Piano et pluie

L’avance du temps ; elles hésitent à tomber, s’attardent sur les feuilles crues des troènes en boutons, autant de notes d’une sarabande, toccata ralentie qui s’étale à travers la matinée sans vent où les pépiements protestent à sec vers le ciel pour contredire la pluie un peu tiède. Entre chant et chute – éclat mat des gouttes contre le suraigu des becs avides de joie – se tricote un réseau de sons, si bien qu’une partition se dessine sur la grille des fils électriques, deux niveaux, une basse mouillée très terrestre et des pointes au-dessus de l’autre portée, notes supplémentaires bigarrées, chargées d’appogiatures, de trilles incessants qui se moquent bien du rythme gras de la pluie lente où tout retombe.
L’agreste mime des joies cavalant à travers les airs ne consent que rarement à cesser son ramage, mais en ces pauses éclatées, des vagues de terre mouillée renaudent contre l’optimisme éberlué des mésanges charbonnières, la terre tourne semblent dire les monticules frais bâtis à la hâte par les taupes dérangeantes.
Au loin, un vieux piano brisé s’est installé dans ma mémoire ; entêté, il ramasse ces débris du présent, gouttes perlées et trilles roulés, et tapote du bout des doigts une sonate facile, ut majeur, car que faire d’autre lorsque le temps se vide ainsi de ses horizons, que des nuées se tassent à deux pas? Les promenades une fois barrées, restent deux mains qui lancent dans le vide la mécanique amusée de Mozart, et l’on va variant autour de la tonalité, détachés souriants à droite et lourds sauts arpégés à ma gauche ; on entend les éclats de rire du gamin malicieux qui couvent des stupeurs lorsque des dièses ou des bémols viennent troubler ce qu’on croit être une avance digestive et seulement plaisante.
Puis revient le silence et il est temps d’écrire.

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