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	<title>Je peins le passage &#187; Poèmes</title>
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	<description>Le blog de Raymond Prunier</description>
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		<title>Chorale de nuit</title>
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		<pubDate>Thu, 03 Jun 2010 08:50:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>

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		<description><![CDATA[Au plus profond de mon sommeil, cher ange, j’entends ton battement d’ailes dans la nuit et je vois l’encre violette des espaces ponctués où rien d’autre ne se meut que le lent glissement des astres autour de Polaris; pourtant un autre rêve s’agrège autour de formes que les étoiles suggèrent; ce ne sont pas les constellations [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au plus profond de mon sommeil, cher ange, j’entends ton battement d’ailes dans la nuit et je vois l’encre violette des espaces ponctués où rien d’autre ne se meut que le lent glissement des astres autour de Polaris; pourtant un autre rêve s’agrège autour de formes que les étoiles suggèrent; ce ne sont pas les constellations du planisphère mais un arrangement différent que le souffle de tes ailes conduit pour dessiner des visages possibles: de simples vivants croisés au hasard dans la foule, des êtres chers que je n’ai pas vus depuis longtemps ou qui sont morts sans que j’aie pu leur adresser un dernier signe – une simple pression de main eût peut-être suffi – enfin des boucles de cheveux, des voix que je reconnais comme celles de mes enfants auxquelles se mêlent les appels pressants de mes petits-enfants, et ces visages et ces voix je le sens demandent qu’un chef de chœur se place loin d’eux mais pas trop pour prendre la tête de l’ensemble afin de les faire chanter contre la nuit qui donne le rythme; coulent alors des ruisseaux de notes chantées en langues inconnues, des dynamismes fugués en majeur s’élancent en vagues plus violentes à mesure que le chant avance, des arbres agitent derrière eux leurs cimes sous le vent de nord-est, celui qui promet belle traversée aux enfants d’aujourd’hui, et richesses de rencontres ; un doute me prend à cause de la tendresse que mon dos recueille à foison et je m’interroge : serait-ce, jolie absurdité, le soleil qui brille dans la nuit ?.. et tout en dirigeant la chorale puissante qui me suit et tomberait – je le sais – dans le vide des espaces si je cessais de battre la mesure, je me retourne, jette un long regard vers toi, cher ange, si beau, image d’un monde jadis vivable où tendresse et harmonie auraient régné, mais tu fais alors d’un coup tout disparaître, toi-même t’estompe dans un dernier souffle tiède et c’est ainsi que je m’éveille avec à l’esprit l’impérieux besoin d’écrire pour tenter de retrouver le chant choral de ces présences qui furent, sont et seront.</p>
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		<title>La leçon de mai</title>
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		<pubDate>Tue, 25 May 2010 06:42:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>

