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	<title>Je peins le passage &#187; Monologue</title>
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	<description>Le blog de Raymond Prunier</description>
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		<title>La jeune fille et l&#8217;alcool (monologue)</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Dec 2011 17:30:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monologue]]></category>

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		<description><![CDATA[J&#8217;ai été invité à écrire un monologue sur l&#8217;alcool et les jeunes, lors de la représentation de la pièce annoncée: Addictions et contradictions (déclarée à la SACD). J&#8217;ai utilisé le personnage d&#8217;une jeune fille pour présenter le problème. Ouaaah, qu&#8217;est-ce qu&#8217;on s&#8217;est marré ! Qu&#8217;est-ce qu&#8217;on s&#8217;est marré !Ouais ouais, oh, il faut pas exagérer ! Comment ? Ouais, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>J&#8217;ai été invité à écrire un monologue sur l&#8217;alcool et les jeunes, lors de la représentation de la pièce annoncée: Addictions et contradictions (déclarée à la SACD).<br />
J&#8217;ai utilisé le personnage d&#8217;une jeune fille pour présenter le problème.<br />
 </em><br />
Ouaaah, qu&#8217;est-ce qu&#8217;on s&#8217;est marré ! Qu&#8217;est-ce qu&#8217;on s&#8217;est marré !Ouais ouais, oh, il faut pas exagérer ! Comment ? Ouais, on a cassé toutes les vitres de la salle des fêtes, des bouts de verre partout ! Ouais, je sais mais bon c&#8217;était l&#8217;anniversaire de Nicolas, faut bien s&#8217;marrer ! C&#8217;est pas tous les jours&#8230; vous dites ? Écoutez, non, attendez Madame la psychologue, je vais vous dire&#8230; oui, c&#8217;est le juge qui m&#8217;envoie, mais faut me signer mon papier comme quoi je vous ai bien visitée&#8230; ouais, c&#8217;est ça, comme quoi je vous ai « consultée », ouais consultée&#8230; Faut consulter une psychologue qu&#8217;il m&#8217;a dit, le juge, mais bon après basta, hein ! On va pas en faire un fromage de cette histoire. Vous signez et on se dit au revoir. Moi, les psys, je me méfie, c&#8217;est fouineur et compagnie !</p>
<p>Ben ouais, on a trop bu, ça c&#8217;est sûr, j&#8217;avoue. De quoi ? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;on a bu ? Oh, on a bu de tout ! En gros on a attaqué à la bière et on a fini à la vodka, ben ouais ! Mais vous buvez pas vous, madame la psychologue ? Ouais, je vois, vous avec un demi de bière vous êtes déjà bourrée ! Vous avez une tête à pas tenir l&#8217;alcool, ça c&#8217;est sûr ! </p>
<p>Comment ? L&#8217;incendie ? Quel incendie ? Ah ouais, on a foutu un peu le feu, c&#8217;est vrai, y&#8217;en avaient qui clopaient dans un coin, normal , le rideau du fond a pris feu dans la salle des fêtes, enfin je sais pas trop comment ça s&#8217;est passé, mais ça c&#8217;était après, à la fin. Au début on dansait sympa, cool, genre pépère et mémère – comme vous quoi ! &#8211; pis à la fin ça a dégénéré, je me souviens un peu des pompiers qui débarquent avec les lances à eau, mais j&#8217;étais déjà dans les vapes, faut bien le dire, avec tout ce que je m&#8217;étais enfilée ; tiens pour vous dire, je me serais prise une douche avec la lance à incendie, je suis pas sûre que j&#8217;aurais dessoûlé ! Comment ? Non, le feu c&#8217;est pas moi et pis faut bien qu&#8217;on s&#8217;amuse ! L&#8217;eau là, quand ça a coulé pour éteindre le feu, ah qu&#8217;est-ce qu&#8217;on s&#8217;est marré ! Ah si, on a bien rigolé. </p>
<p>Les dégâts ? Les dégâts de quoi ? Ah oui, les vitres en miettes ouais bof, faut pas pousser, et le mur du fond, juste un peu cramé sur les bords comme une tarte qui serait restée un peu longtemps dans le four !  Y&#8217;a pas eu de morts, non, y&#8217;a pas eu de morts, alors faut pas pousser ! Comment ? Ah y&#8217;en a eu à l&#8217;hôpital ? Ah oui, d&#8217;accord, non j&#8217;étais pas au courant ! Ah oui, y z&#8217;étaient ivres morts&#8230; mais quand même ils sont pas morts ! Alors arrêtez un peu avec ça ! Faut pas exagérer ! C&#8217;est pas si grave ! Toujours à dramatiser ! On se croirait sur une scène de théâtre !!.. Les dégâts, là, c&#8217;est que des dégâts matériels&#8230; ouais, ouais, c&#8217;est papa qui paiera&#8230; enfin pour mon père, ça fait dix ans que je l&#8217;ai pas vu. Tiens ça me fera l&#8217;occasion de le voir ; je vois la scène d&#8217;ici : « Bonjour papa, tiens voilà la facture ! Paye ! » La tronche du mec ! </p>
<p>Quoi ? Qu&#8217;est-ce que vous dites ? On est des irresponsables ? Ben ouais, c&#8217;est ce qu&#8217;on a dit au juge quand on est passés au tribunal le lendemain matin, on est des jeunes faut bien s&#8217;marrer, qu&#8217;on a dit au juge ! C&#8217;était l&#8217;anniversaire de Nicolas, voilà le pourquoi du comment de la chose ! Ben ouais ! Dites, la psychologue, vous allez me le signer mon papier comme quoi je vous ai consultée ?<br />
