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	<title>Je peins le passage &#187; rêveries</title>
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	<description>Le blog de Raymond Prunier</description>
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		<title>La Déliaison 4/4</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Feb 2012 13:44:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

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		<description><![CDATA[4 (vers l&#8217;an 2000) (Elle chante a cappella l&#8217;&#160;«Ave Maria» de Schubert. Il intervient après quelques mesures. Elle cesse de chanter dès qu&#8217;il parle). Lui&#160; DieuPrie pour nousPrie nousJ&#8217;ai entendu sous le porche d&#8217;une église une jeune femme chanterCe vieil air d&#8217;éternité qui dit la solitude Sa voix fragile mordait doucement aux secondes futuresÀ ses [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center; font-size: 22px; margin: 30px 0 20px;"><strong>4 (vers l&#8217;an 2000)</strong></p>
<dl id="dialog">
<dt> </dt>
<dd><em>(Elle chante a cappella l&#8217;&nbsp;«Ave Maria» de Schubert. Il intervient après quelques mesures. Elle cesse de chanter dès qu&#8217;il parle).</em></dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Dieu<br/>Prie pour nous<br/>Prie nous<br/>J&#8217;ai entendu sous le porche d&#8217;une église une jeune femme chanter<br/>Ce vieil air d&#8217;éternité qui dit la solitude <br/>Sa voix fragile mordait doucement aux secondes futures<br/>À ses pieds un homme accroupi semblait tenir ses cordes vocales<br/>Depuis, je ne suis plus le même<br/>Dieu<br/>Prie pour nous<br/>Pour que cela revienne</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Cela ne reviendra pas<br/>L&#8217;espace entre ta voix et Dieu s&#8217;est empli de confort<br/>Je pousse mon caddie aux allées du marché<br/>Cueillant au paradis des choses<br/>L&#8217;aliment qui remplace le pain<br/>Jamais nous ne fûmes si bien<br/>Gras et riches en paix,<br/>Comme des rois mourants<br/>Nous allons</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Jamais je ne fus si mal<br/>Si seul<br/>Ordinateurs pour toute corde, pour tout lien,<br/>Prairie de lettres noires à moissonner<br/>En bavardage criant sur clavier silencieux,<br/>Prose au ras du bitume</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Jamais je ne fus en pareille paix<br/>Dressée dans les coins amoureux de rues aux gouttières impeccables<br/>Seule</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	De quoi te plains-tu,</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	De rien,<br/>Tout est bien<br/>Mais j&#8217;aimerais moins de salle des pas perdus<br/>Et davantage de vraie main trouvée,<br/>Aux doigts violines du sang qui bat</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Allez, allez, pas de plaintes, tant pis,<br/>Nous sommes au confort, belle amie,<br/>La boîte à images endort nos envies de meurtres,<br/>Nous que la mort naturelle, seule, peut faire craquer</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Je danse sur la corde qui fut notre lien</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	À ce propos, as-tu remarqué qu&#8217;en un jour<br/>Souvent<br/>Nous ne touchons pas un instant la terre</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Le goudron me gêne le pied <br/>Scrupule ajouté à la rotondité des champs</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Ça coupe<br/>Ça élève</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Ça enlève le poids des voix<br/>Oh, il n&#8217;y a plus de pluie</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Ni de froid ni de vent<br/>La veine amère bat à mon poignet pour presque rien<br/>Tiens</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Non, non, je sais<br/>J&#8217;ai la même chose à vendre <br/>Le baiser s&#8217;est usé aux avant-gardes des TGV d&#8217;acier</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Ainsi va-t-on<br/>Vœux luxueux de nos bras bien peu aguerris<br/>Chargés seulement des sourires de l&#8217;enfant qui a bu</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Des avions têtus m&#8217;emmènent tous les soirs</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Des bateaux partent au port des aubes ouvertes sur rien<br/>Passez votre chemin, on ne découvre plus,<br/>Il faut annoncer la nouvelle du froid revenu</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	J&#8217;entends les coups de grisou de la lune affolée</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	La nuit est descendue dans la pleine lumière des techniques<br/>Sans fin, sans fin,<br/>Un plastique lumineux a remplacé nos cabas</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Nous sommes tous beaux et cabossés déjà<br/>Au début, dès la naissance,<br/>Nous avons déjà trop bu, trop vu, trop connu,</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Le faux prophète tend la main<br/>Rêveries d&#8217;argent<br/>Sans terre au pied<br/>Chèque obsolète<br/>Carte bleue moissonnant une richesse qui ferait croire au jour nouveau</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Je mords au pain<br/>Et je me lasse<br/>Et je me laisse aller à me taire bruyamment<br/>Sur les boulevards embrumés de vapeurs sans mystères</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Parfois, pourtant, je m&#8217;en vais,<br/>Il n&#8217;y a plus d&#8217;hommes ni de moteurs <br/>Je vais seul en forêt<br/>Et je redeviens humain<br/>Les tourterelles enchantent les voûtes des peupliers<br/>Elles s&#8217;enfouissent sous le gris des saules<br/>Elles ne veulent plus me voir<br/>Se moquent de moi,<br/>Enveloppées dans la lisse  perfection de leurs plumes intouchables<br/>Tandis que les troncs rouges des pins perdus<br/>Tendent leurs exclamations vers le couchant,<br/>Et c&#8217;est alors que je suis vraiment homme<br/>Plus jamais seul</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	La chance demeure, ami,<br/>Elle est au chant</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Oui, mais pas avec toi,<br/>Nos plaintes sont effarantes, inutiles,<br/>Tu as raison sur tout<br/>Et je ne te comprends pas,</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Je ne t&#8217;entends pas, je ne te vois pas,<br/>Mais au monde, rien ne m&#8217;échappe,<br/>Ni l&#8217;efficace froideur des pneumatiques<br/>Ni leur cortège d&#8217;éclatements vains<br/>Ni la splendeur des acacias de juin<br/>Baignés après la pluie du gris des jours déjà joués<br/>Avant l&#8217;été, mon Dieu, avant l&#8217;été,<br/>Oh tu te souviens des gels et des rosées</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Oui, ce furent les mêmes, mais tu voyais autre chose,<br/>Nous ne partageons plus,<br/>Plus rien,<br/>Jeunes, nous avons rêvé en commun pour nous plaire<br/>Mais vois les autoroutes funèbres au travers des sillons<br/>C&#8217;est toutes les directions<br/>C&#8217;est toi, c&#8217;est moi,</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	C&#8217;est toi surtout qui ne te fixe plus<br/>Tu as laissé les papillons, tu oublies les coquelicots<br/>Et l&#8217;océan de septembre qui s&#8217;abat pour rien<br/>Où es-tu,</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Non, je n&#8217;ai jamais trahi, ni les lames ni les vagues,<br/>Mais les mots trop nombreux nous font vraiment défaut,<br/>Le ressac des phrases mille fois dites contre le silence salé<br/>Voilà ce qui me noue