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		<description><![CDATA[Quelle visiteuse a ainsi changé de fond en comble arbres et pays ? La métamorphose se poursuit si bien que je ne suis plus très sûr si c’était bien le rameau maigrelet dont la faiblesse m’inquiéta cet hiver ; le voici lourd d’éclats rouges, mélancolie stupéfiante des heures fastes où je me dis : voilà [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quelle visiteuse a ainsi changé de fond en comble arbres et pays ? La métamorphose se poursuit si bien que je ne suis plus très sûr si c’était bien le rameau maigrelet dont la faiblesse m’inquiéta cet hiver ; le voici lourd d’éclats rouges, mélancolie stupéfiante des heures fastes où je me dis : voilà ce que tu attendais depuis si longtemps et les toits souriant de tout leur miroir approuvent le chant de leurs plis neufs, découpant sur l’azur (qui s’étire au maximum des horizons) de franches tailles au couteau de lumière. Je dis mélancolie parce que le but est proche, tristesse à nue de la splendeur où chaque brin d’ivraie est une verticale parfaite, bouquets d’herbes et bosquets solidement installés tandis que là-bas les trains grincent dans le vide et que mes contemporains soupèsent vers le soir gains et pertes dans des bureaux climatisés.<br />
Je me demande ce qu’est ce temps qui vibre sur lui-même, alors qu’à l’écoute des chemins de traverse maigres et crevés, je vois que cela croît et continue de croître tout en souplesse. Qu’ai-je à mélancoliser sur le cru du temps ? Es-tu vraiment certain d’être à l’heure de la belle saison ? Je crois que c’est la saturation, le toujours trop de vert qui vire argent puis gris ; parfois, sur fond de sapin, la surprenante bleue vient en robe s’étaler jusqu’à l’orée des blés prenants qui couvent déjà leurs épis, surveillés de près par les coquelicots aux appels pressants ; les coquelicots… leur grâce trop puissante poussait autrefois aux attaques meurtrières, la guerre était au printemps, mais ce n’est plus de mise, et l’on songe à Monet, à mon cœur qui ne bat que pour la saison, le sang est un peu vif et le corps qui suit s’abandonne à la cueillette frivole (au lieu de mourir les armes à la main), comme s’il fallait prendre en charge ces débordements et en alléger la terre un peu folle.<br />
Quand j’observe le ciel déclinant, j’entends des voix éraillées qui déplorent sa vacuité ; mais ne fut-il pas toujours vide ? Le fuite des dieux est notre chance, je n’ai aucun goût au regret, nous allons le remplir , il n’y a vraiment pas là de quoi fouetter un chat, et notre époque est si douce en nos contrées qu’il y a beau temps qu’on ne fouette plus les chats en toute bonne conscience ; tu vois, ce n’est pas un hasard si les dieux viennent refaire un tour, ce miracle de mai, cette mélancolie insinuée, l’absence, le silence, le vide, c’est le revers du trop plein, tu ne t’appuies sur rien et observes avec étonnement la croissance, sans pouvoir répondre au pourquoi. Mais pourquoi y aurait-il un parce que ? L’ébouriffante nature est sans question, elle n’est que réponse, et c’est toi-même qui y dépose le voile funèbre de l’interrogation creuse. Vivre, écrire, c’est chanter la belle et l’aimer comme telle.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>parler</title>
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		<pubDate>Wed, 12 May 2010 18:36:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>

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		<description><![CDATA[la mine qui creuse ces paroles n’est en rien cavalière ni emphatique elle essaie avec calme et joie de repousser le temps sur les marges et rien ne me plaît tant cher ange que cette lutte discrète pour l’emplir car la liberté grande qui m’anime pourrait bien me perdre dans son désert chaque pas que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>la mine qui creuse ces paroles<br />
n’est en rien cavalière<br />
ni emphatique<br />
elle essaie avec calme et joie<br />
de repousser le temps<br />
sur les marges<br />
et rien ne me plaît tant cher ange<br />
que cette lutte discrète<br />
pour l’emplir<br />
car la liberté grande qui m’anime<br />
pourrait bien me perdre<br />
dans son désert<br />
chaque pas que je fais en progrès<br />
alimente l’envie de parler<br />
plus encore<br />
cher ange perdu au printemps<br />
je te retrouve entouré<br />
de parfums<br />
puisque tu es là souhaite-moi<br />
parole et bon vent<br />
le chant à venir<br />
la mesure et la loi que je porte<br />
sont garants que ce temps<br />
passé à écrire<br />
sont en ta compagnie la lumière<br />
issue de solitude<br />
bienheureuse<br />
pousse avec moi de tes ailes le blanc<br />
qui à chaque pas<br />
me fait trébucher<br />
ajoute à mes efforts concentrés<br />
l’énergie favorable<br />
à ma main<br />
la vie est là aussi au bout du style<br />
qui creuse et impose<br />
une parole</p>
]]></content:encoded>
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		<title>marelle</title>
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		<pubDate>Mon, 10 May 2010 08:49:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>