Comment ? Pourquoi je bois comme ça ? Ah non, là, vous poussez un peu là, c&#8217;est à vous, la psychologue, de répondre à des questions pareilles ! Moi, je veux me marrer, c&#8217;est tout. Une fête sans alcool c&#8217;est comme une soupe sans sel ; attends, une fête sans alcool t&#8217;as vu ça où toi ? Sans alcool, non mais attends, je rêve là, non je rêve, attends vous avez bien dit SANS alcool ! Vous vivez dans la lune vous !&#8230;. Je vais vous dire, si y&#8217;a pas d&#8217;alcool, c&#8217;est plus un anniversaire c&#8217;est un enterrement ! </p>
<p>Déjà que c&#8217;est pas drôle d&#8217;avoir 17 ans ! Comment ? Qu&#8217;est-ce qui est pas « drôle » ?Ben je sais pas moi, au lycée tout ça&#8230; non, non, je veux pas parler de ça&#8230; non, l&#8217;école je m&#8217;en fous ! C&#8217;est quoi le problème ? MON problème ? Ben je sais pas moi, un truc comme les parents sur le dos par exemple : moi, c&#8217;est le beau-père qui me déteste, une vraie teigne, je me demande comment ma mère peut le supporter&#8230; et avec ça moche comme un pou ! Oh pis c&#8217;est pas le sujet. Le sujet, il est simple : faut bien s&#8217;marrer, sinon le week-end tu fais quoi dans ce bled ? Des rats morts ! On s&#8217;ennuie comme des rats morts ! Voilà le problème !</p>
<p>Encore des questions la psychologue ? Allez-y, mais après vous me signez le papier du juge comme quoi je vous ai consultée&#8230; Comment quoi ? Comment on s&#8217;est retrouvée à 50 au lieu des 25 prévus au départ ? Eh dites donc, c&#8217;est pas tous les jours l&#8217;anniversaire de Nicolas, alors on a tweeté et dans le bled on s&#8217;ennuie tellement qu&#8217;ils sont tous venus. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;on s&#8217;est marré ! Comment ? Ah non, ceux qui ont foutu le feu je les connais pas, non. Ouais, ouais, en sortant ils ont cassé des bouteilles sur le parking, ouais, je sais bien tout ça, mais faut bien s&#8217;marrer ! Ah ouaiaiais&#8230;y&#8217;en a après ils ont fait un rodéo avec une voiture et évidemment ils ont éraflé un peu une vingtaine de bagnoles sur le parking, mais bon c&#8217;est de la tôle froissée, normal, ils étaient quand même bien bourrés !  Ouais, je reconnais que c&#8217;est pas très malin, mais quand on a bu faut excuser! Ouais, encore des dégâts, oh vous allez pas remettre ça encore, ça va, on s&#8217;excuse et puis on n&#8217;en parle plus ! Je m&#8217;excuse, voilà, je m&#8217;excuse, vous êtes contente ?!! </p>
<p>Remarquez, le juge ils nous a collé à tous des punitions ! Ah si, ils nous a punis ! Tenez moi je suis obligée de venir vous voir, alors. Obligée qu&#8217;il m&#8217;a dit, le juge ! Obligée de vous consulter, non, mais tu te rends compte ! Incroyable ! Ah, si j&#8217;avais pas été obligée je serais pas venue tu penses. Eh, il faut me signer le papier hein ? </p>
<p>Qu&#8217;est-ce que vous dites ? Du cannabis ? Ah ah ah le cannabis, le cannabis ! Nous y voilàààà ! C&#8217;est là que vous m&#8217;attendez hein, je suis sûre ! Vous vous régalez d&#8217;avance : les jeunes, le cannabis ! Ah le beau sujet pour la télé ! Gros titres ! Ah on en frémit dans les chaumières ! Le cannabis et les jeunes ! Les jeunes et le cannabis ! Attendez on va prendre le problème bien en face ! Vous avez jamais fumé vous, vous êtes clean vous ! Attendez, y&#8217;a un truc que je comprends pas dans votre obsession du cannabis ! D&#8217;abord dites-moi, les jeunes, c&#8217;est quoi ? C&#8217;est quand on a 14 ans, 19 ans, 25 ans, 32 ans ? Les jeunes je sais pas ce que c&#8217;est ! Et le cannabis c&#8217;est quoi ? Moi je fume une bouffée d&#8217;un pétard qu&#8217;on me passe et je ne demande pas ce que c&#8217;est. Du coup moi le cannabis et les jeunes je ne sais pas ce que ça veut dire ! </p>
<p>Tiens, je vais vous donner un conseil, si vous permettez madame la psychologue !&#8230; Pardon ? Ah vous permettez pas ! Ah oui, c&#8217;est vous l&#8217;adulte donc, pas de conseils ! Bon comme vous voudrez ! Mais c&#8217;est la première fois qu&#8217;on me fait le coup ! C&#8217;est drôle ! Vous dites : (grosse voix)« C&#8217;est moi l&#8217;adulte ! » C&#8217;est bizarre. D&#8217;habitude quand il y a un problème c&#8217;est toujours sourires de pitié et voix douce,  genre : (voix douce)« Allez les jeunes, dites-moi tout !!» Vous non ! Vous, vous dites : c&#8217;est moi l&#8217;adulte ! Ça fait bizarre&#8230; Vous êtes quand même un peu coincée, non ? Les psys et machin chose c&#8217;est toujours un peu genre : je me regarde le nombril d&#8217;abord et je cause après, non ? </p>