la gorge</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Je voudrais rechanter, réenchanter le petit monde de chez nous<br/>Déployer les richesses du lieu qui nous faisait les aubes vertes<br/>Et les soirs appuyés sur les arias de la jeune espérance</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Ce qui manque, c&#8217;est la nuit,<br/>Nous avons déversé de partout un trop plein de lumière,<br/>Absence de lune, soleil voilé,<br/>Oh les criquets d&#8217;été sont morts dans les parkings protégés<br/>Et les tickets de train sont nos identités,<br/>Où veux-tu chanter, </dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Ici je chanterai, ici je danserai,<br/>C&#8217;est le dernier salon où l&#8217;on cause<br/>Où l&#8217;on parle<br/>Où le silence a le droit d&#8217;être dit,<br/>Donne-moi ta main<br/>Nous allons refonder un monde à perte de vue<br/>Un monde à gains d&#8217;amour</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Rêvons, en effet,<br/>Mais pas tout de suite, la main,<br/>Le bout des doigts peut-être,<br/>Pour dire qu&#8217;il y a quelque chose<br/>Au-delà de la vieillesse des mots profus et mécaniques</dd>
<dt><strong>Elle&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Tu vas voir la danse rebattre les contre-temps<br/>Et les diastoles systoles qui hantent nos appartements cossus</dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Chante que nous habitions ce monde<br/>Chante<br/><em>(Elle reprend l&#8217; «Ave Maria» de Schubert, il l&#8217;interrompt au même endroit qu&#8217;au début)</em></dd>
<dt><strong>Lui&nbsp;</strong></dt>
<dd>	Dieu<br/>Prie pour nous<br/>Prie nous<br/>J&#8217;ai entendu sous le proche d&#8217;une église une jeune femme chanter<br/>Ce vieil air d&#8217;éternité qui dit la solitude<br/>Sa voix fragile mordait doucement aux secondes futures<br/>À ses pieds un homme accroupi semblait tenir ses cordes vocales<br/>Depuis je ne suis plus le même<br/>Dieu<br/>Prie pour nous, <br/>Pour que cela revienne.</dd>
</dl>
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		<item>
		<title>La Déliaison 3/4</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/02/08/la-deliaison-34-1900/</link>
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		<pubDate>Wed, 08 Feb 2012 13:59:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

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		<description><![CDATA[3 (1900) (Ils sont face à face&#160;; ils se tiennent par la main) Elle  Non, ce dix-neuvième siècle finissantTout s&#8217;en vaRegarde les disputes adultes que nos mains contrarient Lui  Je crois que ce sont les assiettes et les chemises à laver,Avec la soupe du soir revient la mésentente Elle  À force d&#8217;usageLes casseroles font un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center; font-size: 22px; margin: 30px 0 20px;"><strong>3 (1900)</strong></p>
<dl id="dialog">
<dt></dt>
<dd>
<dd><em>(Ils sont face à face&nbsp;; ils se tiennent par la main)</em></dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Non, ce dix-neuvième siècle finissant<br/>Tout s&#8217;en va<br/>Regarde les disputes adultes que nos mains contrarient
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Je crois que ce sont les assiettes et les chemises à laver,<br/>Avec la soupe du soir revient la mésentente
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	À force d&#8217;usage<br/>Les casseroles font un bruit de tonnerre,<br/>Avoir traversé tous ces champs de lavande d&#8217;amour<br/>Pour ça
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Bleu froissé des habitudes<br/>Nuages de mois<br/>Brouillards d&#8217;années<br/>Oh, la bruine des décennies<br/>Tout s&#8217;en va, tu as raison
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Ta peau s&#8217;est tannée
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Tes mains crèvent de fébrilité
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Oui, au grenier des nostalgies <br/>Où je vais quelquefois  <br/>Les meubles remisés s&#8217;embuent de poussière rose <br/>Et mes mains dessinent sur la commode d&#8217;ébène abandonnée là-haut ton visage souriant du premier jour
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Regarde, parfois nos bras reprennent l&#8217;ancienne tendresse, n&#8217;est-ce pas,
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Alors redonne-moi dans ta marche le bel allant d&#8217;avant
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	J&#8217;arrive, je m&#8217;en viens crissant sur la gravière des eaux écoulées
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Passons, passons, je ne veux pas seulement cela,<br/>Je veux tes mains qui me prenaient comme des montagnes<br/>Tes grands yeux neufs chaque matin au-dessus de tes cheveux défaits<br/>Comme avant
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Allons, regarde-moi<br/>J&#8217;ai progressé, c&#8217;est vrai<br/>Je veux dire que mes pas ont risqué mille allures<br/>De l&#8217;amble au galop<br/>Et  j&#8217;ai couru toujours plus vite<br/>Vers la maturité<br/>Toujours plus vite
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Tu vois,<br/>Nous avons été vivants, vifs comme le vent,<br/>De la cuisinière au charroi de blé dur jusqu&#8217;à la moissonneuse<br/>Et vois les crevasses sur ma peau,<br/>Trop de rides sorties, trop de colères rentrées
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Et mes tempes filles du temps ont pris aux champs le froment qui couvait chaque juin dévoré
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Tu te regardes trop<br/>Et moi, et mes mots, pourquoi es-tu toujours ailleurs<br/>Et quand tu parles<br/>J&#8217;entends bien que tes cordes vocales ne se tendent que pour pendre nos rêves,<br/>Déchire-moi si tu veux mais qu&#8217;au moins il se passe quelque chose<br/>Ma main ne fera rien contre le crime de désamour<br/>Ma main ne bronchera pas
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Non, non, les crimes viendront bientôt<br/>N&#8217;en rajoute pas, je t&#8217;en prie,<br/>Nous n&#8217;irons plus au bois<br/>Puisque la guerre s&#8217;y met comme on le dit de la gale et des poux
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Oui, la guerre couvait au tout premier baiser<br/>Le progrès des machines et l&#8217;usure de nos corps, croissance féroce, <br/>Viennent chaque jour bousculer nos évidences<br/>Oh, ces évidences de bois que nous avons patiemment sculptées,<br />
<br/>Regarde, les voici mordues par l&#8217;acier qui s&#8217;avance<br/>Carapaces du mal
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Carapaces des hommes, plutôt, fondues dans les usines puantes qui se dressent en lieu et place des coquelicots rouges sang
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Dire que tu étais moi
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Dire que j&#8217;étais toi
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Et le feu maintenant
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Celui d&#8217;amour, oui, le feu d&#8217;amour s&#8217;est entremis,<br/>Il brûle entre nos deux corps<br/>Il fait place nette<br/>Laissez passer le silence<br/>L&#8217;ange gras du progrès et ses théories<br/>L&#8217;exterminateur glacé invente au jour le jour le bien-être qui broie nos jardins, crève nos coussins, meurtri nos oreillers
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Souviens-toi, âne bâté devenu locomotive, automobile,<br/>Nous courions sur deux jambes à travers les halliers<br/>Lumineux, chantants et divinisés avant de laisser notre âme au ciel
