ils sont partis

les jours conquérants de la brûlure

de vivre

je n’ai plus que le givre aux doigts

(autre ardeur)

et la méditerranée où est-elle allée

étale noire d’acier

qu’avais-je besoin de ce soleil total

sur sable bleu

les sursauts de joie intérieure n’ont rien à voir

ils sont plus profonds

et si je prends la peine d’interroger ma mémoire

il me reste quoi

le souvenir d’un figuier là-bas

la gravière de Garonne

et mon pas suspendu sur le fleuve

presque à sec

les amis réchauffaient de leurs banalités

le silence responsable

où l’on cueille négligemment les visages

à défaut d’aimer

et lorsque la joie me venait ce n’était pas eux

c’était ma chance

sont venues après eux les vraies rencontres

décisives et claires

j’ai enfin pu dérouler à neuf ma pressante

joie de vivre

chant très humain largement infidèle

à mes vingt ans

les visages de mes enfants eux sont restés

ancrés et changeants

je leur ai tout donné sans objecter jamais

mon autre vie

mon choix était sûr il est demeuré

libre de trahisons

et c’est avec la même candeur ouverte

à trois cent soixante degrés

que je pose ici les textes cultivant la loi d’écrire

en artisan