<p>On en était où ? Ah oui, le cannabis ! C&#8217;est quoi la question ? Est-ce que j&#8217;ai conscience d&#8217;avoir franchi la ligne rouge ? Aaah la question ! La ligne rouge elle est où ? C&#8217;est la loi dont vous parlez là ! Et la loi, moi, je sais pas ce que c&#8217;est. Le juge m&#8217;a dit : « Vot&#8217;cas est grave ! », ça m&#8217;a fait rigoler, il était pas content le juge, pas content du tout ! Il s&#8217;est foutu en rogne. Je sais pas pourquoi. Ben oui, je sais qu&#8217;il faut pas rigoler devant un juge, bien sûr, mais un juge qui te dit : « Vot&#8217;cas est grave », moi ça me rappelle la vodka qu&#8217;on a bue ! Ben oui, à la fin on a bu de la vodka , je vous l&#8217;ai déjà dit. L&#8217;anniversaire de Nicolas, faut bien s&#8217;marrer quand même, c&#8217;est pas tous les jours !</p>
<p>Qu&#8217;est-ce que vous dites ? Faut que je revienne ? Non, pas question ! Ah, c&#8217;est le juge qui l&#8217;a dit ? Plusieurs séances avec la psychologue ? Avec vous ? Bouh là, non mais attendez, si tous ceux qui boivent un coup de temps en temps doivent passer devant une psychologue vous allez pouvoir vous payer des pulls en cachemire et des voyages en Tanzanie orientale ! </p>
<p>Un délit ? Ce qu&#8217;on a fait là, c&#8217;est un délit ? Je sais pas ce que c&#8217;est, moi, un délit ! On n&#8217;est pas des délinquants tout de même ! On s&#8217;est juste marré un peu. La vodka oui ; on a fumé des pétards d&#8217;accord ; et alors ? Il est où le problème ? Bon vous voulez pas me signer le papier du juge, c&#8217;est ça hein ? Ben pourquoi ? Ah, on n&#8217;a pas encore parlé de l&#8217;essentiel ?!! Ben qu&#8217;est qu&#8217;il vous faut ! J&#8217;ai tout raconté, qu&#8217;est-ce que vous voulez que je vous dise de plus ? Parler de moi ? Et là, j&#8217;ai pas parlé de moi ? Non, écoutez s&#8217;il faut que je revienne je reviendrai, ok, mais je dirai plus rien, voilà, on va pas ressasser c&#8217;t'affaire pendant des semaines ! Non, non, je dirai plus rien, j&#8217;ai rien à dire ! De moi ? Qu&#8217;est-ce que vous voulez que je vous dise de moi ? Hein, qu&#8217;est-ce que vous voulez ? Vous voulez que je vous raconte le truc, je l&#8217;ai déjà fait, vous voulez que je vous dise pour l&#8217;alcool, je l&#8217;ai déjà fait, vous voulez que je vous parle de ma famille, je l&#8217;ai déjà fait&#8230; alors !!! Non, je ne dirai plus rien. Je ne dirai plus rien, plus rien du tout. Plus rien, non, ce serait inutile. Vous pouvez toujours vous brosser, je dirai plus un mot. Plus un mot. Non, fini, plus un mot !</p>
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		<title>monologue du joueur</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Sep 2011 14:45:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monologue]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte est extrait d&#8217;une pièce sur les addictions; il est protégé par son dépôt à la SACD. &#160; C&#8217;est pas pour me vanter, mais ma vie est une sacrée aventure ! Quelle vie, quelle vie !! Pour l&#8217;amour, là, je ne dis pas, j&#8217;ai tiré le gros lot du malheur sans jamais avoir pris de billet : [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Ce texte est extrait d&#8217;une pièce sur les addictions; il est protégé par son dépôt à la SACD. </em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>C&#8217;est pas pour me vanter, mais ma vie est une sacrée aventure ! Quelle vie, quelle vie !! Pour l&#8217;amour, là, je ne dis pas, j&#8217;ai tiré le gros lot du malheur sans jamais avoir pris de billet : Nathalie, elle m&#8217;est tombée dessus à bras raccourcis, Nathalie, c&#8217;est une vraie sauvage avec son esprit de clan, les tantes, les oncles, les grands-mères, les belles-mères, les cousins&#8230; Avec Nathalie, c&#8217;est tout le temps, fourchettes à droite, couteaux à gauche, t&#8217;as oublié le pain, essuie tes pieds sur le paillasson, t&#8217;as encore égaré mes clefs, c&#8217;est toi qui m&#8217;a pris mon écharpe, et mes godasses, où t&#8217;as foutu mes godasses, t&#8217;aurais dû penser au chien, arrête de laisser traîner ton linge sale, remonte tes manches, mon rôti il est pas cuit ? je t&#8217;en ficherais, moi&#8230; passe-moi le sel&#8230; sans oublier que tous les jours elle me harcèle du genre: mais qu&#8217;est-ce que t&#8217;as à faire la tête, ben réponds, réponds quand je te parle !<br />
T&#8217;as des réponses, toi ?&#8230; Moi non plus!<br />
Remarquez, je dis du mal de Nathalie, mais je l&#8217;aime bien ; faut dire qu&#8217;elle a touché un héritage, c&#8217;est le côté d&#8217;elle que je préfère ; ça me dispense de perdre ma vie à la gagner&#8230; Du coup, vous devez vous demander ce que je fais de tout ce temps. Oh lààà ! Mais je n&#8217;arrête pas, quelle aventure ! Oui je l&#8217;ai déjà dit, quelle aventure&#8230; quelle aventure !<br />
