(En chemise de nuit, la tasse à café sur la table basse, elle se fait les ongles assise dans le canapé. Un CD passe à fond « La vie en rose » chantée par Édith Piaf. Il entre et cherche partout.Durant toute la scène elle reste dans le canapé ; lui, en agitation perpétuelle, ne s’assied jamais,marche de long en large.)
Lui : (Tout le dialogue, jusqu’à ce qu’il éteigne le CD, sera dit en criant, pour dominer la voix de la chanteuse)
T’as pas vu mes clefs ?
Elle : Quoi ? J’entends rien !
Lui : Mes clefs, tu les as pas vues ?
Elle : Non !
Lui : Hier soir je les avais posées sur le guéridon de l’entrée !
Elle : Ben, elles doivent y être encore !
Lui : Non, j’ai regardé, y’a rien !
Elle : Ben alors je sais pas.
Lui : Non, mais réfléchis bon sang !
Elle : Je peux pas, tu vois pas que je me fais les ongles ?
Lui : Non, mais ça t’empêche pas de…
Elle : Si, moi, quand je me fais les ongles faut que je me concentre.
Lui : Baisse la musique nom de dieu !
Elle : Je peux pas. Je me fais les ongles, j’te dis, fiche-moi la paix !
Lui : Bon, ben, moi je l’éteins, ta vieille là elle me stresse, elle m’empêche de réfléchir ! (Il éteint le CD) Ouf ! On respire !
Elle : T’es gonflé. Tu me demandes même pas ! T’aimes pas Édith Piaf peut-être?
Lui : J’aime pas les vieux.
Elle : Moi, je l’aime bien, cette femme. Tu manques pas d’air de couper une chanson aussi belle !
Lui : Non, mais moi, dans une demi-heure faut que sois au taff !
Elle : Eh, c’est Édith Piaf, mon gars ! Tu te rends pas compte la vie qu’elle a eue !
Lui : Mais arrête de me casser les pieds avec cette vieille !
Elle : T’as pas vu le film ?
Lui : Le film ? Non, mais qu’est-ce que tu me parles de ça ! Je cherche mes clefs.
Elle : Oui, ben trouve-les tout seul et me harcèle pas. Déjà que t’as éteint le CD. Moi, c’est le seul jour où je suis tranquille !
Lui : Ah les profs, j’te jure. Tiens, y’en a qui croient que quand on est mort on se réincarne en chien ou en crocodile…
Elle : Je vois pas le rapport.
Lui : Eh bien, moi, dans ma seconde vie je me réincarne en prof. On fout rien dans ton métier. Quatre jours par semaine que ça bosse, ça. Tout le reste, congé !
Elle : Jaloux ! Arrête de dire du mal de mon boulot ! Tu sais pas ce que c’est, toi, trente mômes !
Lui : Oui, oh, ça va ! Aide-moi plutôt à trouver ces bon dieu de clefs ! (Silence)
Elle : C’est marrant ça me rappelle un truc !
Lui : Quoi ?
Elle : Quand j’étais petite et que mes deux frères cherchaient un objet perdu, il me disaient : concentre-toi !
Lui : Et alors ?
Elle : Ben je me concentrais et j’avais un flash dis donc ! Je disais : t’as regardé sur le frigo ? Et hop, le truc était retrouvé, ils étaient tout contents !
Lui : Pourquoi tu me racontes ça ?
Elle : Ben, t’as regardé sur le frigo ?
Lui : Bien sûr que j’ai regardé, tu me prends pour qui ?
Elle : Écoute, au lieu de m’agresser tu ferais mieux de chercher.
Lui : Mais je ne fais que ça de chercher ! Tu pourrais m’aider nom de dieu ! À deux ça irait plus vite. Dans une demi-heure faut que je sois au garage. J’ai des clients qui m’attendent.
Elle : Ben moi, non, tu vois ! Et je m’en fous royalement…Tiens, voilà que je me suis foutu du vernis à côté !
Lui : Les époux se doivent mutuelle assistance, a dit le maire quand on s’est mariés.
Elle : Pfff ! T’es nul, toi ! On n’est même pas mariés. On est pacsés, alors…
Lui : Ah oui, c’est avec mon ex qu’on s’était mariés. T’as raison.
Elle : Bien sûr que j’ai raison !
Lui : Ouais ouais, ça va ! Mais je suis sûr que dans le papier du pacs qu’on a signé il est question d’assistance mutuelle !
Elle : Je sais pas, j’ai signé sans regarder, j’ai regardé les mouches voler en attendant qu’il ait fini son baratin le mec.
Lui : Oui, ben moi j’en suis sûr !
Elle : C’est bien, tant mieux !
Lui : L’assistance mutuelle, ça y’est dans le pacs !
Elle : Oui, ben ça va ! Qu’est-ce que tu peux être légaliste !
Lui : Ça veut dire quoi ça légaliste ?
Elle : Ah là là ! Légaliste cela signifie que l’on s’en tient à la loi… et point final.
Lui : Ouh, les profs ! Intellos ! Prise de tête ! Qu’est-ce que j’avais besoin de me marier à une prof !
Elle : Arrête ! En plus on n’est même pas mariés !
Lui : Ouais ! On l’a déjà dit. Enfin tout ça, ça me fait pas retrouver mes clefs !