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		<description><![CDATA[le silence emplit la cour je marche sur le gravier pendant que des corbeaux froids s’abattent aux confins des parois de béton et l’on entend la voix de craie des maîtres gris qui crisse de savoir sec l’appel de quelque chose d’autre marque sautée cascade dans ma cervelle les univers se troublent je rêve de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>le silence emplit la cour<br />
je marche sur le gravier<br />
pendant que des corbeaux<br />
froids s’abattent aux confins<br />
des parois de béton<br />
et l’on entend la voix<br />
de craie des maîtres gris<br />
qui crisse de savoir sec</p>
<p>l’appel de quelque chose<br />
d’autre marque sautée<br />
cascade dans ma cervelle<br />
les univers se troublent<br />
je rêve de fondre sur place<br />
comme on se jette à la rivière<br />
l’amour n’ouvre sur le tangible<br />
que quand on joue à la marelle</p>
<p>ciel et terre sur l’asphalte<br />
éveillent un rêve stimulant<br />
galets et danses habiles<br />
animent de vrais faux-pas<br />
où l’on joue sur le langage<br />
des avenirs d’acier trempé<br />
et les voix enfin chantonnent<br />
des issues contre l’abandon</p>
]]></content:encoded>
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		<title>parfums</title>
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		<pubDate>Thu, 06 May 2010 10:47:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>

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		<description><![CDATA[aller au bois c’est fouler des parfums je sais bien les nuances mais l’œil est écart alors que le miel poivré des chèvrefeuilles rend grâce à notre corps qu’il embaume impalpable comme le temps mais plus proche le pas le sait avant que je le veuille et le gris des halliers ne vaut pas la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>aller au bois c’est fouler des parfums<br />
je sais bien les nuances mais l’œil est écart<br />
alors que le miel poivré des chèvrefeuilles<br />
rend grâce à notre corps qu’il embaume<br />
impalpable comme le temps mais plus proche</p>
<p>le pas le sait avant que je le veuille<br />
et le gris des halliers ne vaut pas la fragrance<br />
alors que le ciel moiré s’ouvre entre les feuilles<br />
il est une trace qu’on inspire sous le dôme<br />
sur la table du vent où l’on progresse</p>
<p>vivre au bas du vallon d’une avance mouillée<br />
que rien ne gâte est une danse de la peau<br />
alors que le fiel des soirées où seul sur le seuil<br />
je songe sur la place qui dort sous les aulnes<br />
déjà faible souvenir auquel je m’accroche</p>
<p>il n’est de foi qu’à la houle sans fin<br />
et rien ne pense que les odeurs rares<br />
alors que l’appel soigné du bouvreuil<br />
lève un silence encore face à la somme<br />
incalculable des ententes qui s’approchent</p>
<p>la loi des roulements qu’on cueille<br />
au creux des mains vient et repart<br />
alors qu’elle et lui s’empoignent dans l’accueil<br />
franches présences où dans la nuit se frôlent<br />
des doigts amples au vent des porches</p>
]]></content:encoded>
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		<title>instants</title>
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		<pubDate>Tue, 04 May 2010 10:26:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>