Tenez le matin, avec les trente euros dont j&#8217;ai soulagé les poches de Nathalie, je me lance ! L&#8217;aventure est au coin de la rue ! Dès que je pose mon pied sur la marche du bar tabac, je sens les battements de mon cœur qui s&#8217;accélèrent, j&#8217;ai les mains moites, la bouche sèche, mes pupilles s&#8217;élargissent et tournant le dos au soleil de la rue, j&#8217;aperçois enfin la lumière, quand du bout de mes phalanges hésitantes je désigne un banco, un astro dans l&#8217;ombre du comptoir&#8230;.et tiens, remets-moi un banco, merci Lucienne, oui, oui, un deuxième pour la route! C&#8217;est pas qu&#8217;on gagne des mille et des cents à ces machins-là, mais j&#8217;adore gratter ; ma devise c&#8217;est : malheureux en ménage, heureux au grattage ! Le matin comme ça, juste après le café, c&#8217;est comme un échauffement avant la course du jour. Je gratte.. comment ? Vous dites ? Oui, oui, je gratte donc je rate c&#8217;est sûr, mais quand je gagne, ah làlà ! Les doigts tremblent encore plus vite, oui, oui, je rejoue tout&#8230; comment ? Ah oui, je reperds tout, oui ; enfin c&#8217;est pas gagner qui compte, c&#8217;est ce qui se passe là, sous le pull, dès le matin, ça cogne, un vrai plaisir ! Des fois ça peut durer une heure, même deux ! Si, si&#8230; j&#8217;ai un secret, un truc&#8230; oui, un secret. Un bon gratteur, c&#8217;est un type qui prend son temps ; tiens, Lucienne, que je dis après avoir acheté mes tickets à gratter, sers-moi donc un café et là &#8211; fine ruse du vrai joueur &#8211; je sors ma lime à ongles. Eh oui, je me fais les ongles, tous les matins, pour gratter oui, oui monsieur, oui madame, les ongles, je me fais les ongles, comme un boucher affûte ses couteaux. Oui c&#8217;est le meilleur moment, j&#8217;aiguise mes ongles en songeant : si je touche le paquet en grattant, je file en Italie, loin de Nathalie&#8230; comment ? Non, non, je n&#8217;y crois pas vraiment, non, ce qui est beau c&#8217;est d&#8217;espérer&#8230; et l&#8217;espérance dès le matin, qu&#8217;est-ce que tu veux de mieux ?<br />
Je bois une gorgée de café, une deuxième, je fais semblant d&#8217;avoir oublié que j&#8217;ai acheté des bancos, comme le chat laisse échapper la souris misérable pour mieux lui tomber sur le râble ! Enfin, au bout d&#8217;un moment, je range ma lime à ongles, mes doigts sont enfin prêts, j&#8217;aspire une troisième gorgée de l&#8217;expresso, je rajoute un sucre puis de l&#8217;autre main, je fais glisser négligemment les tickets sous ma paume. Gratter, c&#8217;est ôter la nuit qui s&#8217;attardait aux fenêtres, le matin, quand la lumière paraît et que l&#8217;on découvre au fond de ses poumons la pureté de l&#8217;air qui s&#8217;orange au levant. C&#8217;est beau, c&#8217;est une splendeur ! Gratter, c&#8217;est donner à sa vie une importance énorme, emplir ses poumons de l&#8217;air du grand large, marcher sur les eaux droit vers l&#8217;horizon où le soleil miroite, ah l&#8217;aventure, quelle aventure !Et après ?<br />
Oh ben, plus tard je revois mon loto. Je vérifie que j&#8217;ai bien déposé mon ticket où figurent mes numéros. Toujours les mêmes, toujours ! Quels numéros ? Ah là, la question est indiscrète, c&#8217;est comme si vous interrogiez un ramasseur de champignons sur l&#8217;endroit où il a trouvé ses morilles! Enfin, je trouve. Oui, oui, c&#8217;est très spécial ! Quels numéros ? Non, je ne le dirai pas. Non, c&#8217;est trop personnel&#8230; non, oui, enfin bon, bref&#8230; je&#8230; je joue toujours la date de naissance de&#8230; oh, non, j&#8217;ose pas le dire&#8230; Si ? Oh, je ne sais pas. Non, non, c&#8217;est pas la date de naissance de ma femme, de Nathalie la chipie, non, non, ni celle de ma fille, la droguée, non&#8230; pas la mienne non plus&#8230; non, excusez la finesse, je&#8230; je joue toujours&#8230; la date de naissance de mon chien. Dick il s&#8217;appelle, avec ses deux oreilles qui traînent par terre et ses yeux larmoyants qui débordent de commisération, je suis sûr qu&#8217;un jour la chance me sera favorable. C&#8217;est pas dieu possible qu&#8217;on n&#8217;ait pas un peu pitié de cette pauvre bête si lamentable, et donc je me dis en toute compassion que sa date de naissance finira bien par sortir, voilà ce que je me dis. Voilà, voilà ! Et alors si je gagne&#8230; si je gagne, hein ?.. SI JE GAGNE !? (Il chante sur l&#8217;air de « Capri c&#8217;est fini » ) : « Na-tha-lie, c&#8217;est fi-niiiiii&#8230;. »&#8230; et j&#8217;irai enfin en Italie. En Italie&#8230; oui, mais où ? A Capri, tiens, justement à Capri ! A Capri ! Voilà, voilà ! Quand même qu&#8217;est-ce que c&#8217;est bien d&#8217;avoir une ambition puissante et des projets lumineux ! Quelle aventure !<br />