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Oui, nous voici bien vivants maintenant<br/>Mais pour combien de temps<br/>N&#8217;entends-tu pas le recul vibrant des canons<br/>Et la gloire nationale qui s&#8217;en va chantant d&#8217;un même pas pressé<br/>Tous ces bruits vont déchirer nos corps, nos tympans et faire taire nos voix simples
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Il va falloir mentir dans la foule féroce des cités populeuses<br/>La crasse s&#8217;est mise au cœur,<br/>Amplifiée par le côtoiement des boulevards
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Mille bras se lèvent au ciel dépeuplé,<br/>Et notre amour, dis, notre amour se délie<br/>Si je ne t&#8217;ai plus, qui dira les enfances d&#8217;avril,<br/>Celles qu&#8217;en novembre on s&#8217;échangeait entre deux draps,
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Allez, marchons vers l&#8217;horizon plat de cette terre
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Oublions le ciel et toi
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Il n&#8217;y a plus que moi
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Il n&#8217;y a plus que moi
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Soyons Dieu
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Folie nécessaire, inéluctable,<br/>Je ne t&#8217;aime pas,<br/>Non que je le veuille, mais je ne le peux pas, je ne peux pas t&#8217;aimer,<br/>Bloqué, je suis en attente de moi,<br/>C&#8217;est moi que je vois aux tulles qui se ruent contre nous<br/>Et la danse seule peut raviver ce que nous ne sommes plus
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	La musique soit notre lien<br/>Et les corps esquissés dans notre dos<br/>Sans visage et sans loi<br/>Diront la déchirure de nos deux corps<br/>Qui reculent d&#8217;effroi de se voir en haillons,<br/>Ils flottent et s&#8217;effleurent  <br/>Au Noroît du décembre éternel
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Mais les corps enlacés des danseurs <br/>Mimeront le souvenir des belles amours bleues<br/>Ils nous arracheront un moment hors du violet creux de solitude
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Danseurs, dites-nous l&#8217;espoir<br/>Insufflez le mensonge qui rôde<br/>Fantômes de moi perdu
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Fantôme de moi<br/>Aimez-moi
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Non, moi, moi, moi
</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>	Oh, toi, toujours toi,
</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>	Et alors,</dd>
</dl>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>La Déliaison 2/4</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2012/02/07/la-deliaison-24-vers-1800/</link>
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		<pubDate>Tue, 07 Feb 2012 13:09:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

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		<description><![CDATA[2 (vers 1800) Lui  (Seul) Et puis, il y a deux siècles, enfin j’ai pu dire ‘je’ parce que tu es apparue, Nous avons rêvé de fleur bleue et d’étoile comme tes yeux, je me souviens encore de ce moment où nous avons (Il s’interrompt) Mais je parle d’elle alors qu’elle n’est pas encore là [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center; font-size: 22px; margin: 30px 0 20px;"><strong>2 (vers 1800)</strong></p>
<dl id="dialog">
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd><em>(Seul)</em> Et puis, il y a deux siècles, enfin j’ai pu dire ‘je’ parce que tu es apparue,<br />
Nous avons rêvé de fleur bleue et d’étoile comme tes yeux, je me souviens encore de ce moment où nous avons<br />
<em>(Il s’interrompt)</em><br />
Mais je parle d’elle alors qu’elle n’est pas encore là <em>(Il la cherche)</em>,<br />
Que je ne l’ai pas encore rencontrée,<br />
Je rêve, je rêve,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd><em>(Elle entre, loin de lui)</em><br />
Je rêve, il est déjà sur la terre,<br />
En un lieu que j’ignore,<br />
Dans une peau que je sens sous mes doigts,<br />
Que j’aspire à travers le parfum des lilas, de l’entêtante présence des troènes,<br />
Dans l’adolescence du tout petit juillet,<br />
Il traîne sa solitude ombrageuse, pas malhabiles, mal comptés,<br />
Il n’a d’yeux que pour moi<br />
Et ne m’a jamais vu,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Je me demande si le meilleur moment d’aimer n’est pas juste avant,<br />
Elle : Avant le coup de foudre,<br />
Quand sur l’air saturé des histoires du jour,<br />
Mille cordes tendues entre ciel et terre claquent ensemble,<br />
Inaugurant l’aventure d’amour qui guettait depuis l’aube,</dd>
<dt><strong>Elle</strong></dt>
<dd>Je n’attendais que cela,<br />
Mes mains mineures n’étaient que désir de toi,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Comme l’ivraie montante et le blé encore vert assoiffé de soleil, toi,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Après, quand je t’aurai vue, je boirai le mérite de tes lèvres<br />
Et je saurai que c’est fini,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Puisque ça commence,<br />
Puisqu’il n’y aura plus d’avant,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>J’étais seul, je suis seul, voilà qui est nouveau,<br />
Bientôt nous marcherons par deux dans la rosée que nous déferons de nos pas,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Viens, approche-toi, sur le modèle des toiles de tulle, là-bas,<br />
Dont la brise lève les fibres,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Vois les corps sans visage qui sont tous les sourires,<br />
L’esquisse de ta bouche et la marque de ton corps,<br />
Lorsque tu vas t’éloigner,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Mais je suis là,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Il y eut un printemps, te voilà,<br />
Je le sais, tout est dit,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Non, tout est annoncé, toi vers moi,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Jure-moi que c’est toi <em>(Il s’approche, elle ne bouge pas)</em></dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Attends encore,<br />
Donne-moi le temps, dis-moi la bonne distance,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Le tact, n’est-ce pas, le tact, le respect annonce la seconde où je te toucherai,<br />
Où j’imagine que tu me toucheras ,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Vois comme c’est beau de tarder sur le « pas encore »<br />
De nos peaux encore un peu seules<br />
<em>(Ils se prennent la main)</em></dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>J’entends tes ongles sur ma paume,<br />
La peur fuit sous les aigus majeurs de ta voix encore un peu encordée par l’enfance,<br />
Toi, enfin,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Toi, toujours, voilà, c’est joué,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Non, les jeux ne sont pas faits,<br />
Ils ne le seront jamais,<br />
Cartes distribuées, c’est vrai,<br />
Mais l’instant où l’on entame la partie n’est plus d’aucune pendule,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Ta main, ta main, l’autre main, vite, ose dire je t’aime,<br />
