le recours à l’ange n’aura jamais de fin
à moins que ma gorge se déploie
pour chanter les onctueux automnes
quand novembre avance ses griffes
sur mes épaules un peu lourdes
et ricane en songeant – schadenfreude -
aux chemins givrés qui m’attendent
le recours à l’ange n’aura jamais de fin
à moins que le silence s’habille
d’un présent sec léger tendre
quand les moissons ont laissé
monotone le piquant gras des chaumes
et qu’il ne me reste que le tremblé
des chaleurs l’alouette pour compagne
le recours à l’ange n’aura jamais de fin
à moins que mes années reviennent
Mirabeau le pont dans l’autre sens
les avenues cent fois descendues et
que je les reprenne en sachant cette fois
goûter vraiment les tilleuls et la mouette
remontée de l’estuaire pour me chanter la mer
le recours à l’ange n’aura jamais de fin
à moins que les mélodies sourdent
sans que je torde et retorde le fil
ténu de mon sort un peu sombre
et que la conquête du blanc
par le chant toujours à portée
me devienne une deuxième vie
le recours à l’ange n’aura jamais de fin
à moins que ma main cesse de trembler
que les hantises du jadis étranglé
se fassent tellement insignifiants
que je pourrai arpenter le grand clavier
droit d’où chutent notes polonaises
et zébrures coléreuses du modulant poète
le recours à l’ange n’aura jamais de fin
à moins que le temps le temps bien sûr
cesse son cours magistral où tu meurs
où je meurs et que des vrais bras
me serrent vivement dans les airs
comme on le fait des enfants qui
eux seuls croient à la vie éternelle
le recours à l’ange n’aura jamais de fin
Je nomme ici cette version « seconde », car je n’envisage pas d’en changer grand chose désormais. La première version avait une grave faiblesse dans la cinquième strophe et frisait le ridicule, tant elle était à la doxa une chanson niaise. Rien de plus faux que de reprendre le chant commun, qui n’est pas un chant mais la plus prosaïque des présences. Cette fois-ci la cinquième strophe invite Chopin et c’est une aide virtuose pour mes vers laborieux.