Au fait, peut-être que je vais m&#8217;ennuyer à cent sous de l&#8217;heure à Capri. Eh oui, c&#8217;est vrai, le bar tabac va me manquer&#8230; c&#8217;est même sûr ! Non, il vaut mieux pas trop que je gagne, non, non&#8230; Enfin, pas trop tôt&#8230; Euh, pas trop tard non plus&#8230; Mon dieu, faites comme vous voudrez ! Excusez-moi, je ne voudrais pas vous forcer la main, cher dieu, vous allez dire que je ne sais pas ce que je veux, je le vois bien. Enfin, vous savez c&#8217;est pas pour moi, non, c&#8217;est pour ce pauvre chien, ce pauvre Dick, il est si pitoyable, si affreusement minable, vous pourriez quand même faire un geste, sa date de naissance tout de même, ça lui ferait tellement plaisir ! Oui, oui, je sais bien que c&#8217;est pas lui qui va toucher le jackpot à dix millions d&#8217;euros, mais quand même, il serait tellement heureux, ce pauvre Dick ! Oui, je sais, c&#8217;est MOI qui vais tout empocher, ben oui, le monde est mal fait, je sais, je sais. Enfin, un jour, Dick sera heureux de voir sa date de naissance sortir des boules qui tournent&#8230; Oui, non, excusez-moi je déraille je crois, oui, c&#8217;est pas très fin la tactique de passer par le chien pour gagner au loto, mais qu&#8217;est-ce que vous voulez que je fasse, faut quand même que je m&#8217;en sorte de ma dépendance à Nathalie. De ma dépendance tout court&#8230; de ma dépendance&#8230;<br />
Où j&#8217;en étais, oui, ah oui, le loto, donc. Bon là, on approche de midi, Lucienne tu me mets un apéro léger, merci Lucienne, y&#8217;a que toi qui me comprends, merci, un deuxième oui, merci encore Lucienne, donc après, vers midi, je rentre dare-dare à la maison pour pousser un coup de gueule dans la cuisine, histoire de m&#8217;assurer que Nathalie a bien préparé le déjeuner. Après cette éprouvante matinée et le boudin aux pommes de ma chère et tendre épouse, je fais une sieste, car je sais que j&#8217;ai besoin de toute ma science pour affronter les courses de l&#8217;après-midi. Pas les courses au supermarché, non, ça c&#8217;est un truc de bonne femme, non, les courses, les vraies, avec des chevaux. Là, c&#8217;est du calcul mon gars, le poids des bêtes, les poids des jockeys, la longueur de la course, la qualité du terrain, enfin tout un travail savant ; sauf que quand c&#8217;est des juments qui courent je ne joue pas, j&#8217;ai pas confiance dans les femelles. Des fois je gagne, donc je refous tout dans la sixième et quand j&#8217;ai le tiercé gagnant je paye la tournée générale ! Une vraie joie ! Sont contents les copains, drôlement contents ! Quelle aventure, la vache, quelle aventure ! Le soir je suis épuisé, je ne le cache pas, non c&#8217;est vrai, crevé que je suis ; en rentrant, je file un coup de pied au chien parce que j&#8217;ai pas gagné au loto et je m&#8217;écroule devant la télé en mangeant un rôti de cheval histoire de me venger si j&#8217;ai pas gagné aux courses&#8230; et si j&#8217;ai gagné, je mange le rôti avec le même appétit parce que je suis fier d&#8217;entretenir la race chevaline. C&#8217;est ça un joueur, c&#8217;est un type reconnaissant qui pense à l&#8217;avenir. La classe quoi ! La grande classe !<br />
J&#8217;ai une vie, quelle vie&#8230; une vraie aventure, avec des hauts et des bas&#8230; surtout des bas&#8230; mais je m&#8217;en fiche&#8230; tiens je vais vous faire un aveu, tout compte fait, si je gagnais, je ne changerais rien à tout ça, rien du tout. Je m&#8217;en fous de l&#8217;Italie, je m&#8217;en fous de Nathalie. C&#8217;est si beau l&#8217;incertitude du sort, le destin qu&#8217;on dirige, qu&#8217;on accepte avec bonne humeur et ce sens de l&#8217;humanité qui habite mes activités débordantes au bar tabac du coin! Ah la vie, ah le jeu, quelle aventure, quelle aventure !</p>
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		<title>Les méfaits du tabac (monologue)</title>
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		<pubDate>Tue, 14 Dec 2010 07:23:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monologue]]></category>

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		<description><![CDATA[Cette scène sert d&#8217;introduction à la pièce: &#171;&#160;Addictions et Contradictions&#160;&#187;. (L&#8217;actrice entre en scène en refermant le plus silencieusement possible une porte fictive.) Voilà ! Voilà ! Voi-laaaaa ! (Au public) Permettez… euh… attendez. Voilà ! Ouf, ça y est ! Elle est bien fermée, ouf ! Oui, euh…( Elle s’avance sur la pointe des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cette scène sert d&#8217;introduction à la pièce: &laquo;&nbsp;Addictions et Contradictions&nbsp;&raquo;</em>.<br />
(<em>L&#8217;actrice entre en scène en refermant le plus silencieusement possible une porte fictive</em>.)<br />