(Elle chante « La Vie en Rose » : quand il me prend dans ses bras/ il me parle tout bas/je vois la vie en rose)
Lui : Arrête de chanter ça, je vais l’avoir dans la tête toute la journée ! Et ça m’énerve !
Elle : Ben dis-donc, on est mercredi, je suis chez moi et…
Lui : Tu es chez nous d’abord, pas chez toi.
Elle : Ah, ici, je suis pas chez moi, elle est bonne celle-là ! Ben tu risques pas de m’y voir longtemps chez nous… si t’as ça dans le crâne mon petit bonhomme !
Lui : Ton petit bonhomme, le jour où il s’est pacsé il aurait mieux fait de… Bon, elles sont où ces vacheries de clefs ?
Elle : Ah si tu veux qu’on se sépare, ça ne tient qu’à toi… ou à moi d’ailleurs, c’est ça qu’est bien dans le pacs, un seul décide et c’est la séparation ; ah la belle invention!
Lui : Attends, attends, arrête ton délire !
Elle : J’arrêterai si je veux !
Lui : Oui, bon, attends ! Ça y est, je sais ! Hier c’est toi qui as pris ma bagnole pour aller chez Aline !
Elle : Non, j’ai pris MA voiture, elle est bonne celle-là encore, vlà que c’est de ma faute maintenant !
Lui : Oui, c’est de ta faute ! Tiens je vais regarder dans tes affaires !
Elle : T’as de la chance que je me fais les ongles, sinon tu t’en prendrais une !
Lui : Je voudrais bien voir ça !
Elle : Touche pas à mon sac !
Lui : T’as des choses à me cacher ?
Elle : Oui… Non… enfin, laisse ça tranquille, repose ce sac !
Lui : Ouais, ouais… bon… (Il repose le sac. Il se tâte le corps) Bon dieu de bon dieu. J’ai changé de pantalon ce matin, je te parie que… (Il sort. Elle chante « La Vie en Rose »)
Lui : (Revient en brandissant les clefs) Je les ai ! Ouf ! Je file ! On mange quoi ce soir ?
Elle : On se fait un restau. J’ai pas envie de passer mon mercredi à…
Lui : Mais on est déjà tous les deux à découvert à la banque, tu rêves ou quoi ?
Elle : (Menaçante) Ouais, je rêve mon bonhomme, je rêve, je rêve même drôlement, si tu veux le savoir !
Lui : On en reparle ce soir.
Elle : File, t’es déjà en retard !
Lui : Arrête de me donner des ordres !
(Il claque la porte. Elle se lève et chante « La Vie en Rose »)
Archives de la categorie Théâtre
avr 24
La fusion (scène de théâtre)
Deux chaises et deux tables séparées par une cloison fictive ; au pied de chaque table une poubelle de bureau : la situation des objets est parfaitement symétrique pour le spectateur, les tables et chaises se situant à égalité d’espace aussi bien en largeur qu’en profondeur. Christine est côté jardin, Bertrand côté cour, chacun est assis sur sa chaise. Elle écrit sur un bloc de feuilles. Bertrand repose sa tête sur ses bras croisés sur la table et semble sommeiller. De temps à autre il redresse la tête, on le voit souriant, puis il repose sa tête tout le temps que dure le monologue de Christine.
Christine : (La voix est solennelle lorsqu’elle lit ce qu’elle écrit et redevient naturelle lorsqu’elle réagit à son texte) « Je t’écris cette lettre, mon cher… » (Elle hésite, jette la feuille) Non, non, ça c’est nul ! : « Mon très cher Bertrand… » Non, non, non, zut alors ! (Elle barre, puis déchire la feuille et la jette au panier) « Mon amour… » (Elle se recule en faisant grincer la chaise, elle se balance un moment sur les deux pieds arrière de la chaise) Voilà, c’est bien ça, mon amour, c’est très bien (Elle tape sur la feuille de son stylo), c’est tout à fait ça, je suis son amour, il est mon amour… Continuons : « Je veux te dire que je ne peux pas vivre sans toi ». (Elle relit, lève les yeux) Non, non, ça c’est trop direct, et puis ça n’est pas dans le ton allons, réfléchis, réfléchis ! (Elle barre, puis jette la feuille) « Mon amour, je pense à toi toujours depuis notre rencontre… » (Elle barre, se lève d’un bond, la feuille pendante à la main. Elle s’adresse au mur fictif la séparant de Bertrand) Tu vois, rien ne me vient, je voulais… je voulais te glisser un mot sous ta porte, mais non, vraiment, ce que je veux c’est le baiser que nous avons échangé dans l’ascenseur. Quelle idiote d’avoir dit que j’avais à faire et que… et que… oh, je t’aime tant que ma nuit fut pleine de tes bras, de ton sourire, ai-je rêvé, dis-moi ai-je rêvé ? Ah oui, je t’ai vu toute cette nuit, tu me tendais les bras (Elle tend les bras, lâche la feuille) Quelle idée stupide de lui faire un mot ! Bien une idée de gamine ça ! Tu n’es qu’une gamine ! (Elle pose ses mains sur la paroi fictive et Bertrand de l’autre côté s’est levé aussi et pose ses mains contre les siennes.)
