la petite vie
s’enrobe d’une aura très ancienne
où l’ange des familles veille patient
à l’orée du berceau
la petite fille est à l’aube du temps
regards et tympans ouverts à l’horizon
des autres vivants
elle est la somme de nos humeurs
sourire doré moue de défense
toute exposée
le pincement du ciel qui s’ouvre enfin
reproduit son attente du ciel fin
qui la parcourt
dès qu’elle ouvre proéminents les yeux
entre deux sommes où elle a creusé le silence
une heure ou plus sonnent
le corps entier est secoué de mille regards
adressés à la nouveauté fraîche
de nos manoirs hantés
car la maison se fait soudain immense
et s’agite de fantômes et de voix un peu connues
qui la nomment
elle boit l’océan de lait essentiel
et reçoit nos pâtures avec la volupté
de vivre saluée
elle semble retenir derrière son front
nos pointes de pieds nos murmures
qui la visitent
éveillée elle nous salue à son tour d’un merci
pour ce bain de langage aussi nécessaire
que l’air neuf
ses nuits aggravent les étoiles intermittentes
et la lune croît au même rythme rapide
que ses battements de cils
elle est aimée comme on n’aimera plus
ses mains nous font des mines fleuves
le temps aux poings
allez petite plonge avec nous dans les heures
d’autant que les tiennes sont infiniment plus riches
que les nôtres

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