Voilà ! Voilà ! Voi-laaaaa ! (<em>Au public</em>) Permettez… euh… attendez. Voilà ! Ouf, ça y est ! Elle est bien fermée, ouf ! Oui, euh…( <em>Elle s’avance sur la pointe des pieds comme si elle voulait faire le moins de bruit possible</em>). J’arrive, là, mais je ne sais pas quoi vous dire, c’était pas prévu comme ça ! Mais bon, j’ai quitté les coulisses, je n’en pouvais plus… et dans un théâtre quand on quitte les coulisses, on se retrouve où ? Je vous le demande… ben oui, sur la scène bien sûr, c’est pour ça que je suis là.  Oui, faut que je vous dise, oui, elles fument toutes là-bas, dans les coulisses ! Oui, oui, je sais, c’est interdit, oh ben oui, oh ça je sais, oh je sais bien, (<em>Elle crie presque</em>) hélas, hélas! Attendez faut pas que je parle trop fort elles risquent de m’entendre… mais vous savez pas comment elles ont fait les furies ? Elles ont ficelé le directeur du théâtre comme un saucisson et lui ont mis un ruban adhésif sur la bouche, puis elles ont allumé leurs clopes ! Non, mais les drogués, c’est un vrai malheur, une vraie tragédie, elles feraient tout pour… (<em>Elle tousse</em>) Vous voyez les furies, je vous le disais, elles vont me refiler le cancer de la gorge, des poumons et des orteils… euh non les orteils, je crois pas… mais surtout c’est pour ma gorge que je crains, vous pensez, une actrice, sa gorge c’est son gagne-pain… Alors quand je les vois fumer comme ça… j’allais dire : quand je les entends fumer comme ça… eh oui c’est qu’elles toussent les malheureuses, si vous saviez… oui, donc, moi quand elles fument comme ça, j’en ai mal à la gorge, alors c’est pour ça, je me précipite sur la scène, c’est mon refuge, enfin j’ai peur pour ma gorge, mon larynx, enfin, j’ai peur pour moi tout entière et du coup, j’aime mieux être sur scène que dans les coulisses… le problème, c’est que c’était pas prévu comme ça et je ne sais pas quoi vous dire (<em>Elle tousse</em>)… enfin, c’est mieux d’être là à dire du mal des copines qui fument, que de risquer le cancer de la prostate… euh qu’est-ce que je raconte, le cancer de la rate… oui, j’ai oublié de vous dire, oui, parce que si on fume on risque d’attraper le cancer de tout ce que vous voulez, si, si, ils l’ont dit l’autre jour à la télé…D’ailleurs ils ont parlé aussi du tabagisme passif…Oui, le tabagisme passif, c’est pour ça que j’ai fermé la porte. Comment ? Le tabagisme passif qu’est-ce que c’est ? Ah, vaste question, vaste question !  Attendez, juste un exemple comme ça. Voilà, vous êtes dans un bistrot, assise là, toute seule, déprimée (forcément puisque vous venez d’arrêter de fumer) et vous croisez le regard d’un mec, un brun aux yeux verts, et là donc vous vous sentez envahie d’un immense bonheur… (<em>Silence</em>) Euh, non, là je confonds avec le coup de foudre… oui, oui, oui, excusez, c’est parce que dans une autre pièce je joue ce rôle là, le coup de foudre tout ça, alors ça vient interférer, je confonds, excusez-moi… Vous comprenez, là j’improvise hein, faut pas trop m’en vouloir. Oui… euh, j’en étais où? … Ah oui… le tabagisme passif, la vache de tabagisme passif… c’est quand vous respirez les cigarettes des autres&#8230;  Oui, c’est interdit de fumer dans les lieux publics, oui, je sais, mais c’est tout récent et dieu sait combien j’ai fumé les cigarettes des autres… je n’en avais jamais sur moi ; ils disaient : tu vas arrêter de nous taxer nos clopes, toi, qu’ils me disaient… non,  non, je me trompe, ça, c’était quand je fumais encore… Non, le tabagisme passif en fait, je le vois bien, je ne vais pas vous expliquer, vous savez ce que c’est… (<em>Très vite</em>) En gros c’est quand les autres fument, que vous fumez pas, mais que vous fumez quand même, parce que vous fumez leur fumée… C’est clair non ? (<em>Elle reprend un débit normal</em>) Remarquez à ce compte là, à y bien réfléchir, faudrait interdire aussi le soleil : ben oui, le soleil = le cancer de la peau. Du coup, du coup… sans le soleil, y’aurait plus de voitures qui se ruent vers le sud puisque le soleil serait interdit, ce qui fait qu’en juillet et en août, avantage collatéral, on ne respirerait plus les carburants qui font les bronchiolites des petits. Car à y bien réfléchir, les bagnoles, ça aussi c’est une forme de tabagisme, enfin c’est du diéselisme passif. Ça vous bourre les poumons de cochonneries aussi. Donc, plus de soleil, allez, on interdit le soleil…(<em>Elle hésite</em>)… Allez, on interdit le soleil, d’accord ? Vive la pluie ! Non, attendez, qu’est-ce que je raconte ? Attendez, je crois que je me perds un peu là, excusez-moi, j’improvise… Reprenons !<br />