Sachant que c’est la première fois,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Non, avant, promets-moi, jure-moi</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Que veux-tu que je te jure,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Jure-moi que nos « je t’aime » seront toujours une première fois,<br />
Qu’à chaque fois que j’aurai ta voix demandant si tu m’adores<br />
La tranquille assurance de ma réponse mimera contre le temps les épousailles présentes,<br />
Dis-moi que tu seras sûre de moi,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Oh, je le voudrais, je le veux,<br />
Mais, ça y est, j’ai le poids de tes phalanges contre mon cœur,<br />
<em>(Elle lui serre la main contre elle, se dresse pour atteindre son cou de l’autre main)</em></dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Ta peau est plus douce que je ne l’avais imaginé,<br />
Et tes mains me referment à l’endroit imprévu, là,<br />
Au juste lieu de ma nuque qui cède,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Je veux aussi tes yeux,<br />
<em>(Sa main glisse de la nuque vers les yeux)</em><br />
Tes pupilles, verte présence musicale,<br />
Où le bleu et le gris se disputent constamment la lumière,<br />
<em>(Elle passe les doigts sur ses deux cils, presque à distance, tandis qu’il la prend à la taille, comme pour danser)</em><br />
Jamais deux yeux ne se séparent,<br />
Regard mobile sous les arcades des paupières,<br />
Pauvreté des formes, richesse infinie des nuances,<br />
Ne me déplais jamais,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Pourquoi veux-tu que je me fasse peur,<br />
Te déplaire serait m’exposer à la quantité fluide de la rivière,<br />
À l’anonyme de l’enfance à cru, pauvre de mots,<br />
Où nous avons pleuré,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Alors donne tes ultimes larmes puisqu’il n’est plus de fin désormais à notre duo défait d’enfance,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Non, non, la nostalgie est morte,<br />
Adolescente femme, regarde l’étrangeté,<br />
À peine découvrons-nous notre existence que nous nous chargeons du cœur de l’autre,<br />
Du rythme de ton sang, de la langueur de tes bras<br />
<em>(Il lui caresse de haut en bas, les épaules jusqu’au poignet)</em></dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Oh, mon corsage effleuré est une toile ferme sur laquelle tu te dessines à jamais.</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd><em>(Il se sépare)</em> Revenons à l’essentiel, ne nous perdons pas, nous avons toute la vie,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Ne t’en va pas,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd><em>(Souriant)</em> Mais je n’ai jamais autant demeuré, mon amour,<br />
Simplement, brûler trop près, c’est risquer de te perdre,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>C’est cela être adulte, n’est-ce pas,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Oui, c’est quand je suis à distance que je peux vraiment dire que je t’aime,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Mais, nous serons en fusion, quand même,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>C’est vrai, parfois, parfois seulement,<br />
Le reste du temps, c’est-à-dire presque toujours,<br />
Nos vacations seront, amour,<br />
Entre table en désordre et lit défait,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Entre l’oubli de toi et l’enfant qui joue à nos pieds,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Derrière les tentures que nous aurons choisies,<br />
Au-delà des baies vitrées d’où la lumière tombera,<br />
J’aurai, à deux pas, l’immense présence de toi,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>L’immense présence de toi,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Tu sais,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Non,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Entre temps nous danserons,<br />
Nos avancées hors d’amour,<br />
Nos gestes, tous nos gestes, nos pas, tous nos pas, même ailleurs, même loin,<br />
Ne seront qu’une danse unique autour de l’essentiel,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Tant que la danse sera,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Tant qu’elle sera,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Tu seras là,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Non, c’est toi qui seras là.</dd>
</dl>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>La Déliaison 1/4</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Feb 2012 08:49:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte a été conçu pour être dit sur scène par deux acteurs, une femme et un homme; c&#8217;est un argument pour une chorégraphie et il a été donné comme tel il y a une décennie. Il peut cependant être lu comme une rêverie sur la passion. Ce sont peut-être des vers. Chacune des quatre parties [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Ce texte a été conçu pour être dit sur scène par deux acteurs, une femme et un homme; c&#8217;est un argument pour une chorégraphie et il a été donné comme tel il y a une décennie. Il peut cependant être lu comme une rêverie sur la passion. Ce sont peut-être des vers. Chacune des quatre parties s&#8217;efforce de décrire ce qu&#8217;il en est de l&#8217;amour selon les époques arbitrairement choisies et où le seul ordre est chronologique. Il s&#8217;agit d&#8217;une description de l&#8217;évolution du sentiment amoureux à travers les siècles, depuis le moyen-âge jusqu&#8217;à l&#8217;époque contemporaine en passant par la fin du XVIIIème et du XIXème siècle. La déliaison décrit la lente libération du sentiment amoureux à travers quelques périodes de notre occident. Les époques sont explicitement indiquées au début de chaque « scène ».</em></p>
<p style="text-align: center; font-size: 22px; margin: 30px 0 20px;"><strong>1 (moyen-âge)</strong></p>
<dl id="dialog">
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Souviens-toi, comme nous étions liés,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Écrasés au sillon, crevés des charrues, le ciel était notre seule ouverture</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Oh oui, les nuages qui couraient à notre place, mais souviens-toi aussi de la terre, j&#8217;entends encore les pas dans le petit enclos du village qui nous était le monde,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Les jours assassinaient nos brèves vies, il fallait prendre vite, et les lèvres de printemps et les rayons trop fous d&#8217;été,<br />
Car la froidure guettait,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Mais la pierre, la pierre,<br />
Que nous avons dressée soudain pour nous relier, nos genoux s&#8217;usèrent au pavement des chapelles à force de prières,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Le grand manteau blanc des églises, des pierres levées aux clochers bleus,<br />
La pierre était belle, c&#8217;est vrai, tu as raison,<br />
Nous n&#8217;avions pas que le vain pas des labours,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Oui, les reflets, souviens-toi, les reflets des vitraux sur ton visage,<br />
Tu as été jeune et beau, et les statues du porche en témoignent,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Peut-être, peut-être, mais l&#8217;audace de mes mains à pousser la charrue pour le pain,<br />
À tirer la pierre pour l&#8217;église, oh, à quoi bon puisque l&#8217;hiver venait,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Au jeu du souvenir les moments se confondent,<br />