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		<description><![CDATA[l’éclat crème de la croisée close suggère un chant si banal et droit que la tension de la peau qui me tenait s’efface laissant place à des pas ponctuant les secondes velours et joie plus de glas même au loisir ouvert où j’erre passant le chenal du jour voici que l’action découvre le beau et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>l’éclat crème de la croisée close<br />
suggère un chant si banal et droit<br />
que la tension de la peau qui me tenait<br />
s’efface laissant place à des pas<br />
ponctuant les secondes velours et joie</p>
<p>plus de glas même au loisir ouvert<br />
où j’erre passant le chenal du jour<br />
voici que l’action découvre le beau et que naît<br />
sur cette place un sens que je n’attendais pas<br />
situant ma ronde du jour dans la loi</p>
<p>le la du thème se défroisse et j’ose<br />
penser que la terre s’installe à son tour<br />
dans la révolution du beau là sur la haie<br />
où la glace mordait avant que le froid<br />
et l’an fondent pour s&#8217;enfouir ici ou là</p>
<p>l’aplat des ciels se creuse et pose<br />
sur l’air un franc et calme émoi<br />
où la passion très tôt renaît au vrai<br />
grâce aux instants où l’on s’embrasse en joie<br />
remuant les atours du bout des doigts</p>
<p>l’éclat des mêmes pensées roses<br />
allège le temps souvent pâle et froid<br />
si bien que la maison des os qu’enchaînait<br />
l’acide des ans se tasse et se tait loin de moi<br />
n’inquiétant plus ni ce jour ni ma joie</p>
]]></content:encoded>
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		<title>absence des oiseaux</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Apr 2010 07:58:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2010/04/30/absence-des-oiseaux/</guid>
		<description><![CDATA[certains matins les oiseaux boudent le monde malgré les cimes nouvelles et la sève le vent neutre poursuit sa course mais ce vieux ruisseau impalpable de l’air fuyant est veuf d’ailes filantes nos étoiles de jour si bruyantes au coucher raffut dans les brins ils se pressent cherchant leur ultime place avant la nuit les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>certains matins les oiseaux boudent le monde<br />
malgré les cimes nouvelles et la sève<br />
le vent neutre poursuit sa course<br />
mais ce vieux ruisseau impalpable<br />
de l’air fuyant est veuf d’ailes filantes</p>
<p>nos étoiles de jour si bruyantes au coucher<br />
raffut dans les brins ils se pressent<br />
cherchant leur ultime place avant la nuit<br />
les plumes s’arrachent et voilà qu’à l’aube<br />
leurs appels absents m’enlisent au lit</p>
<p>j’attends l’heure où ils vont faire vivre<br />
le ciel à la blancheur de grève<br />
qui n’offre semble-t-il aucun espace libre<br />
aux mille pointes trilles verticales<br />
et je rêve d’eux immobile et tendu</p>
<p>par la fenêtre j’écris au tableau blanc<br />
les vacations qui m’attendent ce jour<br />
et tandis que je songe aux malades gisants<br />
je perçois les aigus des chants revenus<br />
ce n’était pas eux mais moi qui dormais</p>
<p>quittant l’enfance où les draps me tenaient<br />
ce temps où les cris écrasaient leurs gazouillis<br />
trop futiles sans doute à mes tympans cognés<br />
je me lève saisi de reconnaissance<br />
envers ces enfants du présent délivré</p>
]]></content:encoded>
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		<title>L&#8217;esquif</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2010/04/23/lesquif/</link>
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		<pubDate>Fri, 23 Apr 2010 11:59:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>