Oui, donc je préfère être là avec vous qu’avec elles dans les coulisses. Tiens, je vais vous dire un truc (<em>Elle tousse</em>) … c’est incroyable que je tousse comme ça, elles m’ont peut-être refilé le cancer des poumons… oui, un truc à vous dire… Voilà, en fait, comme je suis obligée de me réfugier sur la scène, en fait, vous me sauvez la vie, je vous dois la vie, heureusement que vous êtes là, oui, sans vous je n’aurais aucune raison de venir sur la scène, merci à vous… Si, si, je vous en prie, voilà merci, merci, merci, sans vous je serai morte, si, si… Ah ben si, merci ! Morte que je vous dis, enfin… peut-être pas morte quand même, non peut-être pas (<em>Elle tousse</em>)… Oui, parce que ça ne vient pas tout de suite, le cancer, c’est sournois, ça rampe à l’intérieur, ça peut durer des années, ça vous gratouille les branchies… non, attendez, c’est pas les branchies, c’est les bronches, voilà, oui, les bronches… les branchies c’est le truc des poissons, vous savez sur le côté le petit clapet qui s’ouvre et qui se ferme… tiens à propos de clapet qui s’ouvre et se ferme, je ferais mieux de le fermer, parce que si elles apprennent que je les ai critiquées, ça va barder pour ma fiole… Attendez, non, juste un truc avant qu’elles arrivent, vous dites rien, hein, chuuuut, vous dites rien, chuuut…</p>
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		<title>Monologue du célibataire ( 3 )</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Nov 2009 17:06:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monologue]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

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		<description><![CDATA[Retrouvez les précédents monologues ici. Pour l’amour, c’est comme au ‘Banco’, Faudrait avoir une chance au grattage, Enfin, je veux dire, une chance aux caresses, Aux baisers, à la tendresse, Donner du temps au temps, comme dit l’autre, Pour voir si ça marche, Mais là regarde, c’est comme à la loterie, Tu tombes par hasard [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Retrouvez les précédents monologues <a href="http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2009/09/27/monologue-du-celibataire-2/">ici</a>. </em></p>
<p>Pour l’amour, c’est comme au ‘Banco’,</p>
<p>Faudrait avoir une chance au grattage,</p>
<p>Enfin, je veux dire, une chance aux caresses,</p>
<p>Aux baisers, à la tendresse,</p>
<p>Donner du temps au temps, comme dit l’autre,</p>
<p>Pour voir si ça marche,</p>
<p>Mais là regarde, c’est comme à la loterie,</p>
<p>Tu tombes par hasard sur la plus belle fille du monde,</p>
<p>Et tu es amoureux à l’instant,</p>
<p>C’est ça qui ne va pas,</p>
<p>J’en veux beaucoup au coup de foudre,</p>
<p>Une vraie plaie, tu te crois gagnant,</p>
<p>Tu t’installes avec elle,</p>
<p>Et le temps te déchire tout ça en quelques années…</p>
<p>Ou alors il faudrait avoir plusieurs vies,</p>
<p>Une à l’essai et une autre où tu te méfierais de la loterie du coup de foudre</p>
<p>Et où tu aurais une vraie chance d’aimer parce que tu saurais…</p>
<p>Ça doit être pour ça que les curés ont inventé le paradis après la mort</p>
<p>C’est pour embêter la loterie</p>
<p>C’est un paratonnerre contre le coup de foudre…</p>
<p>Enfin, tout ça c’est du bricolage… Je n’y crois pas…</p>
<p>En amour, c’est bizarre, on n’a pas le temps de rigoler…</p>
<p>Oui, oui, on est content, sur le coup, c’est vrai…</p>
<p>On rigole un peu… oui, c’est vrai, j’exagère…</p>
<p>Oui, oh, ça va, on a bien le droit d’en rajouter nom de dieu</p>
<p>J’en rajoute parce que je suis tout seul, voilà !</p>
<p>Oui, je sais qu’il y en a qui vivent heureux ensemble, à deux,</p>
<p>Toute leur vie…</p>
<p>Je les envie</p>
<p>Je ne sais pas comment ils font</p>
<p>Ils ne doivent pas jouer au ‘Banco’</p>
<p>Ils vivent doucement,</p>
<p>Ou quand ils jouent, ils perdent, forcément,</p>
<p>Heureux en ménage, malheureux au grattage,</p>
<p>Je crois que leur truc c’est pas comme moi,</p>
<p>Oui je veux dire, moi, je parle, je parle,</p>
<p>Eux, les heureux, ils ne parlent pas,</p>
<p>Ils savent, ils devinent,</p>
<p>Un mouvement de paupières, une main qui effleure l’épaule,</p>
<p>Là, en pleine journée,</p>
<p>Sans rien dire…</p>
<p>Comme un adagio infini,</p>
<p>Pour elle et lui,</p>
<p>Piano et violon, doux, tu vois, très doux…</p>
<p>Moi, par contre, j’étale toutes mes loteries ratées,</p>
<p>Je donne des détails, j’invente, je tempête, je hurle,</p>
<p>Eux, les heureux, ils ne disent rien,</p>
<p>Ils n’en ont pas besoin,</p>
<p>Au fait, c’est peut-être ça la recette du bonheur à deux,</p>
<p>Ne rien dire… enfin, pas un mot de trop…</p>
<p>Faudrait que je me taise,</p>
<p>D’ailleurs, tiens, je vais le faire tout de suite,</p>
<p>Ah, oui, mais je n’ai pas la chance d’être à deux,</p>
<p>Oui, oh, ça ne fait rien,</p>
<p>Pour le bonheur il n’est jamais trop tard pour commencer,</p>
<p>Tiens, je commence tout de suite,</p>
<p>Allez, au revoir, je me tais, je me tais…</p>
<p>Au revoir dans le bonheur,</p>
<p>Au revoir…</p>
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		<title>Monologue d&#8217;une femme face à son miroir</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Oct 2009 12:40:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monologue]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

