Archives de la categorie Poèmes

refrain

     poser la main sur le bras de l’aimé
pour attirer son attention vers le bleu
sans dire un mot est
une affirmation mélodique
où le seul devient deux
et s’extrait de la gangue
où la vie pour soi me retenait

     poser le pied sur la terre en éveil
pour éprouver son avancée
sans penser à rien est
un miracle qui me grandit
où loin de marcher sur les eaux
je sors de mon unique corps
où le silence me retenait

     poser la tête sur l’oreiller frais
pour songer à l’ami lointain
sans penser à soi est
un écoulement dans le temps
où ma solitude se dissout
et je m’endors loin du souci
où la peur inutile me tenait

     poser le vase de fleurs sur la table
pour faire entrer la fraîcheur
sans autre pensée qu’un bonjour est
une sacralisation de cet espace
où je vivotais mes habitudes
et voilà le monde changé
où des battements vains s’attardaient

     poser une question à l’aube
pour dissoudre l’absence dans l’azur
sans pour autant s’attrister est
un chant neuf de ma voix
où la bouche séchait rauque
et l’ange fait vibrer l’air
où la poussière le retenait

     poser son corps au fauteuil
pour apaiser le désordre
sans oublier les secondes jolies est
la seule manière d’écrire
ou de rêver un monde juste
et je cueille les violettes malignes
où la grave espérance attendait

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bonjour

         l’air envoie un signe
du lieu où il vente lâchant les hirondelles
tenues dans le poing de la chaleur là-bas
les revoilà obliques ou filant sous les pluies
au ras de nos demeures ouvertes au silence

          caresses de l’air neuf
elles s’appuient sur sa transparence fluide
passantes distraites cherchant parfums
de feuilles vert cru boutons éclatés
mérite et récompense du voyage abouti

          creusant l’espace
de leurs exercices acrobatiques et sûrs
la peine qu’elles prirent à revenir
s’efface en souplesse sur les saules
qui bordent le jardin au bonjour très naïf

          puis s’installent
vérifiant l’appui de leurs pattes pliées
calées sur les branches épargnées du vent
nous avons vu l’hiver je peux le raconter
mais que vaut ma légère parole votre venue

          est un salut poli
par les milliers de kilomètres lourds
chères figures pointues et vêtues de futur
vos cris lancés dans la lumière de l’aube
anticipent les creux mélodieux des nids

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écriture

que d’abord s’établisse un silence

où rien d’autre ne perce que le chant
toujours tu de la présence de l’autre
               en moi
mon ange cliché puisque je suis entre deux
puisque le texte entre ciel vide et terre bousculée
              se glisse

parfum épicé de troènes en friche
               la vérité
ne monte que sous la surprise du dehors
ce que tu sens est à toi-même une invite
               secrète
à boire les rivières je me lie à la source
et mes gorgées deviennent cette phrase mesure
               qui naît

et qui donne à mes pas la grande allure
               de la joie
le fluide de la visiteuse prépare
l’avance sereine des mots que je me dois
               d’écrire
et la présence se dresse libérée de moi
face à l’horizon du temps qui nous est accordé

en moi se glisse la vérité secrète qui naît de la joie d’écrire

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La Vierge de la Visitation (Reims)

ce que le bleu voile en plis splendides
articulés par le poids du tissu
est une pudeur franche d’exister
dressée là en une fière verticalité douce
de la visiteuse
magie de la présence exposée
aux vents pluies et grêlons fouets
qui cèle et révèle le corps
pierre si légère et sensualité ferme
aux parfums noirs

ce que l’ocre dévoile en courbes vraies
calculées à partir de la voix lisse
est un murmure qui avance et sourit
au-dessous d’une modeste inflexion
de la visiteuse
péril de la peau fragile visage
qui n’a peur ni de l’ouest ni du temps
il avance rosissant couvert d’or
tirant vers soi le baiser irrésistible
d’une flamme soleil

ce que les deux teintes majeures
jointes sur la grâce statue résument
ce sont les heures grandes de vivre
ramassées là en une force accueillante
de la visiteuse
et proposent au passant mortel fébrile
le calme la puissance sûre le bonheur
que la grâce tend vers les vivants
soudain emportés par la lumière bleue
de faveurs musiciennes

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la main hantée

lorsque l’aube blanche piquetée de bleu
a paru sur mon chemin
- tant d’années se sont écoulées –
j’allais sous la bruine pesante melancolia
errant dans la forêt aux mille bras
tiré à hue à dia par le neuf
des modes des heures des visages obscurs
sans boussole

il a suffit que la main de l’ange me saisisse
pour que la voie s’éclaire
- hors de la rouille de vivre –
les chants se sont mêlés aux giboulées
et les détours sont devenus la voie
le souple pas arrimé au présent
grand sourire droit gestes lumineux
j’avais un lieu

je dois à l’aube et aux plis bleus de l’ange
pleine parole
- baume renouvelé de joies –
une voix domine les graves orages des jours
et légèrement brisée elle dit l’avenir
écrire est une évidence sans guide
de respect de temps à jamais inépuisable
comme une main hantée