Bertrand : Comment te dire derrière ce mur qui nous sépare que depuis hier soir le monde a basculé. Oh, Christine, le moment qui a suivi notre baiser où nous avons échangé nos prénoms. Ce furent nos seuls mots. La terre semble avoir cette nuit tourné dans l’autre sens… non, qu’est-ce que je raconte ? Ton baiser me semblait pourtant sincère pourquoi n’avons-nous pas passé ce samedi soir ensemble ? Et quelle pauvre nuit pleine de rêves agités. Je te vois, je te vois… non, justement, je ne te vois pas, je t’entends, c’est curieux comme j’entends tes pas, le bruit de l’eau qui coule dans l’évier, j’ai l’impression que tu chantes… non, tu ne chantes pas… (timidement) tu chantes ?
Christine : Je suis là, je suis sûre de toi, je l’ai senti à tes bras qui me serraient ; comment se fait-il que j’ai osé te dire que j’étais occupée ? (Ils lâchent leurs mains) Mais je n’avais rien à faire. C’est drôle déjà l’autre jour, je t’ai croisé dans l’escalier, quand il y eu cette panne d’ascenseur. J’ai vu tes yeux verts, ton teint d’enfant, tes pas sûrs qui sonnaient comme un appel que je n’ai pas voulu entendre. Quelle ironie d’habiter à deux doigts de celui que l’on aime ! Quelle bêtise de t’avoir dit que j’étais occupée. Tu as dû croire que…
Bertrand : C’est bizarre, j’ai eu l’impression que tes cheveux tes bras tout ton corps me voulaient, mais lorsque tu m’as dit gênée que tu ne voulais pas entrer avec moi dans mon studio, j’ai bien entendu que tu te forçais. Mais au fait, oui, c’était ça qui m’a retenu, peut-être es-tu déjà comment dire, déjà prise… déjà occupée des pensées d’un autre, ça ne peut être que ça, je ne vois pas d’autre explication, peut-être es-tu pleine de la présence d’un qui n’est pas moi et tu m’as embrassé pourtant… pourquoi ? Je n’ai pas rêvé, c’était sincère pourtant, pourtant, toute cette nuit que nous aurions pu passer ensemble, tu es déjà mon amour alors que tu ne le sais peut-être pas. Oh, tant de peut-être ! Je devrais…
Christine : Ce n’est pas rien de donner un baiser, un vrai baiser long et doux… si tendre. Que te dire maintenant ? J’ai eu peur ? Oui, j’ai eu peur.
Bertrand : Je t’entends, je te vois, non je ne te vois pas. J’ai eu peur quand tu m’as dit : « Non, excuse-moi, je suis occupée ». Tu m’as doucement repoussé. Je t’ai crue. Je n’aurais pas dû. Non, j’ai bien fait. Par respect je crois. Mais j’aurais dû aggraver ma voix, et j’ai parlé du bord des lèvres, j’étais tellement ému, c’était trop doux. Oui, trop tendre…
Christine : J’ai pensé toute la nuit que tu étais peut-être comment dire, pris par une autre, déjà pris, déjà occupé dans ton esprit par une autre, mais alors pourquoi m’as-tu prise dans tes bras, comment interpréter ce beau geste timide et ferme à la fois. Tu es timide ? Tu es pris par une autre ?
Bertrand : (Il pose ses mains sur la paroi et elle pose ses mais contre les siennes une nouvelle fois) Oh c’était tendre, c’était doux, je n’ai jamais connu quelqu’un comme toi ; brune, yeux en amande, je t’ai rêvée, ah oui, tiens, au fait, je ne me souviens plus. C’est tellement confus. Peut-être as-tu les cheveux châtains ? Oh, je ne sais plus ; je me souviens de tes bras voilà, oui tes bras qui me serraient si fort que je n’ai pas osé respirer. Je m’en veux d’être si timide. Je suis tellement farouche… farouche… farouche… J’ai peur de quelque chose ? (Sans le vouloir elle ôte ses chaussures comme en un geste machinal) Un bruit, tiens, de l’autre côté. Là je ne rêve pas. J’appelle, tant pis… (Murmure) Tu es là ? Dis-moi tu es là. Dis, dis-moi ! (Il parle plus fort) Si tu es là parle-moi, je t’en prie.
Christine : (Elle ôte ses mains et colle son oreille à la paroi fictive) Je te parle là, je t’entends, on dirait que tu parles au mur. C’est pour moi. C’est à moi de refaire ce que j’ai empêché hier. C’est à moi ? Oui, c’est moi qui ai refusé, disant que j’étais occupée. Je dois réparer ça. Je vais l’appeler.
Bertrand : (D’une voix forte) Christine, tu es là ?
Christine : (D’une voix forte) Oui, je suis là. Je t’entends. Tu es réveillé ? Dis, tu es réveillé ?
Bertrand : Quelle question !
Christine : (Elle crie)Attends j’arrive ! J’ai besoin de… j’ai besoin de
Bertrand : J’ouvre…
(Ils se précipitent sur le devant de la scène et s’étreignent)
Cette pièce, que j’ai écrite en novembre 2009, a été jouée mercredi 17 février 2010 au théâtre d’Hirson en langue anglaise par des jeunes gens et jeunes filles venus de cinq pays européens. En voici la version française (voir l’article d’hier qui décrit le contexte de cette représentation).
I
(Les cahiers de doléances)
(Cinq personnages assis autour d’une table : quatre paysan(ne)s Hubert, Georges, Raymond et Simone ; Monsieur Duplessis en habit de bourgeois note, plume en main, sur un gros cahier, les doléances des paysans.)