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		<description><![CDATA[Cette scène est extraite de la pièce sur les violences conjugales qui figure dans ce blog. Ce monologue a été ôté de la pièce et c&#8217;est pourquoi je ne l&#8217;ai pas conservé dans le document intégral téléchargeable. La scène a été cependant jouée dix-huit fois lors des représentations passées. Dans les représentations à venir, ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cette scène est extraite de la pièce sur les violences conjugales qui figure dans ce blog. Ce monologue a été ôté de la pièce et c&#8217;est pourquoi je ne l&#8217;ai pas conservé dans le document intégral téléchargeable. La scène a été cependant jouée dix-huit fois lors des représentations passées. Dans les représentations à venir, ce monologue a été remplacé par le dialogue d&#8217;une vieille femme avec une journaliste, dialogue qui semble plus en phase avec la thématique des violences conjugales. Ce &laquo;&nbsp;Miroir&nbsp;&raquo; reste donc détaché de l&#8217;ensemble. Il m&#8217;a semblé intéressant de le proposer ici pour montrer que les violences faites aux femmes ne sont pas seulement le fait des hommes, mais aussi du temps qui passe, la pire des injures faites aux femmes (les hommes semblent moins exposés à cette fatalité, le vieillissement n&#8217;étant pas aussi grave pour eux que pour elles).</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>(<em>L’actrice est debout, dos au public, immobile</em>.<em> On peut utiliser deux actrices qui se relaient. On peut également envisager toutes sortes de dispositifs scéniques qui restituent le caractère de monologue intérieur du personnage</em>. <em>Lors des représentations publiques, le metteur en scène a eu l&#8217;excellente idée de présenter deux actrices en ombres chinoises qui se relaient dans le discours.</em>)</p>
<p>Quand je passe devant un miroir, je pense : t’es pas belle, ma belle, le miroir fait oui de la tête, je m’approche et sans le vouloir je compte.</p>
<p>Je compte les rides, il y en a tellement que je me perds dans les calculs, dans mes années, là au coin de yeux il y a du monde, ça fourmille; tiens, elles sont apparues après six mois de mariage, la déception déjà. Après l’amour, la peine, après les étoiles dans les yeux, les étoiles gravées près des paupières et lentement, les décennies, années banales, font des spirales, la peau se creuse sous les coups, elle se gonfle ailleurs, on dirait un édredon pas drôle ; la souple peau s’est raidie au milieu des appels nerveux du quotidien, sans doute, chaque jour un peu plus sèche, peut-être ; on dirait une terre craquelée, c’est le puissant éclat des voix brutes qui s’adressèrent à moi, tout ce temps, et les accouchements (sans douleur, tu parles), et les enfants à nourrir et les enfants la nuit. Tiens, regarde la courbe du nez, un effondrement de falaise après un raz de marée, mais le pire c’est la bouche, elle est mauvaise, pleine d’ombre, les lèvres appellent l’amour mais d’avoir embrassé pour rien, pour presque rien, les voici désabusées, tombantes, presque froides, froides… c’est affreux des lèvres froides. Restent les yeux, l’intérieur des yeux, la pupille toujours claire, belle, mais personne ne le sait, il n’y a que moi qui la devine encore, pourtant ces pupilles, elles n’ont pas bougé, c’est moi, c’était moi.</p>
<p>Oh, mon miroir, pourquoi me murmures-tu encore ma mémoire, oui, tu me rappelles le temps où j’étais belle, ce temps d’avant, naïf, exalté. Tu te souviens, miroir, j’étais si pure, il suffisait que je sourie à mon reflet pour que les battements de mon cœur s’accélèrent, c’était moi, j’étais fière d’être moi, d’être toujours jolie, j’avais même au regard autre chose de plus, quelque chose qui forçait le respect, un éclat de vie, du vrai diamant, indestructible, je pouvais tout vivre, tout affronter, je mettais du rouge à mes lèvres, du rimmel à mes cils, pas pour faire la coquette, mais pour confirmer que je me savais belle et c’est cette confiance qui m’a valu de croiser le premier imbécile venu, on se marie, on se débat, on se bat, les joues se creusent, et les coups répétés du temps, de l’homme, des habitudes, font du visage une bouille, une bouille, oui, une bouillie… j’en suis venue à ne plus pouvoir me voir.</p>
<p>Écoute, miroir, toi et moi on se sépare, je crois que c’est mieux comme ça, on va s’éviter,</p>
<p>va fasciner d’autres alouettes, moi, je vais continuer à l’aveuglette,</p>
<p>miroir, passe ton chemin, va refléter plus loin…</p>
<p>je ne m’aime plus (<em>La lumière s’éteint, on entend un bris de vitre)</em>.</p>
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