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		<description><![CDATA[J’aimerais revenir sur mon ancre, là où la barque dérivante se pose un jour à jamais. Évoquer l’esquif c’est dire la mort que nul n’esquive… pauvre jeu de mots, comme si le mutisme caché derrière le ‘mot’ annonçait le silence qui me prendra un jour au collet. La barque va de-ci de-là sous les saules [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’aimerais revenir sur mon ancre, là où la barque dérivante se pose un jour à jamais. Évoquer l’esquif c’est dire la mort que nul n’esquive… pauvre jeu de mots, comme si le mutisme caché derrière le ‘mot’ annonçait le silence qui me prendra un jour au collet. La barque va de-ci de-là sous les saules qui saluent bien bas jusqu’à effleurer mon corps embarqué sans nul retour, passage cher à Montaigne souriant et lucide. Une voix suggère qu’on n’évoque pas impunément la faux cafardeuse ; qu’on le fasse ou non ne change rien et si l’envie me prend de le faire, toi qui es sans doute immortel dans ton présent, passe ton chemin ou plutôt laisse passer la barque ; sache cependant mon ami que la paix fatale te viendra aussi bien qu’à ma voix. La gorge se serre de songer à bientôt et la gorge se dénoue de goûter ce tantôt où la tiédeur d’avril inonde les yeux et les eaux, elles qui roulent imperturbables sous le premier soleil. Ce petit rien de temps, ce léger de l’instant lesté de ma présence a des silences secrètement entretenus par les mots que je jette comme galets précieux, m’essayant pour sourire aux ricochets menteurs (puisqu’aucune pierre jamais ne flottera de même que toute vie, tu l’as compris, ne se conçoit sans la compagnie-gravité de la mort). Ainsi la barque va-t-elle d’un bord à l’autre ; de la lumière du ciel au gris tranquille de la pierre sur laquelle on grave discret le nom de qui fut vivant et quelques chiffres nets pour dire la seule chose sûre que l’on saura de toi, de moi ; mais là encore ce n’est qu’apparence car les dates relèvent d’une convention qu’ailleurs on peut bien lire autrement. Je ferais mieux de goûter l’autre bord où le soleil donne à plein sur les eaux, miroitements peut-être, apparences encore, mais que le régal des yeux soit notre viatique et si je me lasse, je peux fermer les paupières, oiseaux, clapotis, frissons et parfois cette voix remontent de loin, ma mémoire de toi, ta mémoire de moi, et soudain quelque chose s’ancre en plein midi, verticalité de l’instant où nous cessâmes d’être seuls dans l’esquif. Cela seul demeure.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>une chanson</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Apr 2010 15:15:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>

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		<description><![CDATA[errant dans la nuit des sapins silence aux lèvres je me pris à chanter un vieil air plutôt gaillard où l’amour peu canaille se résumait à un baiser elle portait un chapeau de paille et selon la tradition des paroles refusait naturellement l’offre si je ne l’épousais pas sur le champ je m’aperçus dépité combien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>errant dans la nuit des sapins<br />
silence aux lèvres je me pris à chanter<br />
un vieil air plutôt gaillard où l’amour<br />
peu canaille se résumait à un baiser</p>
<p>elle portait un chapeau de paille<br />
et selon la tradition des paroles<br />
refusait naturellement l’offre<br />
si je ne l’épousais pas sur le champ</p>
<p>je m’aperçus dépité combien cet air<br />
était rouillé les paroles pire encore<br />
j’avais beaucoup lu mais ma mémoire<br />
ne me laissait monter que les pires clichés</p>
<p>c’est alors que j’aperçus entre les troncs<br />
un chapeau de paille qui dansait<br />
je pressai le pas vers les prés ouvragés<br />
à l’orée le soleil n’éclairait qu’un vieil épouvantail</p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>berceuse</title>
		<link>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2010/04/19/berceuse/</link>
		<comments>http://jepeinslepassage.lenep.com/jepeinslepassage/2010/04/19/berceuse/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 19 Apr 2010 14:06:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Prunier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>

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		<description><![CDATA[les cimes se rapprochent là où tu lis une branche lourde posée à mi chemin du ciel où clignent mes yeux tes yeux cherchant le bouclier d’Orion hasardeuses constellations les signes se raccrochent là où tu vois la brume louche rosée déjà dans la main du ciel et la ligne du regard bleuit l’enfance où [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>les cimes se rapprochent<br />
là où tu lis une branche lourde<br />
posée à mi chemin du ciel<br />
où clignent mes yeux tes yeux<br />
cherchant le bouclier d’Orion<br />
hasardeuses constellations</p>
<p>les signes se raccrochent<br />
là où tu vois la brume louche<br />
rosée déjà dans la main du ciel<br />
et la ligne du regard bleuit<br />
l’enfance où nous étions<br />
cahoteuses imprécisions</p>
<p>et tes mines sous le porche<br />
là où luit la lune rouge<br />
oser un plein chant de ciel<br />
tu signes de ton art de nuit<br />
des serments où nous sourions<br />
ah les heureuses inventions</p>
<p>du rêve</p>
]]></content:encoded>
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