Le Hibou : (Il arrive habillé en diable, sur la pointe des pieds, très lentement, le doigt sur la bouche et murmure : « Chut ! Chut ! ». Les cinq font semblant de parler pendant l’intervention du Hibou qui s’approche du public.)
Je suis le Hibou de Paris. On est en septembre 1788 et ces braves gens de Nogent sur Seine remplissent leurs réclamations pour le roi. Moi, je suis partout et nulle part. Je vole de lieu en lieu pour écouter leurs doléances. Je suis une sorte de témoin. C’est beau, n’est-ce pas, regardez-les ! Ils sont si touchants, si mignons ! Vous savez, ils ignorent encore qu’en ce moment ils écrivent l’histoire… pas celle du petit chaperon rouge ou du chat botté, non, non… ils rédigent l’Histoire avec un grand H. On sent dans l’air comme un vent qui se lève, une bourrasque va soulever l’Europe. Les pauvres petits, ils sont innocents… vous entendez dans l’air du soir leurs murmures plaintifs et tellement justifiés. Allez, tendez l’oreille, c’est si émouvant… allez, je m’écarte… je les laisse se disputer… Ah, une chose encore, essayez de ne pas trop vous moquer. À tout à l’heure mes petits et soyez bien sages… (Il s’éloigne sur la pointe des pieds comme il est venu, tandis que les voix se font enfin entendre)
Hubert : Et ma vache ! La Rosine qui donnait tout mon bon lait… elle est morte, j’avais plus de foin à lui donner. Note-le Duplessis, note-le !
M.Duplessis : Ce n’est pas le problème du jour, allons, Hubert ! On n’est pas là pour les vaches mais pour les hommes qui meurent et qui souffrent tous les jours.
Hubert : Oui, mais si j’ai plus de lait, c’est pas moi que je souffre peut-être ?
M.Duplessis : Bon, alors, pour sa Rosine, je le note ou pas ?
Georges : Non, non ! Nous c’est du sel qu’il nous faut ! On mange tout fadasse, et comment qu’on conserve les jambons ? Sa Rosine elle peut bien crever, c’est pas ça qui nous donnera du sel !
Raymond : Et les impôts imbécile ! C’est encore bien plus important ! La soupe sans sel, les vaches sans foin… d’accord ! Mais regarde mes nippes ; en lambeaux : et en plus l’hiver dernier rappelle-toi ce qu’on a eu froid. On se gèle. Les impôts nous étranglent.
Hubert : Rosine, elle est pas importante, peut-être ? On a dit qu’on écrivait nos doléances. Moi, je veux du foin.
Georges : C’est toi qui es bête à manger du foin. C’est le sel qu’il nous faut !
M.Duplessis : Soyons sérieux messieurs, pour être crédibles auprès du Roi il faudrait que….
Simone : Non, c’est Raymond qui a raison ! Les impôts, les impôts, les impôts !
Tous : (scandent) Les impôts ! Bai//ssez les impôts ! Les impôts !
M.Duplessis : Attendez !(Il note) « Il faudrait baisser les impôts afin que nos paysans puissent nourrir leurs animaux et se procurent du sel… » Ça vous va, ça ? (Ils font oui de la tête)
Georges : Ouais, ouais… mais l’hiver dernier… rappelez-vous bande de buses…
Hubert : Buse toi-même…
Georges : … rappelez-vous quand on a eu si froid. Et on était morts de faim quasiment !
M.Duplessis : Voilà, ça je le note. Donc je…, j’écris : « … trouver une solution concrète afin d’éviter une nouvelle disette. »
Simone : C’est clair ! Quand que t’as huit morveux à nourrir, c’est drôlement coton ! Faut à manger.
M.Duplessis : Bon, ben, ça y’est c’est écrit. J’ajoute : « …surtout lorsqu’il y a des enfants. »
Hubert : Moi, avec Marguerite, on n’a pas d’enfants, on s’en fiche !
M.Duplessis : Non, ça y’est c’est écrit, n’y revenons pas !
Hubert : Oui, mais les vaches, ça passe avant les gosses !
Raymond : Mais de quoi tu te plains ! T’es le plus riche de la ville, non mais, t’es gonflé !
Georges : À bas les riches ! Donne-nous tes sous !
M.Duplessis : Attendez ! Nous n’en sommes pas encore aux inégalités.
Simone : Moi, y’a un renard qui a attaqué mes poules ! Plus de poulets, plus de poules, plus d’œufs… la catastrophe. Qu’est-ce qu’on peut faire ?
Raymond : C’est la faute aux nobles, ils veulent pas qu’on chasse… tu parles d’un truc, toi, alors que le gibier grouille partout dans la campagne et qu’on a parfois tellement faim…
Hubert : Oui, faudrait avoir le droit de les assassiner !
Raymond : Qui ça ? Les nobles ?
Hubert : Mais non, crétin ! Les bêtes sauvages !
Raymond : Crétin ! Toi, tu vas voir quand on va s’en prendre aux riches !
M.Duplessis : (indifférent à ces remarques, écrit) « Nous exigeons »… ça va exigeons ?
Hubert : Oui, oui !
M.Duplessis : Bon, je reprends : « Nous exigeons par ailleurs l’autorisation de chasser les animaux nuisibles ou non… » ça vous va ? (Ils font oui de la tête)
Georges : Vous allez dire que je change de sujet, mais… et pourquoi le Roi, il viendrait pas nous voir à Nogent ?