Or, souviens-toi que je mis au monde des soleils, des petits d&#8217;homme aux lèvres de vie épatantes,<br />
Combien, combien, tant d&#8217;amour à pleines poignées, des câlins et des larmes qu&#8217;on essuie, garçons et filles,<br />
Tellement vite morts,<br />
Parfois aussi de grasses mains rudes grandissantes nous étaient relais du temps qui nous fracassa d&#8217;un coup de froid,<br />
Au fond d&#8217;automne,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Voilà, nous étions nous, et tout était contre nous, et le ciel seul</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Justement, n&#8217;as-tu pas vu un jour de ciel bas, avant la nuit,<br />
Tant de fois les rayons se glisser entre nuages et horizon, cascades droites, impeccables,<br />
Qui nous furent chaque fois un signe de présence que nous avons repris<br />
Dans les obliques de nos églises, de la terre vers le ciel,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Peut-être,<br />
J&#8217;ai eu mal au cal des mains, les gerçures m&#8217;ont submergé,<br />
Si tu veux que je te montre,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Nous sommes liés, tu le sais bien,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Hélas, hélas,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Mais cesse de t&#8217;acharner à dire que ce ne fut que glas et faux-fuyant des jours,<br />
Tes mains crevassées étaient des montagnes pour mes yeux, la peine fut belle,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>J&#8217;ai déjà dit à peu près la même chose,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Oui, et je le répète,</dd>
<dt><strong>Lui</strong></dt>
<dd>  Mais liés, nous n&#8217;avons jamais dansé,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Tu oublies que main dans la main, nous allions couper les lauriers grinçants du violoneux,<br />
Âmes dansantes des villages, tu les vois, dis-moi, tu les entends encore</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Le chemin vacillant aux confins des horizons, voilà ce que je vois,<br />
La terre tremblante d&#8217;août,<br />
Et surtout, j&#8217;entends nos terreurs de novembre où la terre ne donnait plus,<br />
Et nos angoisses de mars où la terre ne donnait pas encore,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Tu oublies les fêtes et les feux de St Jean,<br />
Oh, vivre toujours dans la lumière,<br />
Nous avons espéré en juin, je donnais aux enfants la promesse de l&#8217;aube tous les soirs, mains jointes,<br />
Heureux survivants aux peaux fluides,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Danser, tu disais danser, sans doute, peut-être,<br />
Mais tous, toujours tous,<br />
Même nos enfants, les petits survivants, étaient condamnés à la tenure, à la terre,<br />
Aux errements fragiles des cœurs qui s&#8217;usaient à trimer,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Avoue pourtant que les fins de moissons avaient des airs de paradis,<br />
Que le craquant doré des chaumes augurait nos dents mordant le pain gris qui nous faisait du bien au ventre, aux bras,<br />
Aux ciels que l&#8217;on ne craignait plus,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Chanter, danser, je n&#8217;ai jamais appris, je n&#8217;ai pas eu le temps,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Tu oublies, chère voix, tu oublies,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Nous sommes-nous jamais aimés,<br />
Puisqu&#8217;il faut lâcher le mot, aimer, aimer, toi, moi,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Pas vraiment, je ne faisais pas de différence entre joindre mes mains pour prier et te serrer dans mes bras pour t&#8217;aimer,<br />
Aimer comme ça, à cru, à vif, non, je ne comprends pas,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Moi non plus, mais je crois deviner,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Deviner quoi, puisque nous étions tous, dis-moi,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Presque rien, ces tulles peintes au fond, regarde,<br />
Elles sont l&#8217;écho lointain de nos misères,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Et de nos conquêtes, bien sûr,<br />
Nous voilà sur ces tulles mouvantes présentés à nouveau, c&#8217;est nous,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Certes, ce n&#8217;est pas loin de nous,<br />
Mais où sont les visages,<br />
Ceux que nous avons porté à l&#8217;intérieur de nos imaginations, invisibles comme Dieu,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Oh, et si visibles pourtant, le dimanche et la nuit dans nos rêves,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>C&#8217;est cela deviner, voir par avance ce que l&#8217;on ne verra pas,<br />
Mes enfants, où êtes-vous,<br />
Et moi, où suis-je,<br />
J&#8217;entends encore mes pas sur le chemin d&#8217;hiver,<br />
Je revois mon visage aux flaques d&#8217;eau glacée où je me cherchais en vain comme sur un miroir,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Je fus ton miroir,<br />
Je te disais combien tu étais grand et fort,<br />
Et je te chantais aux enfants avant qu&#8217;ils ne s&#8217;endorment,<br />
Je les berçais de toi, de Dieu,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Mais tu disais « danser », je me souviens des rondes, oui, c&#8217;est vrai,<br />
Cercles enchantés que nous inventions à la lumière miroitante des saules,<br />
À l&#8217;orée des forêts, où d&#8217;habitude nous tremblions, où nous avions tellement peur,<br />
Lorsque nous nous y aventurions seuls et froids,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>N&#8217;oublie pas les danses,<br />
Elles étaient cœur qui veut,<br />
La joie venait toujours après la peine,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Je devine ce que disent les tulles peintes,<br />
Visions fragiles des vitraux qui furent nos seuls émerveillements,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Nous avons peu vécu,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Savons-nous même si nous avons vécu,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Viens, délions-nous pour mieux nous rapprocher des autres<br />
<em>(Ils délient leurs liens et reculent vers les danseurs)</em></dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Venez amis, dansez pour nous,<br />
Et chantez avec vos corps ce que nous avons deviné,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Oui, chantez avec vos corps,<br />
Puisque nous n&#8217;avons pas su dire les mots,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Soyez nouvelle présence de l&#8217;ancien, de nous,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Vous êtes vivants, vous, aimez-nous, aimez-nous,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Aimez-nous, merci, merci,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Venez, merci,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Tout cela est-il bien réel,<br />
Puisque je fus si bref au monde,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Oui, mais quel éblouissement,<br />
Laisse faire la destinée et les danseurs,<br />
Allez, viens,<br />
Merci d&#8217;avoir été, venez, danseurs,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Merci d&#8217;avoir été, venez, danseurs,</dd>
<dt><strong>Elle </strong></dt>
<dd>Adieu,</dd>
<dt><strong>Lui </strong></dt>
<dd>Adieu</dd>
</dl>
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		<item>