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la visiteuse du temps

les extrémités des phalanges
ne s’usent pas
ainsi touches-tu mon cher ami
une peau invariable
lorsque devant le miroir bleu
tu passes la main
sur le paysage mouvant
de tes joues vives

tu vois poursuit l’ange c’est vrai
les saisons vont
mais le printemps repeint à neuf
les visages défaits
toutes ces heures que la visiteuse
décompte
(glorieuse horloge de lumière)
en souriant

oh ce n’est pas la Schadenfreude
ne te méprends pas
elle est exposée aux rigueurs
du temps qu’il fait
ce n’est guère mieux que ton temps
alloué chiche
et dis-toi qu’elle a été posée là
pour t’aider

elle observe tes brèves avancées
marche en pensée
avec tes pas toujours plus lents
plaint tes pluies
accueille pour toi tous les couchants
bienveillante
mais ne peut pas grand-chose
pour ton destin

elle n’a pas mes ailes

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elle m’a laissé

elle m’a laissé sa carte
avec des collines et des fleuves
pour errer dans le temps
il n’y a plus d’espace tu sais
rien que la pluie si douce
et j’arpente tes rêves
passe le pont de bois
qui mène au hameau jaloux
où l’âme oui l’âme est endormie
depuis longtemps et même avant

elle m’a laissé chercher au pays
la visiteuse indiquée en bleu
je tourne en rond misère
il n’y a plus que des fantômes
rien que le soleil à cru
et j’arpente les parvis
passe les porches vides
et reviens vers la ville embuée
où les ronflements des moteurs
grincent de jour comme de nuit

elle m’a laissé sa statue
avec ses ocres et ses ombres
pour espérer contre le temps
il n’y a plus de désert
rien que les nuages roses
et j’arpente le soir florissant
passe les ponts valeureux
et reprend le chemin du pavillon
où j’entends la voix des enfants
de l’air plein des ramages à venir

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être

          être la terre et le temps
avancer comme elle sur les chemins encore drus et perdre sa voix pour la retrouver plus loin car il faut se taire pour que la parole s’élève dans les pages

           être le son et le sol
résonner en syllabes craquantes pour crevant le silence donner à voir le réel à travers le tamis insensé des vocables ténus qui deviennent tangibles pourtant

          être le vif et la voix
revenir sur la vibration de l’air alors que ce ne sont que des feuilles de carnet volées aux arbres mais débordant d’échos perçus dans les cimes

          être l’ici et le midi
retrouver le méridien à travers sa progression de visiteuse et se dire que chaque lieu peut être partout du moment qu’elle se pose

          être la dame et l’ange
écouter la rencontre de la terre et du ciel déflagrations communiquant véritablement alors que ces murmures presque muets miment en fait une absence

          être réel et rêvé
avancer comme elle donc sur les voies musicales sa présence bleue aux cheveux son profil de fresque et son aube blanche piquetée de bleu encore dirait-on en fait une immense présence
 
          être changeante et choisie
incarner dans l’absence le mouvement incessant du temps où l’on se croise se reconnaît s’élit et reprendre dans la glissade filée des syllabes tous les non dits

          être charme et chaleur
ressusciter en plein vent l’espérance du verbe aiguille et foin je sais bien mais le côtoiement des mélodies fait renaître tant de rouge aux joues qu’on en est ébloui

Un seul commentaire

éveil

          pousser la porte
qui grince en ouvrant sur le soleil
          très antique explosion
d’une journée neuve juste froide
          comme il faut
le saut du seuil est un accueil
          salut des perce-neiges
qui têtes courbées en abat-jours
          se déplient sous l’air cru
et persistent modestes malgré le gel de nuit

          regarde vers le ciel
crie l’ange à mes yeux endormis
          encore collés des rêves
je revois l’ocre thé puis le pain
          remâché distraitement
tant j’étais attentif aux appels des moineaux
          regarde reprend-t-il
toits cimes sapins et cathédrale
          tout est repeint de bleu
les blés s’allument aux ornières

du bout des pas le temps de vivre est décompté
          c’est la vieille loi
soufflée par la visiteuse qui claque la porte

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Approche de la visiteuse (2/2)

          Si je la nomme mystérieuse, c’est qu’elle nous est proche, sa voix rare n’est pas faite pour éclaircir sa fine obscurité, je la sens toujours là et si l’ange parfois avec son ironie particulière croise son chemin et tente de freiner son avance, elle l’écarte en souriant d’un petit mouvement de main et lui, d’habitude obstiné et drôle dans sa fraîcheur céleste, se dérobe d’un coup d’aile, modeste frisson d’effacement. Il le fait d’autant plus volontiers qu’il sait qu’elle n’a aucune part dans ses agissements, lorsque l’aube et le couchant s’embrasent ou que le soleil nous fait cortège avec ses rires et prolixes survenues entre deux nuages : ce n’est pas du domaine de la visiteuse, et quand elle le chasse ainsi du bout des doigts, elle lui signifie qu’elle est venue non pour enchanter directement le jour mais pour affirmer au présent le perpétuel passage; voici plus précisément ce qu’elle lui murmure de sa voix insistante ; « Je ne te suis pas dans tes jeux de feu follet, j’étais là bien avant et si tu ne me connaissais pas, c’est que tu n’avais pas le regard suffisamment affûté. Maintenant, tu sais. Oui, tout est passage, et même l’instant où je le dis. Reste, cher ange, que je t’aime et ce n’est pas que passage. »
          Je reproduis ici quelques mots saisis (et répétés par l’ange) au hasard de son bref dialogue avec elle ; il me semble, à y réfléchir, que ces propos ne s’adressaient pas uniquement à l’ange, mais aussi un peu à moi, toujours en quête d’un point fixe qu’à défaut d’un autre mot je nomme écriture. Aimer, écrire, c’est tout un.

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