Simone : Il croit sûrement qu’on a la grippe H1 N1 ! Il a peur de la contagion !
Raymond : Oui, il a peur de nous ! C’est sûr !
M.Duplessis : Du calme ! Du calme ! Je résume : « Nous aimerions que le Roi soit plus proche de ses sujets afin qu’il prenne la pleine mesure de nos difficultés réelles. » Ça vous va ?
Tous : Ouais, ouais… bof, bof ! Ouais, si tu crois pas celle-là ! bof bof !
Raymond : Enfin, Duplessis, heureusement que t’es là ! On ne sait même pas écrire …
Simone : Bon, tout ça c’est bien beau, mais…
Hubert : Les vaches n’attendent pas ! Salut la compagnie ! (Il s’en va)
Simone : Et moi qui ai laissé les gosses dans la basse-cour ! (Elle s’en va)
Georges : Faut que je range mes provisions avant l’hiver… enfin ce qu’il me reste à manger ! (Il s’en va)
Raymond : Eh, attendez-moi ! (Il s’en va)
M.Duplessis : (Se redresse lentement en posant la plume, s’essuie le front) Ben, ça va pas être de la tarte cette affaire. Enfin, on va envoyer ça au Roi, on verra bien, mais ça va gronder drôlement à Versailles… ils vont être bien étonnés…
II
(Les états généraux)
(Le Hibou arrive sur la pointe des pieds.) Salut mes amis, me revoilà ! Ouh ouh ! Quelle affaire, mes amis, quelle affaire ! Ouh là là ! Des émeutes tout l’hiver et au printemps 89… ça gronde, ça gronde… et le Roi a réuni les États Généraux le 5 mai ! Tiens voilà le délégué de Nogent sur Seine qui en revient, il va faire son compte rendu des premier débats (Monsieur Duplessis entre) ; Monsieur Duplessis, m’est avis que tu vas avoir la partie difficile. Voyons comment il va s’y prendre pour leur présenter la chose ! Ah, ah ! Mon gaillard ! (Une foule arrive représentée par trois acteurs. Le délégué monte sur une chaise) Ouh là, pourvu qu’il ne se casse pas le nez par terre, ce serait mauvais signe, mes enfants ! On le sent, ça râle, ça râle, ça grogne, ça rouspète ! Drôlement pas contents, je vous le dit ! Mais chut ! chut ! Écoutons, écoutons…
M. Duplessis : Mes amis, mes amis… vous allez être satisfaits !
Tous : Ah ! Ah ! Ah ! Enfin !
Raymond : Dis-nous Duplessis y’avait du monde ?
M.Duplessis : Eh bien… eh bien…
Hubert : T’étais tout seul avec le Roi ou y’avait du monde ?
M.Duplessis : Arrêtez de plaisanter avec ces choses-là !
Hubert : Bon, alors, c’est beau, Paris ?
M.Duplessis : Ce n’était pas à Paris… c’était à…
Hubert : M’enfin, t’es bien passé par Paris ?
M. Duplessis : Oui, mais vous savez…
Hubert : Bon, ça va, ben, c’est tout ce que je voulais savoir… t’énerve pas !
Simone : Et la salle où que vous étiez, elle était belle la salle ?
Raymond : Et y’avait des femmes ? Elles étaient belles ?
Hubert : Y’a eu une messe pour l’ouverture, ça je le sais…
Raymond : Bon, alors, on a parlé des récoltes ?
M. Duplessis : Calmez-vous, mes amis, calmons-nous. Oui, nous étions très nombreux, d’autant que les représentants du Tiers État…
Raymond : C’est quoi d’ça, le Tiers État ?
M.Duplessis : Ben c’est nous espèce de ballot !
Raymond : M’insulte pas toi avec tes grands airs là , c’est pas parce que t’es allé voir le Roi que…
M.Duplessis : Le Tiers État c’est nous ! Tous ceux qui ne sont pas nobles et qui n’appartiennent pas au clergé !
Simone : Ben dis-donc, ça fait du monde !
M.Duplessis : C’est pour ça que nous avons exigé d’être représentés par un nombre égal à celui de la noblesse et du clergé réunis.
Simone : C’est bien ça ! Très bien ! Bravo !
Hubert : On a dit que le Roi s’était endormi pendant une séance. C’est vrai ?
M.Duplessis : Oui, c’est vrai… c’était pendant le discours de Necker.
Raymond : Qui c’est d’ça, Necker ?
M. Duplessis : C’est le contrôleur général des finances, autant dire c’est lui qui tient les cordons de la bourse quoi… les sous, c’est lui !
Raymond : Oui, c’est comme ma femme à la maison, quoi…
M.Duplessis : Attendez, ne m’interrompez pas tout le temps !
Simone : (à Raymond) Oui, toi, tais-toi ; on a rassemblé de l’argent pour que tu ailles nous représenter là-bas, alors… réponds-nous !
M.Duplessis : C’est quoi, la question ?
Hubert : Necker… allez, raconte !
M.Duplessis : Eh bien… euh, il a fait un discours sur l’état des finances du royaume.
Hubert : C’est pas brillant, on a compris… et après ?
M.Duplessis : Et alors nous, le Tiers État on a demandé le vote par tête…
Raymond : Ouh lààà, explique !