		<title>La terre en friche</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Sep 2011 06:09:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce n&#8217;est pas la terre, telle qu&#8217;on la chante depuis deux cents ans, deux mille ans et même davantage qui m&#8217;intéresse ici, ni non plus cet astre menacé par les activités humaines, non, c&#8217;est la terre oubliée qui m&#8217;arrête, celle que nos pneus n&#8217;effleureront jamais, celle que nos pas n&#8217;éprouveront jamais, celle qui – hors [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ce n&#8217;est pas la terre, telle qu&#8217;on la chante depuis deux cents ans, deux mille ans et même davantage qui m&#8217;intéresse ici, ni non plus cet astre menacé par les activités humaines, non, c&#8217;est la terre oubliée qui m&#8217;arrête, celle que nos pneus n&#8217;effleureront jamais, celle que nos pas n&#8217;éprouveront jamais, celle qui – hors chemins – végète et déploie tous ses plaisirs d&#8217;eau, de lumière et de croissance pour presque rien, dans un vert jamais vert, plutôt bleu, roux, blanc, selon l&#8217;inclinaison du jour (l&#8217;arc en ciel sur une tige d&#8217;ivraie) puisque rien n&#8217;est stable, ni notre regard, ni les éclairages du temps qu&#8217;il fait. Il me semble que cette autre terre, (avec les océans qui la recouvrent, mais pas seulement, il est tant de terres en friche) est notre chant délaissé et pourtant pur ; mais pur de quoi ?<br />
Pur de notre présence sans doute : s&#8217;il faut reprendre son contraire, la geste des villes, je dirai qu&#8217;elles sont l&#8217;oubli ; les cités sont cet oubli que l&#8217;histoire tente de combler (ou sa version présente : la politique), mais elle ne comble rien, car je ne donne pas cher de la peau des rues, ni de l&#8217;ombre jetée sur les places de nos villes : marronniers et platanes, que faites-vous là ? Comme un chemin gravillonné mime la plage, ces arbres plantés disent l&#8217;oubli de la terre négligée des pas. Les villes vont de guingois, abandonnent la présence, fabriquent des esprits échauffés qui parfois explosent de rage ; des mains nerveuses bricolent une histoire que ces coléreux s&#8217;imaginent décisive.<br />
Croire que sa vie est la vie, c&#8217;est folie de citadins qui s&#8217;émeuvent mutuellement, pauvres enfants persuadés que papa (et surtout maman) les regarde à l&#8217;ombre des tours.<br />
La terre en friche est notre futur ; elle oblige à aller voir ailleurs si je n&#8217;y suis pas. Et là où je ne suis pas croît l&#8217;espérance.<br />
La page blanche est l&#8217;autre nom de la terre en friche.</p>
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		<title>mélancolie</title>
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		<pubDate>Tue, 17 May 2011 14:24:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>

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		<description><![CDATA[Les secondes et les pas au lieu de dilater son moi donnaient l&#8217;impression d&#8217;un jour sans vent où les nuages fixes, du haut des bleus, narguent le petit terrestre. Il se voyait statue de granit que plus rien ne touche, stupeur coincée dans ce paradoxe qui veut à la fois le cœur battant et l&#8217;immobilité, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les secondes et les pas au lieu de dilater son moi donnaient l&#8217;impression d&#8217;un jour sans vent où les nuages fixes, du haut des bleus, narguent le petit terrestre.</p>
<p>Il se voyait statue de granit que plus rien ne touche, stupeur coincée dans ce paradoxe qui veut à la fois le cœur battant et l&#8217;immobilité, lorsque l&#8217;encre est presque antipathique de précision.</p>
<p>On était en mai ce qui aggravait son silence intérieur: tout croît et chante, lui se voyait déclinant et muet, novembre au crâne, souriant pourtant, ange accroché au porche pluvieux d&#8217;un parvis cadenassé.</p>
<p>Il approuvait sans réserve cet état d&#8217;oubli, soliloquant sur la vérité d&#8217;acier qui, en plein soleil, pleut l&#8217;évidence modeste du presque rien, le rien enrobant de sa peau de plomb le peu du peu de ses rêveries à peine levées, déjà étouffées.</p>
<p>Entre les visages, les rues, les frissons de voix et le fond sensible qui lui servait d&#8217;accueil, un vernis incolore s&#8217;était posé au monde, plastique gris à travers lequel le temps même, semble-t-il, ne laissait plus se dessiner aucun contour.</p>
<p>Il éprouvait l&#8217;absence à soi en trébuchant sur les pavés, étonné que des pousses soient parvenues à s&#8217;imposer parmi les pierres puis songeait tout à coup que cette plante entre deux blocs était un texte né.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>La voix d&#8217;argent</title>
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		<comments>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2011/03/23/la-voix-dargent/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 23 Mar 2011 10:40:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/?p=1745</guid>
		<description><![CDATA[Tu n&#8217;as jamais expliqué, murmura la voix d&#8217;argent, pourquoi tu avais nommé ton ensemble de textes « Je peins le passage ». Tu pourrais peut-être en profiter en ces premiers jours de printemps, non ? Si j&#8217;évoque la voix d&#8217;argent, qu&#8217;on n&#8217;aille pas s&#8217;imaginer une voix brillante, renvoyant soigneusement ses éclats vers les mille horizons, car au fond [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Tu n&#8217;as jamais expliqué, murmura la voix d&#8217;argent, pourquoi tu avais nommé ton ensemble de textes « Je peins le passage ». Tu pourrais peut-être en profiter en ces premiers jours de printemps, non ?<br />
Si j&#8217;évoque la voix d&#8217;argent, qu&#8217;on n&#8217;aille pas s&#8217;imaginer une voix brillante, renvoyant soigneusement ses éclats vers les mille horizons, car au fond de sa gorge – je parle de la voix de la visiteuse – rôde  un argent presque terni, des nuages ont passé constamment sur sa voix et les brumes y  demeurent accrochées. Je me doute qu&#8217;on va entendre une voix effacée, rien n&#8217;est plus faux : c&#8217;est comme toujours un rire étouffé, on dirait que les cordes vocales sont enrobées dans la soie et que chaque mot prononcé se voit contraint de faire craquer l&#8217;enveloppe souple qui se reforme aussitôt ; je ne sais pas pourquoi je songe aux préludes de Fauré, cette douceur brillante cachée sous la couverture des notes lourdes, passées et repassées au fil des tonalités lointaines et qui se touchent pourtant, comment font-elles, qui peut le dire ? Il reste que l&#8217;auditeur de la voix de la visiteuse, entourée d&#8217;un monde, avance dans le temps sans voir les changements puisque les cordes vocales résonnent longtemps, oui longtemps, et nul ne sait quand leur vibration cessera. Oh, elle s&#8217;arrêtera, ces sons n&#8217;étaient pas destinés à rester, sauf que la mémoire curieusement s&#8217;accroche à l&#8217;éphémère de ce craquement prévenant, ce déchirement presque douloureux et le souvenir le cultive, infinie douceur d&#8217;un aveu toujours remis, la visiteuse a je crois parfois les sons cachés du glas, mais je n&#8217;en suis pas sûr et c&#8217;est cela qui dure, non la voix mais l&#8217;incertitude sur le sens réel de la voix d&#8217;argent gris, la voix dont je boirais volontiers tous les mots s&#8217;il m&#8217;était permis de les deviner avant que la voix les prononce. J&#8217;ai mille amitiés à transmettre sur le fil de cette voix dont j&#8217;entends le rire aussi, je l&#8217;ai dit, un rire de bleu caché sous les coussins du diable, l&#8217;affaire de vivre, le rire, cette absence dans le silence royal des pavements marbrés où le passé demeure, puisque les rides ont mordu dans ma façade usée, tant de nuits, tant de nuits.<br />
