je ferai avec toi le voyage
qui mène au bout du quai
là où l’âge engoncé
dans sa charpente friable
vient retrouver la grave vérité des vies
nous regarderons les vagues
clapoter sur les flancs noirs
des barques au départ
tu me guideras bel ange
sur la planche posée sous mes pieds hésitants
j’aurai à l’esprit cette fragilité
cette excellence d’ouverture
où les chants et l’écriture
contre les futilités
m’ont rempli les poumons de survie brune et bleue
je me souviendrai du presque rien
qui devint tout à l’instant
où le nid vide fin de printemps
m’échut au creux des mains
alors que jusque là les jours craquaient de joies
qu’aurais-je fait de ce silence
si je n’avais eu et l’ange
et le beau contre cette mer étrange
où les légers esquifs de planches
s’écrasent contre le port sans avoir vu les horizons