M.Duplessis : Chaque représentant a son vote et on ne vote plus par les ordres : la noblesse le clergé et le Tiers État, on vote chacun individuellement !
Raymond : Ben, c’est normal, non ?
M.Duplessis : Oui, mais au début la demande n’a pas été prise en compte. Le Roi a fait ça (Il fait un geste de refus négligent et hautain du bout de la main)
Raymond : Il a fait ça ? C’est pas un bon Roi.
Hubert : Et vous vous êtes laissés faire comme des lavettes que vous êtes.
Simone : Tu penses, je te l’avais dit, moi…J’aurais dû y aller… je lui aurais dit moi, au Roi, mes poules et les renards…
Hubert : Qu’est-ce que tu racontes, tu sais même pas lire… et puis tes poules et les renards, le Roi s’en fiche !
Simone : Oui, bien sûr je sais pas lire… et alors… j’ai une langue comme tout le monde… je sais parler… c’est’y en plus une raison pour se faire envoyer sur les roses… voilà ce que je lui aurais dit au Roi… moi… voilà…
M.Duplessis : Ne vous en faites donc pas, cela ne fait que commencer… il est question que nous nous réunissions à part pour fonder une Assemblée Nationale…
Raymond : Tu penses que le Roi va laisser faire, mon œil !
Hubert : Ouais mon œil ! Ça c’est bien dit ! Comme d’habitude on s’est fait rouler dans la farine, tu parles !
M. Duplessis : Je ne suis pas de votre avis, mes amis. Croyez-moi, les représentants du Tiers État ne lâcheront rien. Faites-nous confiance !
Raymond : Tu parles, confiance, confiance… tiens, j’aime mieux parler avec mes vaches, elles au moins elles méritent ma confiance…
Hubert : Ouais pas sûr que ça marche c’t’affaire …
M.Duplessis : Ne vous dispersez pas avant d’avoir entendu ceci : ayez confiance mes amis, nous ne sommes pas seuls ! Nous sommes même tout le monde ! Croyez-moi !
Tout le monde !
III
(La prise de la Bastille)
Le Hibou : (Il arrive en courant) C’est encore moi ! Je suis tout essoufflé ! Ah là là, ah là là, ça y’est, ça y’est, ce quatorze juillet… le peuple est en marche ! Vous n’entendez pas ces cris, ces pas, ces hurlements. En plein Paris. Ils sont armés, ils sont terribles. Je crois qu’ils vont je ne sais où… mais ils y vont… Attendez, j’écoute là, ouh là là, ouh là là… Qu’est-ce que j’entends ? La Bastille ? Il vont à la Bastille… c’est un bâtiment énorme… oui, oui, ils sont très nombreux…armés jusqu’aux dents ! Ouh là, moi-même la chouette de Paris, j’ai peur, une de ces trouilles, dis donc ! Oh je me sauve, j’ai trop peur ! Ouh là, la Bastille… ils sont devenus fous… je me sauve…(Il est bloqué par les assaillants qui viennent dans l’autre sens)
La foule : (figurée par trois ou quatre acteurs ou actrices, fusils en main ) Des Balles ! De la poudre ! Des balles ! De la poudre !
Le Hibou : Ben, vous avez des fusils !?
Paul : Oui, mais on n’a pas de poudre !
Le Hibou : Ben moi non plus !
Paul : C’est pour ça qu’on va à la Bastille, y’en a là-bas ! Allez fiche le camp. On veut de la poudre ! On veut des balles !
Le Hibou : Mais pourquoi donc veux-tu des balles et de la poudre ? Qui veux-tu assassiner ?
Paul : Toi, tais-toi ou je t’assomme avec ma crosse !
Pierre : On veut des munitions pour nous défendre ! Si tu restes par ici, le Hibou, tu vas te faire étriper !
Le Hibou : Le bon dieu me protège… vous n’allez quand même pas attaquer la Bastille ! C’est là que sont les prisonniers particuliers du Roi.
Pierre : Mais si justement, chouette de malheur, tu ne comprends rien ! On veut des balles et de la poudre pour nous défendre et on va libérer les prisonniers.
Le Hibou : Mais il n’y a que six ou sept prisonniers là-dedans… le diable si j’y comprends quelque chose !
Pierre : T’occupe pas de comprendre, agis, prends ce fusil… ou va t’en !
Le Hibou : Je m’éloigne un peu mon ami, mais j’aimerais comprendre… c’est quoi ces canons que vous avez là ?
Pierre : Tu crois qu’on va prendre la Bastille avec des fourchettes et des petites cuillers ?
Paul : (Aux canonniers…vers les coulisses) Allez, faites-moi sauter tout ça ! Au feu ! Tirez !
Le Hibou : Ouh là ! Je me bouche les oreilles moi !
Pierre : Ça y’est, on a une brèche, on y va, tous dans la Bastille et cognez sur les gardes !
La foule : Dans la Bastille ! Dans la Bastille !
De Launay : (Apparaît) Arrêtez malheureux, misérables. (La foule s’arrête) Du calme, en tant que gouverneur de la Bastille, je vous donne l’ordre…
Paul : T’es gouverneur de rien du tout ! On veut des balles et de la poudre !
Pierre : Et libère les prisonniers !
De Launay : Mais le Roi ne voudra jamais !
Paul : Quel Roi ?