Ah, j&#8217;avais oublié la question !<br />
<em>Le </em>printemps est <em>un </em>printemps : ainsi peint-on le passage ; on ne dit pas LE printemps, à quoi bon, ce n&#8217;est jamais le même. Oh, je sais bien qu&#8217;abstraitement, comme ça, je peux définir le printemps, rien de plus simple, les petites fleurs, les amours de feuilles tendres au vert coquin qui bascule dans le transparent à la demande, oh, oui, cela je peux le dire&#8230; allons, n&#8217;importe qui sait dire cela. Or ce printemps qui arrive, tu sais toi ce qu&#8217;il dit précisément à l&#8217;instant où tu écris ? Non, non, cela va de soi. Et je comprends mieux pourquoi j&#8217;en suis resté à la voix de la visiteuse, elle au moins quand elle me reparlera, aura ces mêmes accents que j&#8217;ai décrits plus haut et donc j&#8217;aurai l&#8217;espoir que cela dure un peu &#8230; alors que le printemps, mon dieu, ça va vite, et puis on a bien le temps d&#8217;en reparler, non ? Si je considère l&#8217;espérance de vie moyenne des hommes, il me reste encore un peu moins d&#8217;une vingtaine de printemps. C&#8217;est largement pour gloser sur ce moment dont je regrette déjà l&#8217;emballement des chatons au bout des brindilles. La tendresse perce, j&#8217;aimerais en retarder la survenue toujours trop rapide&#8230; non, c&#8217;est ainsi et tout est bien.</p>
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		<title>Réveil au château (4/4)</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Feb 2011 08:40:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>

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		<description><![CDATA[Enchanter le présent : un verre suffit, mieux encore une vision, le château, un lac, mais au fond je m&#8217;interroge sur l&#8217;absence obsédante de tout être humain : « Nous sommes des milliards et il n&#8217;y aurait ici que nous deux ? - A dire vrai, murmure-t-elle en froissant légèrement sa robe dans la porte-fenêtre qu&#8217;elle emprunte (où était-elle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Enchanter le présent : un verre suffit, mieux encore une vision, le château, un lac, mais au fond je m&#8217;interroge sur l&#8217;absence obsédante de tout être humain :<br />
« Nous sommes des milliards et il n&#8217;y aurait ici que nous deux ?<br />
- A dire vrai, murmure-t-elle en froissant légèrement sa robe dans la porte-fenêtre qu&#8217;elle emprunte (où était-elle toute cette nuit?), je vous trouve audacieux d&#8217;affirmer que nous sommes deux.<br />
- C&#8217;est juste, je crois comprendre&#8230;. au fait, pourquoi me vouvoyez-vous, je croyais que&#8230;<br />
- Cela dépend de l&#8217;air du temps. Celui de ce matin, à cheval sur le froid et le chaud, incite à l&#8217;élégance modérée du vous ; les buissons rougissent, les oiseaux rebricolent leurs nids soufflés par l&#8217;hiver et notre peau, vous l&#8217;avez noté, s&#8217;assouplit de la tiédeur arrivant sur les pas de l&#8217;air fluide.<br />
- Vous entendez que le chant nécessite la distance ? dis-je.<br />
- Voyez comme vous devinez ma pensée ! Pour chanter il faut le vide là devant, sinon rien ne résonne et nos rires risquent gros à demeurer dans ce château confiné où nos présences s&#8217;attardent.<br />
- Vous voulez que je m&#8217;en aille ? fais-je précipitamment en me dressant sur les draps. »<br />
Cette nuit au château a été d&#8217;une profondeur inhabituelle, un délice, à tel point que j&#8217;ai éprouvé mon réveil comme une menace&#8230; vont revenir mes nuits de surface où, défait du beau, dépris du chant grave de nos voix qui s&#8217;échangent,je vais retrouver ma peau et la loi qui veut que tout tombe.<br />
Elle chasse de la main mes paroles, mes pensées (qu&#8217;elle lit sans effort) :<br />
« Il n&#8217;y a aucune urgence, prenez vos distances dès que vous pourrez, sinon, à l&#8217;intérieur de ce château qui n&#8217;est rien d&#8217;autre qu&#8217;un banal pavillon de centre ville, vous allez vous noyer dans le chant des évidences qui bientôt ne charmeront plus que vous-même.<br />
- C&#8217;est la rude école de la page blanche !<br />
- Comme vous y allez !<br />
- J&#8217;exagère évidemment, dis-je en lissant devant moi la couverture froissée. Ce pauvre cliché pour dire qu&#8217;il va falloir relancer la mélodie !<br />
- Tout vous y incite mon bon ami. C&#8217;est la saison du réenchantement, allez, allez, ne faites pas cette tête !<br />
- Quelle tête ?<br />
- Vous savez bien ce que je veux dire : prétendre au chant et effrayer ainsi votre vitalité avec des fantômes, tout cela est inconséquent !<br />
- J&#8217;attends, dis-je. Je suis une sorte de convalescent.<br />
- Vous n&#8217;avez jamais été malade ! »<br />
Son rire dans le matin encore brumeux résonne à peine, mais ma mémoire l’enclot à l&#8217;instant où elle referme la porte sur nous.</p>
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		<title>Toujours le château! (3/4)</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Feb 2011 18:30:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>

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		<description><![CDATA[Comme s&#8217;il me fallait compenser l&#8217;empan court de mon pas, je gravis allégrement les marches deux à deux, les sensations se pressent : pont, porte, marches d&#8217;entrée sont les lieux que je préfère ; là se fait un silence unique, souriant, amusé ; je ne suis jamais aussi solitaire que dans cet entre deux, tout autant que l&#8217;oiseau [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comme s&#8217;il me fallait compenser l&#8217;empan court de mon pas, je gravis allégrement les marches deux à deux, les sensations se pressent : pont, porte, marches d&#8217;entrée sont les lieux que je préfère ; là se fait un silence unique, souriant, amusé ; je ne suis jamais aussi solitaire que dans cet entre deux, tout autant que l&#8217;oiseau qu&#8217;on voit miroiter sur le fond velours du ciel, vertigineux, à cent pas de la terre.<br />
Je pousse la porte, persuadé que le château est vide et je le dis à haute voix à la Visiteuse qui me suit. Un doute me prend, je me retourne, elle a disparu ; elle avait sans doute mieux à faire, d&#8217;autres rêveurs à visiter, vieillards délivrant leurs dernières paroles, jeunes gens submergés par le trop plein des mots, comme je la comprends&#8230; or, il se trouve que d&#8217;emblée, en tournant la poignée de cuivre de la serrure souple, une chaleur douceâtre me charge les épaules, un tapis s&#8217;avance sous mes pas, on entend sans la voir une présence dans ce que je croyais être une suite de pièces poussiéreuses : diable, diable, songé-je, me voilà frais, ce qui ne correspond en rien à mes sensations&#8230; oh, la douce tiédeur de l&#8217;air sans doute alimentée par une cuisinière à bois ; j&#8217;en perçois les craquements, j&#8217;en goûte dans mon haleine le piquant calculé et au lieu de faire le tour du propriétaire comme l&#8217;aurait fait n&#8217;importe qui (un homme se penche vers son passé) me voilà affalé dans le fauteuil qui me coince agréablement dans la première pièce à gauche.<br />
