Rimbaud par F.G. Maugarlone ( 3 / 3 )

Suite et fin du passage de l’ouvrage cité précedemment (pages 136-137)

Demeure ce paysage ensorcelé, l’Ardenne, et il y a Rimbaud-Ardenne comme il y a Vivaldi-Venise. Un paysage parlant, qui souffle la légende. Les dentelures de quartzite qui dominent Château-Regnault retracent la fuite des quatre fils Aymon sur leur cheval magique. L’âpreté intime du mont Malgré tout a renouvelé l’inspiration de George Sand, Malgré Tout, en quelque sorte la devise de la vie, bien conforme au génie de George Sand. C’est la Semoy elle-même qui demande à être reconnue en ses vaux étranges, tandis que salubre est le vent. Féminité incompréhensible et irrécusable des « dames de Meuse », Rimbaud ne peut y être insensible, lui pour qui le continent inaccessible n’est pas l’Afrique, ni l’Asie, mais le féminin. L’explorateur hors de pair a inscrit sur la carte un lieu inouï, le désert de l’amour. Il place la Femme à la distance astrale, métaphore de l’inconnu pour autant qu’il en faille une. La banalité lui est interdite. Le rêve réussit dans la mesure même où il échoue à réaliser le désir.

La place qu’il a refusée, il l’obtient dans les siècles, pour ne pas dire dans les cieux. Désastre et triomphe, Rimbaud comme le Christ: miracle du non-miracle. Quels sont ses derniers mots, ne me parlez pas d’Arthur Rimbaud, crie-t-il en un ultime défi. Rimbaud se grandit ultimement de son refus d’être Rimbaud. Ce renoncement n’est-il pas du saint, qui s’abstient de la prière sur l’ancien parapet. Ne reste-t-il de lui que ce cri? Ou encore ce rire amer, strident, qui s’exténue jusqu’à celui de l’idiot? L’ange ayant oublié son ordre de mission et n’étant pas parvenu à véritablement le reconstituer, reste le poète maudissant, qui nous apporte une sorte de bénédiction. Il n’a pas d’antécédents, mais il a des successeurs. Une aube se dessine quand les métaphores redeviennent des réalités. Tout ne fut peut-être que traversée.

Déchirante infortune, vis et laisse au feu l’obscure infortune, et libre soit cette infortune… Arrivée que jamais aucun départ ne pourra démentir. Déserteur de toujours, que nous retrouvons partout.

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