Le Hibou : Monsieur de Launay… faites ce qu’ils disent ! Obéissez ! Il y va de votre vie !
De Launay : (se tourne vers les coulisses) Gardes, à moi la Garde ! Tirez sur ces insurgés, ces misérables, ces pouilleux ! (Les gardes n’apparaissent pas ; on entend des voix fortes qui disent : « on ne tire pas sur le peuple »)
Le Hibou : Sauvez-vous Monsieur de Launay ! Ils vont vous…
De Launay : Il faudra me passer sur le corps, bande de… vous perdez la tête ou quoi ? !
Paul : (Il prend De Launay aux épaules) C’est toi qui va perdre la tête ! Viens par ici. Tiens, toi, fais ton travail ! (Il livre De Launay à un garçon boucher qui vient de surgir des coulisses ; il a un couteau à la main) Et pas de pitié !
Pierre : Attends il faut qu’il nous dise où il y a des balles et de la poudre.
Le Hibou : Et les prisonniers, les pauvres prisonniers du Roi ?
Paul : On s’en fiche, on va bien trouver tout seuls ! Allez étripe-moi ce type vite fait, qu’on en finisse ! (Le garçon boucher disparaît avec De Launay et revient avec sa tête… une tête de poupée fera l’affaire…)
Le Hibou : Quel malheur ! Un si beau jour et il faut qu’il y ait un mort !
Paul : Des morts il y en aura d’autres, compte sur nous ! Pas de quartier pour les ennemis de la liberté !
Le Hibou : Pauvre De Launay, il ne risque pas de la voir la liberté ! enfin, si c’est le prix à payer pour que… ouh là là, mais ils y mettent le feu ; ils passent par les brèches et cassent tout… Aujourd’hui, je crois qu’il vaut mieux être le Hibou de Paris que le Roi de France. J’entends qu’on réclame du pain. On a faim. Ils hurlent : « À bas la Bastille ! À bas le pouvoir royal ! Vive la liberté ! »
Pierre : (revient) T’es encore là, toi ?
Le Hibou : Ben oui, tu vois, je n’ai pas quitté la scène. Je suis témoin. Le Hibou de Paris doit avoir les yeux partout. Je suis le grand témoin tu comprends ?
Pierre : Oui, regarde bien ! C’est un événement capital !…
Le Hibou : C’est une révolte ?
Pierre : Non, le Hibou, c’est une révolution.
Le Hibou : (avec admiration) Une révolution, une révolution… je m’en souviendrai.
Pierre : Pas seulement toi, le Hibou. (Il crie) Le monde entier s’en souviendra !

Hier a eu lieu le démarrage d’un projet théâtral international Comenius à l’initiative de six villes d’Europe : Leeds (Angleterre), Solingen (Allemagne), Panevezys (Lituanie), Guja (Portugal), Cozenza (Italie) et Hirson (France). Chaque pays a choisi un événement de son histoire nationale ayant marqué l’histoire européenne, et chacun doit jouer en anglais avec les autres jeunes des villes participantes une pièce de théâtre relatant cet événement. La première ville invitante était Hirson, et le Lycée Pierre et Marie Curie en a été l’organisateur.
C’est dans cette perspective qu’après avoir rapidement rencontré les élèves du Lycée d’Hirson et les avoir aidés à écrire des esquisses de scènes portant sur la Révolution Française, j’ai écrit une petite pièce qui a été traduite en anglais pour pouvoir être jouée par tous les participants européens. Les Allemands de Solingen ont monté la pièce chez eux en anglais, et la proposent pour les deux tiers sur YouTube. On peut la découvrir à l’adresse suivante :
(Mon texte en anglais de cette pièce sur la Révolution Française figure également dans son intégralité sur le même site).
La représentation d’hier soir était très différente de la vidéo réalisée par les Allemands puisque près de cinquante jeunes garçons et filles de cinq pays (les Italiens n’avaient pu venir) ont participé à la représentation d’Hirson. La pièce a été filmée en live et sera proposée sur ce blog dans les semaines à venir. (La version – toujours en anglais – enregistrée à Solingen par les jeunes Allemands sera également proposée ici dans sa totalité lorsque le DVD me sera parvenu, car la qualité de la version YouTube est discutable).
Les élèves de ces six pays se retrouvent début juin en Allemagne pour jouer de la même manière une pièce sur la chute du mur. L’expérience continue…
C’est peu de dire que le succès rencontré par cette initiative est mérité, tant le spectacle a débordé de vivacité et d’audace. Il est réjouissant de constater que les jeunes gens et jeunes filles ont mis toute leur énergie pour réaliser ce travail délicat. L’ensemble était bouleversant de passion et d’habileté théâtrale. Je ne peux m’empêcher de penser que la véritable Europe humaine et authentique dont nous rêvons se construit tranquillement à travers des projets de ce genre.
On sait de source sûre que Sophocle a écrit 123 pièces ; sept seulement nous sont parvenues. La culture occidentale a fait de ses pièces sauvées des piliers essentiels pour ses rêveries : les deux Œdipe et Antigone sont au cœur de toutes les considérations politiques, sociologiques ou psychologiques qui sont débattues à notre époque et ce depuis la Renaissance au moins. On se doute, lisant Sophocle, que ce pourrait bien être l’ensemble majeur du théâtre d’occident et que le reste, ma foi, Shakespeare excepté, n’atteint jamais cette largeur de vues. On imagine difficilement ce qu’aurait pu être notre culture si les 123 pièces nous étaient parvenues…
Aristote raconte le sujet d’une pièce de Sophocle qui a disparu ; grâce au philosophe, nous en avons la trame : une jeune fille est violée par un garçon ; pour qu’elle ne parle pas, il lui coupe la langue. La jeune fille se lance alors dans un travail de tissage pour raconter ce qui lui est arrivé et donner à voir le visage du coupable. Il est arrêté et exécuté.