J&#8217;attends. On pourrait croire que je suis précisément dans la salle d&#8217;attente d&#8217;un médecin particulier, sorte de spécialiste du passé, moins un psychiatre (bien trop évident) qu&#8217;un passérologue&#8230; ou une peut-être, pensé-je soudain, eh oui, c&#8217;est même probable, une femme sans aucun doute à en juger par les napperons installés partout même sous ma nuque dans le fauteuil à oreillettes où je me prépare à l&#8217;inconnu ou à l&#8217;inconnue, après tout je n&#8217;en sais rien. Je m&#8217;endors et dans mon rêve je revois la scène de l&#8217;homme de la campagne (ce que je suis) avec des variantes heureuses, lumineuses, loin de l&#8217;interprétation que l&#8217;on fait communément de cette scène si brillamment inaugurée dans notre vie par le texte de Kafka.<br />
- Bonsoir, fait une voix claire qui m&#8217;éveille. Vous avez bien dormi ?<br />
- Oui, oui, murmuré-je.<br />
- Ah dites-donc, fait-elle avant même que j&#8217;ouvre les yeux, vous avez choisi le meilleur endroit pour rêver.<br />
- Je ne l&#8217;ai pas fait exprès, dis-je, ça c&#8217;est présenté comme ça, chère Visiteuse&#8230;<br />
- Ah vous m&#8217;avez enfin reconnue&#8230;<br />
- Oui, évidemment, fais-je, vous m&#8217;aviez indiqué le château, vous vouliez m&#8217;inviter en quelque sorte. Je vous croyais partie en quête d&#8217;un rêveur.<br />
- Je ne suis là que pour vous, fait-elle.<br />
Elle porte une longue robe brune sans ornements, sa voix a des accents que je connais bien pour les avoir toujours perçus, mezzo, accentuée, comme si elle était étrangère, comme si notre langue ne lui était pas spontanément familière. Elle a ramené ses cheveux vers l&#8217;arrière pour dégager son regard direct, limpide comme une eau dans laquelle on baigne depuis toujours.<br />
- Vous êtes mon passé, je vous connais tellement, vous m&#8217;avez tant de fois rendu visite.<br />
- Il était temps, fait-elle, que vous veniez au château qui n&#8217;en est pas un – je m&#8217;en excuse, ajoute-t-elle en riant – vous étiez attendu ici depuis longtemps.<br />
- Je me demande pourquoi j&#8217;ai tant tardé, dis-je en souriant. On rêve si bien dans ces lieux familiers et étranges à la fois.<br />
- Oh, s&#8217;exclame-t-elle, mais le château n&#8217;est pas si facile à découvrir. Certains passent leur vie à le chercher sans jamais le trouver. Vous pouvez dire que vous avez eu de la chance.</p>
<p>- Je le mesure, dis-je en me levant pour m&#8217;approcher d&#8217;elle et saisir le verre pétillant qu&#8217;elle me tend. Santé !</p>
<p>Santé ! répond-elle en riant.</p>
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		<title>Encore le château! (2/4)</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Feb 2011 12:45:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[rêveries]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce n&#8217;est pas la maison que j&#8217;ai à l&#8217;esprit, je la voyais beaucoup plus grande ; dans mon souvenir, les baies donnent sur une pelouse à l&#8217;anglaise, alors que son négligé (bouteilles de plastique, papiers imprimés, journaux, enveloppes froissées brouillant les herbes usées) offre au regard l&#8217;image d&#8217;un lieu de passage. Ce qui rôdait dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ce n&#8217;est pas la maison que j&#8217;ai à l&#8217;esprit, je la voyais beaucoup plus grande ; dans mon souvenir, les baies donnent sur une pelouse à l&#8217;anglaise, alors que son négligé (bouteilles de plastique, papiers imprimés, journaux, enveloppes froissées brouillant les herbes usées) offre au regard l&#8217;image d&#8217;un lieu de passage. Ce qui rôdait dans ma mémoire sous la forme d&#8217;un recoin caché au centre de la ville  ne coïncide pas avec ce que je vois&#8230; cela s&#8217;appelle vieillir, non, le mot est mal choisi, cela s&#8217;appelle subir le temps, les contre coups du temps, non, c&#8217;est encore trop, cela s&#8217;appelle vivre, voilà, vivre.<br />
J&#8217;avais un château, j&#8217;ai une banale maison ; j&#8217;avais un cliché bien ancré, j&#8217;ai une réalité qui se dérobe. J&#8217;essaie d&#8217;effacer les visions livresques, je m&#8217;acharne à fixer ce qui s&#8217;évanouit sous mes yeux (et tout à la fois se dresse indéniablement devant moi): oui, quoi, une maison un peu particulière certes, mais enfin, noyée dans la cité, son architecture n&#8217;a rien à chanter que mon souvenir d&#8217;un château qui fut un moment de ma vie. Je l&#8217;ai dit déjà, j&#8217;essaie de le reprendre pour en goûter les échos : le château, c&#8217;est plus un temps qu&#8217;un lieu.<br />
On l&#8217;a mille fois relevé, pas seulement dans les livres, mais aussi dans les conversations les plus banales, les maisons et les rues que l&#8217;on redécouvre après des décennies sont minuscules ; comme si les garder longtemps dans sa mémoire les avait rapetissées ; non, c&#8217;est le contraire, la mémoire les a gardées immenses et les retoucher des yeux les amoindrit; on en a tant vu entre temps, sans doute cela, trop vu peut-être, oui, trop vu. Il eût fallu toutes ces années vivre dans un ermitage&#8230; et encore, le regard se serait habitué au réel de la même manière, il aurait fini par prendre avec la voix, le pas, le corps, la vraie dimension du monde qui au regard de l&#8217;univers est si petit. Voilà, voilà, c&#8217;est grandir, enfin on devient adulte ; on mesure au printemps le château avec son corps, la révélation se fait, puis l&#8217;usure au contact du monde amène à voir l&#8217;édifice entouré de gazon comme une simple petite maison avec un parc public, ce n&#8217;est pas bien mystérieux.<br />
Enfin, si ! Ce zoom arrière me paraît soudain comme un mouvement et à supposer que je vive jusqu&#8217;à l&#8217;âge de deux cents ans (!), il me semble que le château disparaîtrait entièrement ; d&#8217;ailleurs combien de choses ont disparu de ma mémoire depuis que je suis né ? Puisqu&#8217;elles ne sont plus présentes, je ne le saurai jamais. J&#8217;entends bien que Proust nous dit le contraire, mais je laisse provisoirement en suspend l&#8217;objection de sa mémoire involontaire.<br />
Autre chose me vient: petit, grand, au fond c&#8217;est le monde Swift, de Rabelais ; en bref, c&#8217;est l&#8217;enfance vue depuis l&#8217;âge adulte, ou les adultes vus depuis le regard de l&#8217;enfant.<br />
Perplexe, je me demande si cette manière de ramener à chaque fois tout à l&#8217;enfance n&#8217;est pas une  manie de notre siècle passé. Les anciens &#8211; dont l&#8217;auteur des deux Œdipe par exemple– ne semblent pas avoir accordé à l&#8217;enfance cette passion que nous lui octroyons. Oui, dit la voix, mais la civilisation s&#8217;est affinée, c&#8217;est un processus normal. &#8211; Oui, sans doute, songé-je. Personne ne met aujourd&#8217;hui en cause l&#8217;importance de l&#8217;enfance, sauf à être une pauvre brute. Cette affirmation est une question surgissant comme le fameux château dont j&#8217;ai parlé : nous avons tous vécus enfants dans un château, certains hantés, d&#8217;autres plus confortables, les contes en font foi et ce qui compte c&#8217;est ce que chacun voit derrière son château ; arrivé à ce point, il n&#8217;y a plus de règle générale ; chacun va avec son château, traversant son parc sur un gravier venu des plages où la rivière coule.</p>
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