.. Merci !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Mais c&#8217;est Armande ! Bonjour, comment tu vas ?</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Bonjour&#8230; pas bien, mais alors pas bien du tout !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>On t&#8217;a détecté quelque chose ?</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Oh non, c&#8217;est pas ça mais j&#8217;avais tellement les boules que ça m&#8217;a fait un de ces mal, la vache !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Enfin, Armande, si t&#8217;as rien, t&#8217;as rien, et c&#8217;est tant mieux !</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Ouais, je sais&#8230; je sais, mais regarde-moi ça ! <em>(Elle brandit le soutien- gorge)</em>J&#8217;oublie tout, je suis dans un de ces états, si tu savais&#8230;</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>C&#8217;est pas grave ça, d&#8217;oublier son soutif, y&#8217;a plein de jours où je le mets pas et je m&#8217;en fous ! C&#8217;est pas si important ma bonne dame, et si même que vous voulez le remettre là devant nous avant de sortir, ça gêne personne, hein ma Blandine ?</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Oui, non, bien sûr, tu as raison !</dd>
<dt><strong>Emmanuelle</strong></dt>
<dd><em>(Elle est debout, sur le point de rentrer dans le cabinet de la radiologue, donc de sortir de scène, mais elle suit la conversation&#8230;)</em> Il me semble cependant que ce lieu public convient bien peu à cette délicate opération, excusez-moi&#8230; une certaine décence naturelle m&#8217;oblige de plus à vous dire que là, debout, le soutien gorge à la main, vous n&#8217;êtes pas d&#8217;une élégance folle !</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Mais laissez-la donc faire ce qu&#8217;elle veut, à c&#8217;te pauv&#8217; femme ! <em>(Armande hausse les épaules et met son soutien gorge dans son sac)</em>.</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Pffff! Moi, dans une autre vie, j&#8217;aurais le choix, je préfèrerais être un mec&#8230; toutes ces histoires de seins et de soutien gorge&#8230; ça me gonfle, ça me gonfle !</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Oh, ne dites pas ça, je vous prie, c&#8217;est si beau d&#8217;allaiter des enfants !</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Ah, parlons&#8217;en d&#8217;allaiter des enfants ! Ça vous fait des seins en poire, une horreur, d&#8217;ailleurs moi, j&#8217;ai refusé d&#8217;allaiter pour mon Kevin. Madame Béjart qu&#8217;elles me disaient les sage-femmes, y&#8217;a rien de plus beau, elles disaient même un truc du genre: allaiter, c&#8217;est l&#8217;école des femmes&#8230; l&#8217;école des femmes, tu te rends compte, non mais n&#8217;importe quoi !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Mais c&#8217;est vrai Armande, je te jure, tu as raté quelque chose !</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Je m&#8217;en fous ! Je ne veux même pas en entendre parler !</dd>
<dt><strong>Emmanuelle</strong></dt>
<dd>Je vous avoue que je m&#8217;interroge également sur le bien fondé de votre réticence à donner le sein, car enfin cette osmose délicieuse jamais au grand jamais, en notre brève existence, nous ne la revivrons avec cette intensité troublante !</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Oh, vous, la précieuse ridicule, ça suffit hein ! Arrêtez vos effets de manche et allez plutôt vous faire tripoter les mamelles par cette folle de radiologue qui a dû trouver son diplôme dans une pochette surprise ! <em>(La radiologue appelle : « Madame Emmanuelle Arsan! »)</em></dd>
<dt><strong>Emmanuelle</strong></dt>
<dd><em>(Gifle Armande)</em> Vipère ! Vous n&#8217;avez pas l&#8217;avez pas volé! <em>(Elle sort, et rentre ainsi dans le cabinet de la radiologue)</em>.</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd><em>(Elle se frotte la joue)</em> Aïe, aïe, aïe !Ben qu&#8217;est-ce qu&#8217;il lui prend à cette dingue ?!</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>J&#8217;ai cru comprendre qu&#8217;elle était amoureuse de la radiologue !</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>La vache, elle m&#8217;a fait mal ta copine&#8230;</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Ce n&#8217;est pas ma copine, on s&#8217;est rencontrées ici, à l&#8217;instant !</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Décidément, c&#8217;est pas mon jour. J&#8217;aurais mieux fait de rester au lit.</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il t&#8217;est arrivé, après tout t&#8217;as rien aux seins, de quoi te plains- tu ?</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Oh, là, je ne sais pas si je dois, tu es là avec des amies et&#8230;</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Nous nous sommes rencontrées ici par hasard comme Catherine vient de vous le dire. Si vous avez une difficulté, et si cela vous fait du bien d&#8217;en parler, confiez-nous ce que vous avez sur le cœur.</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Je vous remercie mille fois. Cela fait tellement mal. C&#8217;est mon mari.</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Jean-Baptiste ?</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Oui !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Il dirige toujours le théâtre ?</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Hélas, oui, quand je pense que c&#8217;est moi qui l&#8217;ai fondé ce théâtre et que je l&#8217;ai fait venir parce que j&#8217;en étais folle de ce type&#8230; et voilà&#8230;</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Et voilà qu&#8217;il en a trouvé une plus jeune, bien sûr&#8230;</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Tu étais au courant et tu ne m&#8217;as rien dit ?</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Mais non ! Bien sûr que non ! Mais à nos âges quand on a des problèmes avec son mari, on sait bien ce que ça veut dire.</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Je m&#8217;excuse de partager vos confidences.</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Oh, y&#8217;a pas de mal. Ça me fait du bien d&#8217;en parler, et puis, on en est toutes là.</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Oui, je fais une radio de contrôle avant de faire refaire les seins. Je voudrais tellement continuer à plaire à mon Ludovic.</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Permettez-moi de vous le dire crûment : vous perdez votre temps et votre argent. <em>(Elle marque une pause pour prendre son souffle)</em> Une femme meurt de son vivant.</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Ah non, Armande, non ! Il faut se battre, lutter !</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Et pis, si y veut fout&#8217; le camp, y&#8217;a qu&#8217;à l&#8217;fout&#8217; dehors ! Moi, c&#8217;est quoi t&#8217;est-ce que j&#8217;ai fait avec mon bonhomme. Vlan ! À la porte ! J&#8217;ai gardé les vaches et tout le pré de derrière ; le reste avec ses bagnoles, il a tout conservé et c&#8217;est tant mieux. Chacun pour moi.</dd>
<dt><strong>Blandine</strong></dt>
<dd>Chacun pour soi, plutôt&#8230; chacun pour soi.</dd>
<dt><strong>Véronique</strong></dt>
<dd>Oui, bof, pour moi, pour soi, c&#8217;est du pareil la même chose !</dd>
<dt><strong>Catherine</strong></dt>
<dd>Ah si toutes les femmes du monde pouvaient se donner la main !</dd>
<dt><strong>Armande</strong></dt>
<dd>Merci de m&#8217;écouter en tout cas, ça fait drôlement du bien&#8230;</dd>
<dd><em>(Elles entourent Armande comme pour la protéger et lui déposent tour à tour un baiser sur les cheveux. Des mots peuvent être dits : « Ce n&#8217;est pas si grave, tu vas être tranquille maintenant, il ne faut pas t&#8217;en faire, la vie est belle, elle continue&#8230; »)</em></dd>
</dl>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/03/04/une-piece-sur-les-seins-35-2/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>