Cette Voix de la Navette résonne en nous de manière étrange à cause des moyens techniques dont nous aurions disposé pour confondre le coupable. Le tissage, malgré tout, s’avère un moyen autrement malicieux que la recherche d’ADN : cet entrecroisement de fils énonce la vérité des faits et donne à voir le visage du criminel. J’y vois une représentation de l’écriture, où ligne après ligne la vérité se fait jour… l’intérêt de cette trame – le mot convient à merveille – semble inépuisable : poésie, théâtre, écriture, récit, tout est convoqué à la fois. Je n’oublie pas que la musique, où la mélodie n’a de sens qu’appuyée par l’harmonie, est également une trame tissée à la fois horizontalement et verticalement.
La Voix de la Navette est perçue comme une pièce magnifique de perspectives… elle est manquante, c’est vrai… mais le sujet en est si ahurissant qu’il nous semble que nos paroles théâtrales (musicales, mythiques) ne cessent de courir derrière son absence jusqu’à l’essoufflement.
On peut télécharger ma pièce sur mon site ici.
Cette pièce jouée par des amatrices, qui pour partie ont été victimes de violences conjugales, approche de sa trentième représentation ! D’autres sont prévues en 2010. Avis aux passionnés de théâtre ! Dates et lieux prévus prochainement:
Le 14 décembre à 20h30 au « Théâtre de la Manufacture » de Saint Quentin
le 15 décembre à 14h à la « Salle des fêtes » de Guise.
Le redémarrage des représentations de ma pièce « Des Illusions Désillusions » sur les violences conjugales – dont on peut trouver le texte intégral dans ce blog – a suscité une interview télévisée sur FR3 Picardie du metteur en scène. La voici telle qu’elle a été proposée ce lundi 16 novembre 2009:
Une représentation de cette pièce que l’on peut lire et télécharger ici , a lieu aujourd’hui à 20 heures à Creil (60) à la maison creilloise des associations.
Retrouvez les précédents monologues ici.
Pour l’amour, c’est comme au ‘Banco’,
Faudrait avoir une chance au grattage,
Enfin, je veux dire, une chance aux caresses,
Aux baisers, à la tendresse,
Donner du temps au temps, comme dit l’autre,
Pour voir si ça marche,
Mais là regarde, c’est comme à la loterie,
Tu tombes par hasard sur la plus belle fille du monde,
Et tu es amoureux à l’instant,
C’est ça qui ne va pas,
J’en veux beaucoup au coup de foudre,
Une vraie plaie, tu te crois gagnant,
Tu t’installes avec elle,
Et le temps te déchire tout ça en quelques années…
Ou alors il faudrait avoir plusieurs vies,
Une à l’essai et une autre où tu te méfierais de la loterie du coup de foudre
Et où tu aurais une vraie chance d’aimer parce que tu saurais…
Ça doit être pour ça que les curés ont inventé le paradis après la mort
C’est pour embêter la loterie
C’est un paratonnerre contre le coup de foudre…
Enfin, tout ça c’est du bricolage… Je n’y crois pas…
En amour, c’est bizarre, on n’a pas le temps de rigoler…
Oui, oui, on est content, sur le coup, c’est vrai…
On rigole un peu… oui, c’est vrai, j’exagère…
Oui, oh, ça va, on a bien le droit d’en rajouter nom de dieu
J’en rajoute parce que je suis tout seul, voilà !
Oui, je sais qu’il y en a qui vivent heureux ensemble, à deux,
Toute leur vie…
Je les envie
Je ne sais pas comment ils font
Ils ne doivent pas jouer au ‘Banco’
Ils vivent doucement,
Ou quand ils jouent, ils perdent, forcément,
Heureux en ménage, malheureux au grattage,
Je crois que leur truc c’est pas comme moi,
Oui je veux dire, moi, je parle, je parle,
Eux, les heureux, ils ne parlent pas,
Ils savent, ils devinent,
Un mouvement de paupières, une main qui effleure l’épaule,
Là, en pleine journée,
Sans rien dire…
Comme un adagio infini,
Pour elle et lui,
Piano et violon, doux, tu vois, très doux…
Moi, par contre, j’étale toutes mes loteries ratées,
Je donne des détails, j’invente, je tempête, je hurle,
Eux, les heureux, ils ne disent rien,
Ils n’en ont pas besoin,
Au fait, c’est peut-être ça la recette du bonheur à deux,
Ne rien dire… enfin, pas un mot de trop…
Faudrait que je me taise,
D’ailleurs, tiens, je vais le faire tout de suite,
Ah, oui, mais je n’ai pas la chance d’être à deux,
Oui, oh, ça ne fait rien,
Pour le bonheur il n’est jamais trop tard pour commencer,
Tiens, je commence tout de suite,
Allez, au revoir, je me tais, je me tais…
Au revoir dans le bonheur,
Au revoir…


